Fûma no Kojirô | 風魔の小次郎

Par , le 11 juillet 2013

Tout comme certainement un grand nombre de personnes, lorsque j’ai mis les pieds dans le monde des séries japonaises, je ne savais pas trop quoi regarder. C’est pourquoi j’ai, à l’époque, récupéré plusieurs productions totalement au hasard. Fûma no Kojirô est l’une d’entre elles et je ne viens que de m’y mettre – moyennement motivée, il faut l’avouer. Derrière ce titre se cache comme souvent un manga, et plus particulièrement le shônen du même nom de Kurumada Masami, le mangaka notamment connu pour Saint Seiya. Composé de dix volumes publiés entre 1982 et 1984, le succès de Fûma no Kojirô fut suffisamment important pour qu’il puisse obtenir plusieurs adaptations, dont un animé, une comédie musicale et, en ce qui nous concerne, une version télévisée. Celle-ci est constituée de treize épisodes de 25 minutes diffusés sur Tôkyô MX entre octobre et décembre 2007. Aucun spoiler.

Le lycée Hakuô était autrefois un établissement prestigieux où tout le monde se battait pour y être admis. Malheureusement, les temps ont changé et il tombe désormais en désuétude. Si la mort de son directeur y est peut-être en partie pour quelque chose, la principale coupable est sa grande rivale, l’école Seishikan, qui n’hésite pas à utiliser tous les moyens pour attirer les élèves. Kojirô, un ninja du clan Fûma, accepte de venir aider Hakuô mais il est rapidement confronté à une bataille le dépassant. Effectivement, Seishikan est suivie de près par un autre clan, Yasha, eux qui sont ennemis des Fûma depuis des centaines d’années. La lutte entre ces deux groupes reprend alors son chemin et tous les coups sont permis.

     

Pour peu que l’on soit amateur de fantastique et de genres apparentés, les chaînes telles que Tôkyô MX fourmillent de petites productions au budget anémique les mettant à l’honneur. RH Plus, Tôkyô Ghost Trip sont d’autres exemples à ranger du côté de Fûma no Kojirô. Malheureusement, l’analogie avec ces deux séries est loin d’être fortuite étant donné que celle qui nous intéresse aujourd’hui souffre de défauts identiques, et se révèle plus poussive qu’autre chose. N’ayant pas lu le manga et ne comptant absolument pas m’y mettre, je ne serai pas en mesure de préciser si l’adaptation est de qualité. Cependant, puisqu’il s’agit d’un shônen, il paraît assez évident que les écueils du format n’ont clairement pas été oubliés. De fait, ce j-drama s’apparente surtout à une succession de combats schématiques possédant, certes, un fil rouge, mais il est surtout présent pour éviter de proposer une coquille vide et non pas pour en tirer un quelconque parti. Ainsi, Fûma no Kojirô essaye d’illustrer la féroce animosité entre deux clans de ninjas se détestant viscéralement depuis plus d’un demi-millénaire. S’ils s’évitaient dernièrement et ne cherchaient plus l’affrontement, ils se retrouvent confrontés à leurs anciens démons alors qu’ils tentent de venir respectivement en aide à deux écoles. Naturellement, il y a d’un côté les gentils avec le lycée Hakuô et le clan Fûma ; et de l’autre se situent les méchants, retors et sans principes moraux appartenant aux Yasha, eux-mêmes axés sur l’hégémonie de l’école Seishikan. Les protagonistes non liés aux ninjas comme l’élève devenue directrice ne sont pas importants et ne servent qu’à offrir gratuitement un arrière-plan fade et approximatif. En d’autres termes, ils ne retiennent aucunement l’attention et sont rapidement oubliés une fois la télévision éteinte. À vrai dire, Fûma no Kojirô est une sorte de série de duels où le manichéisme, l’unidimensionnalité et la simplicité font la loi. Pourquoi se détestent-ils tous ? Aucune idée, et là n’est de toute manière pas la question.

