Big Money! | ビッグマネー!

Par , le 17 juin 2013

Lorsque l’on a autant apprécié une série comme Ikebukuro West Gate Park, il est presque évident de chercher à regarder les autres adaptations des romans d’Ishida Ira. Big Money! est justement l’une d’entre elles puisqu’elle s’inspire du livre Nami no Ue no Majutsushi dudit auteur ; à noter qu’il n’existe pas d’édition française de cet ouvrage à l’heure à laquelle ce billet est publié. Le j-drama en question – composé de douze épisodes d’approximativement 45 minutes, à l’exception du premier durant une heure – fut diffusé sur Fuji TV entre avril et juin 2002. Aucun spoiler.

Lorsque Shirato Norimichi rencontre Kozuka Taihei, un vieil homme bien mystérieux, il accumule les petits emplois et n’a pas encore donné de sens à sa vie. Or, en le prenant sous son aile, Kozuka décide de partager avec lui tout ce qu’il connaît des marchés financiers. En apparence affable et calme, il cache pourtant son vrai visage et prépare minutieusement une froide vengeance contre une banque sans scrupules.

Outre l’écrivain derrière cette histoire que je n’ai d’ailleurs pas lue, l’acteur principal est également le même que dans le tout premier renzoku écrit par Kudô Kankurô en 2000. Effectivement, ce n’est autre que Nagase Tomoya qui se charge d’offrir ses traits au héros de Big Money!. Shirato Norimichi a la vingtaine et ne possède rien de plus que la moyenne. Les lois du travail étant impitoyables et manquant probablement de motivation et de connaissances, il peine à obtenir un véritable emploi dans ce dans quoi il a été formé : le milieu bancaire. Résultat, il se retrouve à préparer la nourriture dans une chaîne de restauration rapide. Sans être agacé ou déprimé par sa situation, il apprécierait du changement. En attendant, il peut toujours compter sur sa seule amie, la jolie et pétillante Michiru (Okamoto Aya qui ressemble à Matsumoto Jun lorsqu’elle sourit – si, si), elle qui rêve désespérément de passer à la vitesse supérieure avec lui. L’existence de Norimichi commence à emprunter un nouveau chemin lorsqu’il rencontre par hasard Kozuka Taihei. Contre toute attente, ce dernier lui propose de but en blanc de travailler pour lui. Bien qu’au départ ses missions se bornent à aller au supermarché et faire les courses de son patron placide, Norimichi finit par découvrir les mécanismes en place dans le monde des actions et des banques d’investissement. Ce microcosme l’attire rapidement et il se prend au jeu, embrassant là une vraie passion. Taihei n’a rien d’un vieil homme inoffensif et s’apparente davantage à un génie de la finance. Il envisage de sortir de sa retraite dorée non pas pour retrouver l’adrénaline d’autrefois, mais parce qu’une banque, la Matsuba, commet des fautes honteuses et impardonnables, plongeant de nombreuses personnes âgées dans le désespoir en les trompant effrontément. Au final, Big Money! est une série à mi-chemin entre le récit initiatique, la vendetta, la justice personnelle et la découverte du marché financier.

     

