Oui, le billet de ce jour est encore dédié à l’un de ces tanpatsu du printemps 2011, période de diffusion m’occupant visiblement beaucoup en ce moment. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer dernièrement, il y a deux ans, dans le cadre d’un billet pour Critictoo, je m’étais focalisée sur les renzoku de la saison, récupérant en même temps les tanpatsu sans les regarder. Ce n’est que maintenant que je m’y mets, mes dossiers virtuels me remerciant au passage de procéder à un petit ménage. Aujourd’hui, place à Young Black Jack. Diffusé sur NTV le 23 avril 2011, il dure un peu moins de 105 minutes. Normalement, ce titre devrait être familier aux amateurs de mangas puisqu’il s’agit ni plus ni moins que d’une histoire inspirée assez librement de Black Jack, une œuvre phare de Tezuka Osamu ; composé de 17 volumes sortis entre 1973 et 1983, ce shônen à succès est disponible après quelques péripéties en France chez Kazé. Notons justement que ce scénario a été transposé sous plusieurs formats et, qu’outre Young Black Jack, il est également le point de départ d’autres récits tels que Black Jack : Kuroi Ishi (Blackjack : le médecin en noir) ou, plus connu, Black Jack ni Yoroshiku (Say Hello to Black Jack) – d’ailleurs, il y a justement une adaptation télévisée avec Tsumabuki Satoshi dans le rôle-titre. Pour l’anecdote, Young Black Jack existe depuis fin 2011 en manga puisqu’il est actuellement publié au Japon dans un seinen scénarisé par Tabata Yoshiaki et dessiné par Okuma Yûgo. En résumé, l’univers dudit personnage est particulièrement riche et semble inépuisable. Aucun spoiler.

Kuro Hazama est un jeune étudiant en médecine atypique. Ayant la moitié de son visage noire en raison d’une greffe de peau, il pratique en plus illégalement la médecine malgré son absence de diplôme. Convaincu de son bon droit et de ses capacités, il essaye de sauver des vies contre d’importantes sommes d’argent. En rencontrant la naïve et conformiste Yasaka Yûna, il embrasse sa destinée teintée de noirceur et fait par la même occasion connaissance avec son futur grand ennemi.

Comme son titre l’indique, Young Black Jack s’attarde sur la jeunesse de son antihéros en tentant de montrer de quelle manière il a rompu tout contact avec le monde réel et est devenu le médecin officiant clandestinement. N’ayant pas lu le manga ni vu l’une des adaptations animées, je serais totalement incapable de préciser si l’esprit du matériel de base est conservé. Cependant, il parait assez évident que, sans parler de ses qualités inhérentes, le tanpatsu n’a guère le temps de développer quoi que ce soit compte tenu de sa courte durée. À vrai dire, il donne l’impression de s’apparenter à une sorte de mise en bouche, de porte ouverte pour débuter un renzoku et donc, une histoire plus conséquente. S’il est toujours possible que cela se fasse, il est probablement légitime d’imaginer que cette idée a dû être laissée tomber vu que deux ans se sont déjà écoulés depuis sa diffusion. Si jamais la production revenait sur le tapis, il y a de forces chances qu’elle subisse alors de multiples modifications. En lançant cet épisode, il convient par conséquent de savoir que sa conclusion n’en est clairement pas une et qu’elle tend plutôt à glisser de nombreuses pistes d’hypothétiques développements. Finalement, Young Black Jack se termine surtout quand il aurait dû débuter !

Dans le manga de Tezuka, Black Jack est un homme vivant dans l’ombre. Avec la dualité qui le caractérise physiquement, il est entouré de zones d’ombre mystérieuses et paraît presque inapprochable. Au sein du tanpatsu, il n’est encore que Kuro Hazama, un étudiant se fondant dans la masse bien qu’il commence déjà à proposer ses services au plus offrant. Solitaire, il est profondément marqué par son tragique passé et cherche en vain à aider sa mère, plongée dans une sorte de coma depuis qu’il est jeune. La fiction débute effectivement par plusieurs flashbacks illustrant le pourquoi de cette greffe de peau noire sur son visage. Il y a de ça de nombreuses années, Hazama et sa mère, Mitsuko (Toda Naho – Shikei Kijun, Soratobu Tire), furent victimes d’un attentat à la bombe dans un centre commercial. Si le petit garçon a pu s’en sortir sans trop de séquelles grâce aux talents du chirurgien plastique Honma (Ichimura Masachika) – et d’un enfant passant par là, l’air de rien, afin d’offrir un bout de peau –, ce ne fut pas le cas de la seconde. Les années avançant, le désespoir et le sentiment de culpabilité de Hazama n’ont fait qu’aller crescendo car il se juge en partie responsable de ce qui s’est passé. Une fois adolescent, persuadé d’être davantage en mesure de s’occuper de celle qu’il aime que les employés de l’hôpital, il décide de la kidnapper et de l’installer dans son repaire, une sorte de vaste cave où il peut s’adonner à ses multiples expérimentations. Tout en menant à terme ce qu’il juge comme un sacerdoce, il suit ainsi des cours de médecine et est remarqué pour ses aptitudes hors du commun. Peu affable et ne daignant pas s’efforcer de sociabiliser, il s’attire néanmoins la sympathie de Tatsumi Katsuya (Kaku Kento – Tumbling, Asukô March!), le descendant d’un représentant pharmaceutique capable de lui fournir tous les médicaments dont il peut avoir besoin. C’est justement à cause de lui qu’il découvre Yasaka Yûna, une jeune étudiante en médecine, à son instar, mais dans une école prestigieuse. Fille du directeur d’un grand hôpital, son existence semble toute tracée d’autant plus qu’elle est en couple avec un médecin talentueux et promis à un grand destin, Kiryû Naoki (Ozawa Yukiyoshi – Shikei Kijun, Ri Kôran). Sauf qu’une maladie inopinée vient semer son grain de sable et enrayer la machine. En effet, Yûna réalise qu’elle n’est pas heureuse, elle commence à être attirée par Hazama qui, lui, replonge avec effroi dans son passé et doit prendre des mesures draconiennes vis-à-vis de sa mère. Progressivement, il se détache de la société de laquelle il était déjà en marge et emprunte un sombre chemin tandis que ses cheveux, eux, se teintent à moitié de blanc. Black Jack est né.

