Barairo no Seisen | バラ色の聖戦

Par , le 4 août 2013

Le milieu du mannequinat est assez peu dépeint dans les séries télévisées et ce n’est clairement pas le Japon qui démentira ce fait. Par conséquent, découvrir un j-drama le mettant en avant a de quoi intriguer, qui plus est lorsque l’angle d’approche est sensiblement différent de ce que à quoi l’on pourrait s’attendre. Avec ses six épisodes de quarante-cinq minutes, Barairo no Seisen fut diffusé sur TV Asahi entre septembre et octobre 2011 et plonge le public dans le monde féroce des top-models. Son titre signifie très approximativement la croisade rose. Il s’agit d’une adaptation du josei manga du même nom de Koyama Yukari, encore en cours de publication, et composé de onze volumes à l’heure à laquelle ce billet est posté. Aucun spoiler.

À 30 ans, Miki Makoto est la femme au foyer nippone idéale. S’occupant consciencieusement de ses deux jeunes enfants et veillant toujours à ce que son époux ne manque de rien, elle remplit admirablement les missions qui lui ont été confiées. Alors qu’elle est supposée s’accommoder de cette vie rangée, elle est pourtant peu épanouie. C’est pourquoi, quand elle apprend que son cher et tendre l’a trompée, elle décide de se reprendre en main afin de le reconquérir. Pour cela, malgré son âge désormais avancé et sa situation familiale, elle envisage de devenir mannequin. À travers les embûches qu’elle rencontre sur son chemin, elle réalise progressivement l’importance de s’accomplir.

     

La lecture du synopsis de Barairo no Seisen laisse imaginer un éclairage intéressant sur la place de la femme dans la société japonaise, sur les difficultés à mener de front son rôle de mère et de femme, ou encore sur la nécessité de suivre un chemin enrichissant. Autrement dit, pour peu que l’on soit amateur de récits initiatiques illustrant un changement d’existence, cette série semble posséder de nombreux atouts. Or, bien qu’elle souhaite visiblement démontrer la possibilité d’allier carrière et famille tout en faisant évoluer à sa manière les mentalités, la fiction n’évite pas du tout les écueils attendus et se permet en plus de s’embourber dans les stéréotypes et la caricature. Ainsi, Makoto, l’héroïne incarnée par Fukiishi Kazue (Kôkôsei Restaurant), dépérit à petit feu. Passant toutes ses journées avec ses enfants et ne sortant que pour les envoyer au parc ou pour s’occuper des courses, elle s’ennuie et rêve de discussions d’adultes. Malheureusement, la seule personne susceptible de lui apporter un minimum d’intérêt, à savoir son mari, ne le fait pas. Atsushi (Hasegawa Tomoharu – Yume wo Kanaeru Zô) se borne effectivement à mettre les pieds sous la table et à s’abrutir devant la télévision, sans qu’aucun contact ne puisse être établi. Mine de rien, Makoto se donne du mal et s’efforce d’entretenir une vraie relation avec lui, mais cela lui est égal, surtout qu’il ne la voit de toute manière pas en tant qu’individu. Quand elle découvre par hasard qu’il la trompe avec l’une de ses subordonnées et qu’il a le toupet d’exiger d’elle une faveur humiliante, elle choisit de garder la tête haute quoi qu’il advienne et de récupérer sa gloire d’antan. Pour cela, suite à certaines circonstances, elle se retrouve en lice pour devenir mannequin. L’opportunité est extraordinaire puisqu’à ses yeux, en étant apprêtée et amincie, son mari retombera amoureux d’elle et tout redeviendra parfait. Naturellement, dans un pays favorisant la femme au foyer, les valeurs maternelles et la soumission à son conjoint, rien ne se passe comme prévu.

Outre d’autres défauts liés au milieu du mannequinat, ce sont les objectifs de Makoto et l’aspect paternaliste de l’ensemble qui déçoivent grandement, voire irritent. Effectivement, le j-drama explique tout simplement que si Makoto a été trompée, c’est parce qu’elle a arrêté d’être une femme et qu’elle s’est limitée à demeurer une mère. La phase de séduction ayant été oubliée, il serait compréhensible que son époux se soit désintéressé d’elle. Comment dire ? Ah oui, c’est consternant. Certes, voir le personnage principal quérir l’aval de celui qu’elle aime et espérer obtenir de lui une véritable relation se comprend plus ou moins au départ – bien que malgré tout, cela énerve –, si ce n’est qu’il est attendu qu’au fur et à mesure des épisodes, Makoto chemine et constate que, non, son mari est un goujat de la pire espèce et qu’elle doit avant tout penser à elle. Sauf que ce n’est pas réellement le cas. Ne nions pas que la trentenaire soulève quelques thématiques pertinentes et prouve qu’une femme, en se mariant, a le droit de chercher d’autres moyens de satisfaction en-dehors de son foyer familial. Or, ces rares idées sont noyées dans la masse et parasitées par un entourage presque rétrograde et horripilant toute fibre féminine. En effet, en dépit des horreurs que son mari lui assène et la place restreinte qu’il souhaite qu’elle garde à tout prix, Makoto continue de l’aimer et de l’excuser. Pire, elle va jusqu’à remercier la maîtresse d’Atsushi de lui avoir ouvert les yeux sur la déliquescence de son propre mariage ! Digne et fière, Makoto symbolise à elle seule toutes les valeurs d’un pays. C’est juste aberrant et non explicable – ou justifiable – uniquement par une différence culturelle ou de mentalité. De surcroit, le scénario donne raison à cet homme volage en montrant cette mère abandonner ses enfants, les laisser hurler, tout simplement parce qu’elle souhaite aller pavaner sur les podiums. La conclusion de la série est d’ailleurs somme toute très mitigée et n’apporte pas de réelle réponse à la situation future de Makoto. Sous couvert de se présenter moderne et féministe, Barairo no Seisen ne l’est finalement pas du tout et en devient peut-être davantage agaçant que s’il s’était affiché dès le départ honnête avec son public.