Sans grande surprise vu le titre, le ninja Kojirô (Murai Ryôta) est celui ayant le plus de possibilité de rayonner. Malgré tout, il ne convainc pas une seule seconde en raison de clichés à outrance et de stéréotypes usant de sermons bon marché. En effet, le jeune homme – appréciant visiblement se promener torse nu – a beau faire partie intégrante des Fûma, il n’est guère pris au sérieux parce qu’il tend à s’amuser de tout et ne pas suffisamment se reposer sur les codes moraux de cette caste particulière. Ses comparses sont soit dédaigneux envers lui, soit ils le prennent comme le petit frère sympathique avec lequel on peut s’amuser. Évidemment, le combat contre les Yasha étant dévastateur, les morts s’amoncellent en n’émouvant personne plus de deux minutes, Kojirô s’endurcit, prend de la graine et réalise le bien fondé de toutes les règles en vigueur dans son monde. Cette prévisibilité est fortement ennuyante surtout que l’intrigue famélique est linéaire et mise en scène à grand renfort d’effets spéciaux ridicules et d’une réalisation franchement médiocre. Bien sûr, l’absence de budget de cette production est à prendre en considération mais d’autres ont déjà eu l’occasion de prouver que l’absence d’argent ne nuisait pas forcément à une quelconque fiction ; il est donc légitime de ne pas tout accepter, quand bien même une certaine créativité soit à dénoter. En tout cas, l’ensemble fait surtout très kitsch et ne donne pas l’impression de seulement dater de 2007. Sinon, la musique composée par Kameyama Kôichirô n’est pas désagréable si ce n’est que, là aussi, elle paraît accumuler toutes les sonorités attendues pour une série de ce genre – avec des tonalités versant parfois dans la techno et l’électronique, par exemple. La chanson Ryûsei ROCKET d’An Cafe entendue dans le long générique de début et Eien no Setsuna d’ON/OFF sont suffisamment entraînantes pour en devenir agréables. Quoi qu’il en soit, Kojirô et ses frères spirituels n’ont pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout de leur guerre contre les Yasha. Chaque épisode dépeint le combat d’un des leurs contre un adversaire. Avec leur meneur, ils sont au nombre de huit de chaque côté, la majorité étant dotée de pouvoirs spéciaux et de capacités surhumaines. L’intensité épique ou l’impact émotionnel attendus ne sont jamais présents et manquent cruellement à l’appel. Il est quasi impossible de se sentir concernés par ce microcosme car l’atmosphère à mi-chemin entre la comédie ridicule et le drame ne prend pas pour cause de lourdeur et de maladresses. C’est comme si l’objectif de la série n’avait pas été préalablement défini au départ : susciter le rire, l’émotion, apporter du rêve aux amateurs de ninjas, émoustiller les hormones des fans, etc. ? Fûma no Kojirô est une autre de ces séries à ranger dans la case de celles disposant d’un matériel somme toute plutôt alléchant – bien que non dénué de défauts – et ne parvenant pas à l’exploiter à bon escient. Ne commençons surtout pas à évoquer l’interprétation générale des acteurs, les dialogues consternants ou les divers portraits des personnages, tous aussi fades les uns que les autres, voire ridicules par moments compte tenu de leurs costumes, leurs perruques colorées et leur grandiloquence. Pour l’anecdote, un des sbires des Yasha est joué par Fujita Rey (GARO) et il est également possible d’y voir les jumeaux Sakamoto (Tôkyô Ghost Trip), Shindô Gaku, Furukawa Yûta (LIAR GAME – Episode Zero) ou encore Okamoto Natsuki (Keitai Sôsakan 7). Enfin, il existe plusieurs références à la culture japonaise avec le fameux fûrin kazan.

En définitive, Fûma no Kojirô, avec son scénario de deux clans ninjas se vouant une haine viscérale, aurait pu ressembler à une série divertissante se regardant aisément et laissant un souvenir définitivement fun. Or, ce n’est pas le cas puisqu’elle accumule tous les défauts avec son écriture poussive, ses combats de coqs, ses personnages creux et sans charisme ou encore son format répétitif où les combats s’enchaînent, se ressemblent et oublient d’impliquer le téléspectateur. S’il est évident qu’il est nécessaire de la visionner au second degré, cela ne suffit toutefois absolument pas. Le résultat final est ainsi plat, terne et totalement déconseillé. L’histoire est peut-être capable de posséder un vrai attrait sous format papier à travers un manga, mais à la télévision et adaptée de cette façon, l’effet est inverse.


2 Commentaires

  1. Kerydwen
    Dramafana• 11 juillet 2013 à 9:41

    J’ai vu cette série il y a longtemps et je ne me souviens que de quelques détails. Ce que je retiens surtout, c’est que j’ai vraiment failli la laisser tomber en cours de route et puis j’ai eu comme une sorte de déclic: je l’ai regardée comme s’il s’agissait d’un anime et je l’ai prise non pas au second mais au troisième degré (peut-être plus ^^’). Là, ça passait beaucoup mieux. Cette série est loin d’être inoubliable, mais je suis allée jusqu’au bout, alors bon… j’ai fini par trouver ça… dépaysant? (^^)

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 12 juillet 2013 à 18:22

      J’ai justement vraiment essayé de prendre cette série au moins au troisième degré mais, rien à faire, j’ai trouvé ça plus consternant qu’autre chose. Heureusement pour moi, je crois que c’était la dernière fiction de ce genre à se trouver dans mes dossiers, ouf ^^;;;.

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