Mental (série complète)

Par , le 20 juin 2013

Ce n’est pas forcément très commun de débuter une série uniquement parce que l’on a un immense faible pour le compositeur. En tout cas, ça ne m’était jamais arrivé jusque-là alors que je suis pourtant une grande amatrice de musique. Quoi qu’il en soit, c’est de cette manière que Mental, aussi écrite MƎNTAL:, s’est retrouvée sur mon écran de télévision il y a quelque temps. Contre toute attente, il ne s’agit pas exactement d’une fiction américaine mais d’une co-production avec la Colombie. Le tournage s’est effectivement déroulé dans ce pays bien que l’on veuille nous fasse croire que le cadre se déroule à Los Angeles. Mental a été annulée au terme de sa première saison de treize épisodes de quarante minutes par Fox en raison de ses mauvaises audiences. Elle fut diffusée sur la chaîne entre mai et août 2009. Notons qu’elle a été créée et développée par Deborah Joy et Dan LeVine, une sœur et un frère ayant par le passé été à l’origine d’autres séries comme Lois & Clark : The New Adventures of Superman. Aucun spoiler.

Le docteur en psychiatrie Jack Gallagher vient d’intégrer la direction du service psychiatrique d’un grand hôpital de Los Angeles. Du fait de sa nationalité australienne, de ses méthodes atypiques et de son tempérament tout aussi original, il n’est pas accueilli à bras ouverts par ses nouveaux collègues qui ne comprennent pas la nomination d’un inconnu à un poste à responsabilités. Malgré tout, chacun essaye de mener à bien son travail pour aider les patients à surmonter leurs difficultés, tout en gérant lui-même sa propre vie.

Il se trouve que jusqu’à peu, je n’avais jamais entendu parler de Mental. En découvrant que l’homme derrière la bande-originale n’est autre que le fantastique Trevor Morris (The Tudors, The Borgias, Vikings, Kings, Moonlight, The Pillars of the Earth) dont je suis une très grande admiratrice, j’ai vraiment eu envie de m’y intéresser. Qui plus est, les choses sont parfois bien faites puisque j’apprécie le genre médical ainsi que la sphère psychologique/psychiatrique. En d’autres termes, tous les ingrédients semblaient être réunis pour offrir un divertissement somme toute agréable. Malheureusement, le premier épisode apporte rapidement de mauvaises nouvelles et la suite ne fera jamais démentir cette impression extrêmement mitigée. Outre la musique de Morris assez générique – bien que pour sa défense, il n’a pas forcément la possibilité de montrer l’étendue de son talent avec une histoire de ce type –, tout le reste n’est que platitude, superficialité et prévisibilité. Comme quoi on a parfois beau critiquer Fox et l’attitude de certaines chaînes bien promptes à tout annuler à tour de bras, elles savent quand même aussi de temps en temps agir avec discernement. Cela étant, on pourrait être tenté d’écrire que Mental n’aurait de toute manière jamais dû arriver à l’antenne. C’est aussi simple que ça.

En treize épisodes, cette première et unique saison de Mental s’apparente à une sorte de House MD du pauvre. Ici, à la place de cas cliniques tirés par les cheveux et d’un individu cynique et critique se trouvent des patients psychiatriques accompagnés d’un homme quelque peu en retrait et controversé mais, bien sûr, brillant. Jack Gallagher est une sorte de cow-boy débarquant d’Australie avec son accent et sa pratique originale dans le milieu de la psychiatrie. Du moins, c’est ce que l’on essaye de nous faire croire. Il n’hésite jamais à donner de sa personne, braver le danger, voire même à se mettre totalement nu dans une salle comble pour délivrer quiconque du mal qui le ronge. Effectivement, il est exceptionnellement doué et possède une sorte de don inné susceptible d’irriter plusieurs pour son non-conformisme. Il est incarné par un Chris Vance (Transporter : The Series, Prison Break) fort fade et peu convaincant. Ce n’est pas forcément son interprétation qui dérange mais davantage l’écriture sans vie de son personnage. Lui ajouter une sœur disparue qu’il recherche activement car elle serait malade ne lui offre clairement pas une densité suffisante. De même, ses histoires de cœur, sa propension à ne pas s’attacher et ses cas de conscience n’apportent rien de plus. Au contraire, cette tentative de caractérisation ne fait qu’augmenter la caricature ambiante. La galerie de protagonistes l’entourant est du même acabit avec cette multiplication de clichés. Par exemple, les autres médecins sont constitués d’Arturo Suarez (Nicholas Gonzalez – The O.C.), un dragueur invétéré cherchant l’aval de son père, de Chloë Artis (Marisa Ramirez – Spartacus : Gods of the Arena), une lesbienne assumée, de Veronica Hayden-Jones (Jacqueline McKenzie – The 4400), une quarantenaire passionnée s’ennuyant dans son mariage et batifolant avec un urgentiste insipide (Warren Kole) ou encore de Carl Belle (Derek Webster), le psychiatre aux dents longues préférant frayer avec les méchants des laboratoires pharmaceutiques que penser au bien-être de ses patients. Il y a de quoi lever les yeux au ciel plus d’une fois. Forcément, Carl déteste Jack et n’hésite pas à manipuler et user de son pouvoir pour influencer les autres. Tout ce petit monde est chapeauté par la supérieure, Nora Skoff (Annabella Sciorra – The Sopranos), cherchant à protéger son service ayant de gros problèmes financiers, tout en rêvant au jour où Jack découvrira son sex-appeal et où sa fille lui redonnera toute sa confiance, chose qu’elle a perdue en bataillant dans un cancer. Bref, tout ceci est poussif et ennuyant au possible. De surcroît, l’interprétation est peu inspirée et il n’existe aucune alchimie entre les différents protagonistes. Le scénario tente bien de montrer que des amitiés, voire plus, s’instaurent, si ce n’est que le résultat se veut surtout bancal. À la rigueur, que les personnages ne vaillent pas la peine de s’y attarder ne signifie pas que le reste ne dispose pas de plus d’ampleur. Après tout, la fin avortée est par miracle correcte et dispose d’une conclusion assez satisfaisante.