C’est en voyant dans un magazine une annonce pour participer à une sorte de concours de modèle pour une célèbre marque de cosmétiques que Makoto envisage de tenter sa chance. La gagnante aura le droit de prendre part à une séance photo avec une superbe mannequin incarnée par la très sympathique Takizawa Saori (Marumo no Okite, Guilty, Jotei). Avant d’atteindre le Graal, la société requiert que chaque candidate perde du poids. Celle ayant le plus fondu figurera parmi les favorites. Au-delà du discours patriarcal, ajoutons au j-drama une apologie des régimes avec des produits soi-disant miraculeux. Quoi qu’il en soit, Makoto monte plus régulièrement les escaliers, ingère la boisson en question et fond comme neige au soleil. Si son mari conçoit qu’elle est plus jolie, il se fiche encore d’elle. Après tout, son rôle est d’être la mère de ses enfants et sa femme. Pour cela, elle peut ressembler à rien que ça ne changerait pas grand-chose. Dans un souci de rébellion et en dépit des propos décourageants de ses parents, l’héroïne s’acharne et débute pour elle une carrière délicate dans le monde des mannequins. Si elle se retrouve confrontée à de nombreux obstacles, elle est surtout mise à mal par Nakanishi Sara, une jeune femme rencontrée peu de temps auparavant et pour qui elle s’était prise d’affection. Sara cache au départ finement son jeu et se révèle être une vraie furie psychologiquement instable prête à tout pour devenir une mannequin réputée. Manipulant son monde, n’hésitant pas non plus à avoir des relations sexuelles pour avancer, elle incarne par conséquent la perfidie et l’orgueil. Cela étant, ce n’est pas de sa faute mais celle de sa mère l’ayant martyrisée et moquée lorsqu’elle était jeune. Tout s’explique. Le fait qu’Ashina Sei (Saru Lock, Bloody Monday, Tsugunai, Stand Up!!) lui offrant ses traits y est encore plus médiocre que d’habitude n’aide en rien et accentue cette caricature ambiante franchement désagréable. Sara met des bâtons dans les roues de Makoto, n’hésite jamais à l’humilier mais la mère au foyer encaisse, se transforme en battante et apprend de ses erreurs au contact de ses collègues qui pourtant, au début, la méprisaient. Naturellement, elle découvre que derrière ces beaux visages se cachent aussi parfois des fêlures et qu’être mannequin n’est pas de tout repos. Par la force de son caractère, elle s’intègre au petit groupe de tops et beaucoup l’admirent pour son courage et son abnégation. Ce succès, Makoto le doit en grande partie au soutien sans failles d’un photographe joué par Kaname Jun (Atashinchi no Danshi, Ashita no Kita Yoshio, Sweet Room, Taiyô no Uta) et de la directrice d’une agence à première vue sévère mais en réalité adorable.

La série n’est donc qu’une accumulation de poncifs et demeure caricaturale jusqu’au bout. De surcroît, malgré sa très courte durée de vie, elle manque de rythme et repose bien trop souvent sur un schéma identique où Makoto est au pied du mur en raison de sa double vie, de l’ombre menaçante de la terrible Sara et du chantage affectif de mari qui lui ordonne d’arrêter son cirque et de rentrer à la maison. Il est vrai, les premiers épisodes se regardent assez aisément d’autant plus qu’ils laissent encore planer le doute d’une amélioration, et d’une exposition intéressante sur la fierté d’être une femme. En revanche, la seconde moitié du renzoku patine sérieusement. La réalisation extrêmement banale, l’absence de mise en scène, les vêtements peu enthousiasmants pour une série sur la mode et l’unique passable chanson, Rainbow de Katô Miliyah, passée en boucle, ne sont d’aucun support.

Pour conclure, Barairo no Seisen se veut être une sorte d’étendard des valeurs de la femme au foyer qui mérite plus que de se limiter à se consacrer aux siens corps et âme. Avec le récit initiatique et cette quête d’identité de Makoto, une mère et épouse fidèle et aimante, la fiction essaye effectivement d’illustrer l’importance de s’épanouir dans sa vie personnelle. Malheureusement, les épisodes se perdent dans des maladresses d’écriture donnant surtout l’impression d’être plus consensuels qu’autre chose. Pour cela, il est notamment légitime de blâmer l’insupportable extrémiste époux n’oubliant jamais de répéter ad nauseam son point de vue sur la position du supposé sexe faible dans le couple et dans la société. Qui plus est, le j-drama se ridiculise en beauté avec cette histoire de mannequinat où les clichés sont de vigueur et empêchent totalement de se prendre au jeu tant tout y résonne factice. Alors que l’ensemble aurait pu être résolument moderne, frais et pétillant, il s’avère être lourd, répétitif, poussif et définitivement dispensable.


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