Les douze épisodes constituant cette série illustrent le long apprentissage de son personnage principal. Banal et peu attachant, Norimichi ne convainc pas une seule seconde et ne donne pas envie de s’intéresser à lui. Par ailleurs, il est impossible de comprendre pourquoi Kozuka décide de l’employer. Si l’interprétation de Nagase Tomoya n’est pas mauvaise, l’écriture du héros est tellement sommaire qu’elle empêche d’adhérer à cette histoire et à ce cheminement individuel. Pire, Norimichi n’évolue pas grandement et répète inlassablement certaines erreurs. Ses relations avec les autres ne sont pas davantage creusées et il n’en ressort aucune émotion. C’est vraiment dommage de mettre en avant une telle coquille vide. Dès le départ, le scénario cherche à le placer en concurrence avec un nouvel arrivé à la banque Matsuba. Yamasaki Fumihiko (Harada Taizô) est un homme d’affaires aux dents longues ne reculant devant rien pour parvenir à ses multiples buts. Cruel, manipulateur et profondément malveillant, il ne montre qu’une seule dimension et est un digne représentant d’un symptôme de Big Money!. Effectivement, la série est profondément manichéenne. Il y a d’un côté les grands méchants et de l’autre, les gentils, les faibles et les opprimés. Les banquiers corrompus osent profiter de l’innocence et de la fragilité de personnes âgées en leur faisant contracter des assurances juste bonnes à les ruiner. Le j-drama est frustrant comme il dispose d’un matériel plutôt solide dans cette histoire aux nombreuses facettes et se borne à faire le minimum syndical. Il n’approfondit rien et accumule les clichés, la morale bienveillante et le sentimentalisme gratuit. Ce défaut se transmet à l’ensemble puisque le cadre des marchés financiers n’est pas non plus employé à bon escient. À vrai dire, cet environnement ne semble être présent que parce qu’il en faut un ; n’importe quoi d’autre aurait pu alors être choisi. Les tactiques dévoilées par Kozuka et les rouages concernant les actions sont simplistes et n’apprendront rien aux téléspectateurs. De plus, lorsque l’on a regardé une fiction comme Soratobu Tire dépeignant le combat d’un simple homme contre une immense banque, cette série fait franchement pâle figure. Kozuka et Norimichi se lancent en effet dans une lutte a priori titanesque car leur but est de décimer les tout puissants afin d’obtenir justice. Sauf que, là aussi, celle-ci manque de souffle, de rythme, d’adrénaline et d’une vraie ampleur émotionnelle. À la place, il n’y a que du pathos et un inexorable vide. Une histoire de ce genre se doit de faire preuve d’un minimum de suspense et surprendre le public mais ce n’est malheureusement pas le cas ici. Son ton est plutôt bancal étant donné que l’humour rarement drôle côtoie le drame de façon maladroite. Voir les protagonistes passer par des épreuves douloureuses et échapper à des conclusions radicales quelques minutes plus tard empêche de se sentir concerné. Ne parlons surtout pas de la fin ; ratée, elle est rapidement expédiée et facile. Pour toutes ces raisons, le visionnage en devient parfois laborieux. Contre toute attente, ce ne sont pas les principaux ingrédients qui tiennent éveillés ; la lueur d’espoir vient de tout ce qui est secondaire.

Dans sa quête, Norimichi fait de nombreuses nouvelles connaissances et doit parfois batailler ferme pour mener à terme ses objectifs. En s’associant avec Kozuka, il rencontre Tatsumi Shûji, un chef yakuza original incarné par le toujours très sympathique Kohinata Fumiyo (Ashita no Kita Yoshio, JIN, Kisarazu Cat’s Eye). S’occupant de son chat Kikuyako comme s’il était la huitième merveille du monde, il n’a rien d’un mafieux. Tout du moins, en apparence parce qu’il joue beaucoup avec son physique de gringalet et son air jovial. Bien sûr, tout ceci n’est guère réaliste mais la peinture dépeinte dans la série est tellement grossière que plus rien ne dérange arrivé à ce stade. Le second du criminel, celui surnommé Maki, est tout aussi atypique bien qu’il corresponde parfaitement à l’image que l’on se fait des yakuzas. Grand, costaud et à l’allure peu amène, il a un visage patibulaire et terrorise n’importe qui. Toutefois, il a un cœur d’artichaut et est très sensible. C’est lui la perle de Big Money!. Joué par le génial Matsushige Yutaka (Kodoku no Gourmet, Don Quixote, Fumô Chitai, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) qui fait décidément partie de mes acteurs favoris, il s’entiche rapidement de Michiru et veille systématiquement à ce qu’elle ne manque de rien. En effet, la jeune femme s’intègre à la petite bande inhabituelle et les suit tandis qu’ils se lancent dans cette histoire de vengeance. Plutôt que de prendre part à ce qui se passe, elle cuisine et apporte son entrain. La dynamique entre Michiru et Maki est drôle, mignonne et touchante à sa manière. Parmi les autres figures aperçues de-ci de-là, la vieille et grande amie (Yachigusa Kaoru – Byakuyakô) de Taihei n’émeut pas en dépit de la lourde intrigue lui ayant été rattachée, probablement afin d’y injecter un aspect mélodramatique. De même, la jeune femme prête à tout pour aider sa grand-mère victime de la banque Matsuba est d’une tiédeur à effrayer. En fait, Big Money! dispose d’une impressionnante galerie de personnages puisqu’outre tous ceux déjà évoqués, il convient d’y ajouter l’assistante de Yamasaki incarnée par une fort jeune Hasegawa Kyôko (BOSS 2, Karei Naru Ichizoku), qui comprendra rapidement de quelle trempe est forgé son supérieur ; et beaucoup d’autres employés de banque dont deux portés par Aijima Kazuyuki (JIN, Soratobu Tire) et Kondô Yoshimasa. Pour l’anecdote, il est sinon possible d’y voir Kyôno Kotomi en graphiste désillusionnée, elle qui a ainsi retrouvé Nagase Tomoya avec qui elle a partagé l’affiche via la longue production Hakusen Nagashi.