Young Black Jack comporte tous les défauts entachant cruellement de nombreux tanpatsu à fort potentiel aucunement effleuré. En plus d’être écrit très approximativement, il met essentiellement en avant l’incompétence des personnes ayant dirigé ce projet. Un des points dérangeants est peut-être l’absence totale d’ampleur émotionnelle alors que, visiblement, le scénario cherche à instaurer une certaine empathie pour son personnage principal. Hazama est un jeune homme froid n’inspirant rien. Beaucoup s’extasient sur son génie bien que l’on ne voie vraiment pas ce qu’il a réalisé pour mériter ces louanges. Ses propos sibyllins sur sa conception de la vie ou de la mort, son détachement pour n’importe qui exceptée sa mère et son caractère fortement présomptueux n’aident pas à l’apprécier un minimum. Okada Masaki (Otomen, Hanazakari no Kimitachi e) l’incarnant essaye de lui insuffler un minimum d’épaisseur mais il n’a pas l’opportunité d’en faire davantage. Plus que d’être un génie du scalpel, il apparaît plutôt comme un individu capricieux se prenant pour un être supérieur. Il faut ajouter que ses dialogues sont tellement pompeux et ridicules qu’il est compliqué de le prendre au sérieux. Pire, cet épisode se donne beaucoup de mal pour s’offrir une atmosphère glauque, voire sordide. Cette ambition démesurée est très malvenue et étouffe l’ensemble qui n’a pourtant pas besoin de ça. L’histoire narrée au cours de ces longues minutes n’a rien de trépidant et sonne très classique en plus d’être caricaturale à souhait. Ainsi, Hazama est l’homme de la situation, techniquement ambigu tout en gardant une bonne once d’altruisme pour ne pas choquer. Il déteste au départ Yûna, la réciproque étant forcément de mise, si ce n’est que les deux finissent régulièrement par se rencontrer par hasard et l’on sent une once romantique s’installer avec lourdeur et sans subtilité. À ce sujet, Yûna est d’une fadeur à effrayer et ce n’est pas Naka Riisa (Shiawase ni Narô yo, Wild Life) lui offrant ses traits qui va changer quoi que ce soit tant elle est inexistante. Ajoutons-y la cinquième roue du carrosse avec le médecin jaloux virant à la surenchère et la grandiloquence en deux temps trois mouvements, et l’on atteint le comble de la consternation. Le rythme va trop vite dans ce Young Black Jack et les réactions sont tellement peu naturelles que le visionnage en devient douloureux. Ne commençons surtout pas à évoquer l’interprétation désastreuse de la quasi majorité de la distribution, les incohérences, la forme très artisanale et presque kitsch, l’affreuse perruque noire et blanche, le tout aussi abominable maquillage de Hazama, ou encore l’opération finale se concluant sur une note mielleuse et, évidemment, irréaliste. Même le compositeur Ike Yoshihiro (Keitai Sôsakan 7, Magerarenai Onna, Rebound, Nobuta wo Produce) proposant habituellement des compositions solides se fourvoie ici en commettant une bande-originale intrusive, forçant l’émotion et honteux plagiat de musiques de films étasuniens. Dans tous les cas, le résultat global est navrant pour autant d’amateurisme.

Au final, Young Black Jack souhaite dépeindre les raisons ayant conduit Kuro Hazama à se transformer en médecin officiant dans la clandestinité, mais il ne convainc pas une seule seconde. Se bornant à du travail bâclé et sans envergure, ce tanpatsu poussif a en plus le culot de se donner de grands airs. Outre une accumulation de tous les écueils du genre, l’épisode est prévisible et alterne les scènes larmoyantes avec d’autres probablement supposées être riches en tension et en adrénaline, bien que ce soit la fadeur et l’ineptie qui priment. Si, dans le manga, le personnage symbolise un être déviant particulièrement ambigu, il n’est ici qu’une pâle copie orgueilleuse pleurnichant sur le fait que personne n’ait encore réussi à sauver sa mère. Nous sommes donc extrêmement loin de l’humanisme désabusé et de la critique morale multidimensionnelle vantés par les milliers d’amateurs de l’œuvre de Tezuka. Au cas où une nouvelle adaptation arrive à la télévision, croisons les doigts pour qu’elle puisse tirer parti du fort potentiel d’un récit de cette trempe et ne pas délivrer un sentiment d’échec cuisant aussi horripilant.