Sans grande surprise, Mental est un énième procédural. Autrement dit, chaque épisode se suffit à lui-même et traite du cas d’un patient qui sera naturellement résolu à la toute fin. D’aucuns pourraient nuancer en expliquant qu’il existe une sorte de fil rouge avec la sœur de Jack mais ce serait malgré tout mensonger tant il est ténu. Dans tous les cas, l’écriture est paresseuse et se limite au strict minimum afin de ne pas endormir le public probablement peu enthousiaste par ce qu’il voit. Ce n’est pas que la série soit profondément mauvaise, elle est juste rébarbative car elle n’injecte rien de neuf en dépit d’un contexte a priori peu dépeint à la télévision. En effet, l’histoire se déroule dans des services psychiatriques et est par conséquent vectrice de pathologies aussi diverses que variées. Tristement, le traitement est ridicule et aucunement crédible. Deux défauts phagocytent totalement le tout. Le premier est lié à cette volonté de rendre glamour et de quasi fantasmer des symptomatologies. Probablement afin de pimenter les scenarii et offrir au grand public ce qu’il désire, autrement dit du piquant et pas trop de folie pour ne pas choquer, les patients vus souffrent de maladies classiques du monde de la télévision. Entre la schizophrénie, l’hypnose, la grossesse nerveuse, la lycanthropie, les troubles dissociatifs de la personnalité, l’hypersexualité avec le syndrome de Klüver-Bucy, l’autisme, les supposées vies antérieures et une sorte d’hermaphrodisme, il est clair que Mental se place en série presque racoleuse ne choisissant que le sensationnel. Pire, grâce à Jack et son talent, chacun de ces cas est diagnostiqué et soigné en quarante minutes. Ah ça oui, tout le monde sait pertinemment que la psychiatrie est une affaire rapide et fort simple. Cette propension à montrer ces psychoses et névroses d’une façon aussi propre sur elle et consensuelle irrite, surtout lorsque l’on imagine les fausses croyances qu’elle peut induire sur les téléspectateurs. La mise en scène n’arrange pas la saison puisqu’elle essaye de se donner un genre particulier en simulant les visions et l’esprit visiblement dérangé des malades. Certes, subsistent quelques points positifs tels que cette fine analyse des difficultés des thérapeutes comme les psychiatres et psychologues à interagir avec d’autres personnes, toujours effrayées d’être analysées, ou ce conflit perpétuel entre les hôpitaux et les labos pharmaceutiques. Cependant, ces modestes qualités sont bien faibles et auraient de toute manière mérité une vraie exposition. Le seul point amusant, souvent commun avec des séries de ce genre, est d’y retrouver de nombreux visages plus ou moins connus : Silas Weir Mitchel (Grimm, Prison Break), Estella Warren, David Carradine (Kung Fu), John Pyper-Ferguson (Caprica), Willie Garson (Sex and the City), Erik Avari (Stargate SG-1), Christopher B. Duncan (Veronica Mars), Glenn Morshower (24, Friday Night Lights), Tessa Thompson (Veronica Mars, Hidden Palms) ou encore K Callan (Lois & Clark : The New Adventures of Superman).

Au final, Mental est une série avortée de plus ne disposant d’aucune identité digne de ce nom. Sorte de mélange entre diverses productions, elle essaye d’illustrer le quotidien d’un groupe de psychiatres empêtrés dans leurs problèmes personnels alors qu’ils bataillent pour que leurs patients s’en sortent. Entre des cas peu réalistes et traités par-dessus la jambe, un anti-héros imbu de lui-même et supérieur à la norme, des faire-valoir insignifiants et des banalités à tour de bras, les épisodes s’enchaînent, se ressemblent et fatiguent. Le monde de la psychiatrie aurait pu apporter une plus-value sympathique mais il se borne à accumuler poussivement les clichés, ceux-ci étant accompagnés de vignettes caricaturales et jamais représentatives d’un vrai service de ce type. En résumé, Mental mérite son sort et se doit de demeurer aussi méconnue.


4 Commentaires

  1. Kerydwen
    Carole• 22 juin 2013 à 11:04

    Mental est dans « Les Autres Séries » où je la déconseillais d’ailleurs. Qu’est ce que c’était mauvais. Après New Amsterdam, Mental… tu vides tes cartons ?

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 28 juin 2013 à 22:45

      Suite à ton commentaire, je suis partie consulter mon exemplaire de votre ouvrage et je vois qu’effectivement, j’avais donc déjà lu quelque chose au sujet de cette médiocre série. Je constate que nous partageons le même point de vue, ce qui en soit ne m’étonne absolument pas.

      Après New Amsterdam, Mental… tu vides tes cartons ?
      Je suis découverte xD ! J’ai tellement de trucs qui débordent de partout qu’il est nécessaire que je m’occupe de mettre un peu d’ordre là-dedans.

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      • Kerydwen
        Carole• 30 juin 2013 à 23:53

        Personnellement, je pense qu’il y a des shows comme Mental justement où c’est mieux de passer dessus, direction la poubelle, pour se tourner vers des séries plus sympathiques. Je n’en reviens pas que tu l’avais dans tes cartons !

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        • Kerydwen
          Kerydwen• 2 juillet 2013 à 22:13

          Si tu voyais ce que mes fameux cartons contiennent, je pense que tu serais consternée par cet amoncellement de séries à la qualité probablement discutable xD.

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