Enfin, sur la forme, Big Money! commence à accuser le poids de ses années. La réalisation n’est pas trop médiocre ; elle est juste très classique. C’est surtout la musique, composée par apparemment Knife Produced by Sin, qui marque pour la simple et bonne raison qu’elle sonne très kitsch. Une des pistes entendues lorsque les évènements commencent à s’imbriquer et qu’un semblant de tension s’amorce est en revanche franchement sympathique. La chanson du générique de fin, Ever Since de Sayaka, est de son côté très belle.

En conclusion, Big Money! n’est qu’un banal j-drama partant de l’apprentissage d’un jeune quelconque dans le monde de la finance pour se terminer sur le registre de la vengeance. En dépit d’un sujet accrocheur, la série demeure fade, naïve et sans saveur. Entre le personnage principal et d’autres figures importantes moyennement attachantes, une unidimensionnalité irritante et une cruelle absence de souffle, les épisodes ne donnent pas envie d’être regardés. Demeurent quelques figures secondaires truculentes et sympathiques – même si elles s’avèrent malgré tout insuffisantes. Cette production souffre en réalité de vouloir trop en faire et ne réussit qu’à se montrer superficielle et surfaite. L’ensemble n’est par conséquent pas mauvais mais juste on ne peut plus dispensable car bien trop générique.


2 Comments

  1. Caroline
    Dramafana• 17 juin 2013 at 22:19

    Ah… Tomoya… *soupir* Il est quand même bien agréable à regarder. Tu sais, je n’ai toujours pas réussi à aller jusqu’au bout de « Ikebukuro West Gate Park ».
    Là, j’ai de gros doutes quant à cette série, vu ton avis très mitigé. En plus, la finance dans les séries, ce n’est pas trop mon truc, c’est un peu trop prise de tête. En plus, j’ai besoin de légèreté en ce moment. Ton avis demeure néanmoins intéressant à lire, donc rien que pour ça, je te remercie pour ce billet, d’autant que je ne connaissais pas du tout ce drama! ^^

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    • Caroline
      Caroline• 20 juin 2013 at 23:40

      J’ai été assez déçue par cette série car il me semblait en avoir lu du bien, un jour, quelque part. Or, elle est juste très moyenne et phagocytée par des défauts franchement handicapants. Même Nagase Tomoya ne fut pas suffisant, d’autant plus que son personnage n’a rien d’extraordinaire. Bref, je ne vais pas me paraphraser ^^;;. En tout cas, je ne la conseille pas. Si l’on souhaite regarder quelque chose avec Tomoya, il y a plein d’autres j-dramas plus sympathiques ; et si la finance intéresse, c’est pareil, quelques productions valent réellement le détour.

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