Upstairs Downstairs (saison 2)

Par , le 13 août 2013

Sans réelle surprise compte tenu des audiences en demi-teinte et de la constante comparaison négative avec Downton Abbey, Upstairs Downstairs a été annulée au terme de son second chapitre, ultime saison dont nous allons discuter aujourd’hui. Composée cette fois-ci de six épisodes de soixante minutes, soit le double de la précédente, elle fut diffusée en Angleterre sur BBC One entre février et mars 2012. Aucun spoiler.

Sans être mauvaise, la saison une de cette sorte de suite d’Upstairs, Downstairs de 1971 (Maîtres et Valets en France) ne convainquait guère. Ne disposant effectivement pas d’une véritable identité et se contentant d’accumuler des vignettes historiques, elle peinait à créer un lien affectif avec son public. Puisqu’il s’agissait justement des débuts de la série, il était logique d’être relativement compréhensif. En revanche, cette nouvelle salve d’épisodes ne tolère pas d’erreur et requiert davantage de densité et de réussite. Malheureusement, le premier épisode commence déjà par de mauvaises nouvelles fort irritantes. La galerie des protagonistes a été amputée de deux de ses importantes figures, celles qui formaient d’ailleurs une sorte de pont avec la série des années 1970. Dame Eileen Atkins, l’actrice incarnant avec talent la délicieuse Maud, ayant décidé de claquer la porte au nez de la production pour des divergences artistiques, elle disparaît de cet univers. Dès lors, la mère de Hallam Holland est annoncée comme morte et incinérée, ses cendres trônant désormais sur la cheminée. Si son ombre plane et qu’elle est mentionnée à plusieurs reprises, son absence est assez cruelle pour la fiction qui n’avait vraiment pas besoin de subir cette perte. Qui plus est, la sympathique Rose Buck est aussi très peu présente bien que là, la raison soit dramatique et non volontaire. Son interprète, Jean Marsh, ayant été victime d’un accident vasculaire cérébral, elle n’apparaît que de manière sporadique, le scénario ayant déplacé l’ancienne servante dans un sanatorium afin de soigner sa tuberculose. Sans ces deux femmes, l’atmosphère diffère légèrement et fait craindre le pire. En revanche, le bon point est que de cette façon, la fibre nostalgique pour le classique britannique parasitant la première saison n’est plus. Sinon, le départ d’Ivy (Ellie Kendrick), l’amatrice de vernis à ongles rouge, n’est pas gênant, mais il aurait été agréable que la jeune fille soit au moins mentionnée dans une discussion. On ne sait pas pourquoi elle n’est plus là et tout le monde semble se ficher d’elle. Quoi qu’il en soit, étant donné qu’il faut colmater ces fuites, de nouveaux arrivants s’intègrent à la distribution. Du côté du rez-de-chaussée et des serviteurs, ajoutons Beryl (Laura Haddock), chargée au départ de s’occuper des enfants de la maisonnée, et Eunice (Ami Metcalf), placée à la cuisine. La première détient plus de temps d’antenne que la seconde, même si ses intrigues sont assez peu enthousiasmantes et résolument clichées ; son histoire romantique avec le chauffeur, Harry Spargo, encore empêtré dans un rôle assez stéréotypé, en est un exemple parlant. Le constat est plus positif avec le Dr Blanche Mottershead, la sœur cadette de Maud, décidant de s’installer au 165 Eaton Place. Jouée par une Alex Kingston (ER, Doctor Who) en forme, cette archéologue trouve aisément sa place et illumine par sa présence et sa jovialité les épisodes. Finalement, en dépit de bouleversements en coulisses, la saison est dans la lignée de celle à laquelle elle succède. Pour le pire comme pour le meilleur.

Après une ellipse mise en scène de façon assez approximative, nous voici arrivés en 1938. Il va s’en dire que dès le début, la Seconde Guerre mondiale s’annonce dangereusement et les épisodes ne feront qu’accentuer cette menace. Sir Hallam s’évertue à protéger son pays, passe de réunion en réunion, envisage des solutions parfois radicales et ne sait clairement ce qu’il convient d’effectuer, si tant est qu’il existe une solution. Déjà vu précédemment, George (Blake Ritson), le duc de Kent et frère cadet du roi, George VI, occupe une place discrètement remarquée au fil des épisodes et continue de conseiller fidèlement son ami. Bien qu’il soit au final assez peu présent à l’écran, il est assurément un élément fort grâce à son charisme et à son attitude posée. À l’instar des débuts de la fiction à la télévision, cette saison deux s’axe grandement sur l’Histoire, tout en y accolant avec plus ou moins de succès des évènements intimistes. Le contexte trouble de l’époque est par conséquent la figure de proue. Entre la montée du nazisme, la tentative de sauvetage d’enfants juifs condamnés à un funeste destin, l’installation de sacs de sable, l’appel des jeunes hommes afin de se préparer au conflit, l’organisation du peuple en prévoyance du futur rationnement, les menaces de bombes, le racisme, l’arrivée des masques à gaz, l’espionnage et des réminiscences de la Grande Guerre, l’atmosphère devient rapidement pesante. De manière peut-être plus marquée qu’en 2011, cette saison a pour fil directeur l’Histoire et crée de faux prétextes et autres rebondissements discutables pour appuyer sa dimension factuelle. Ne le nions pas, la densité et la richesse de cet arc sont indiscutables, surtout que la présence du maître de maison parmi les hautes sphères décisionnaires lui permet de disposer d’un point de vue éclairant. En outre, cette peinture utilise une palette de nuances assez fine et non manichéenne, ne serait-ce qu’avec le personnage détestable de Lady Persephone. Tout ce qui est attesté est donc pertinent et intéressant. Or, c’est réellement le fictif qui pose problème comme le témoignent la trame poussive en lien avec cette femme et son beau-frère ayant subitement changé de caractérisation, ainsi que toutes les petites intrigues placées bout à bout – tout ça pour, en sus, se terminer avec précipitation et dans l’indifférence.

Malgré une esthétique encore très soignée et un sens du détail agréable, ces six épisodes ne parviennent que rarement à intriguer, nonobstant un résultat plus homogène qu’auparavant. L’écriture cherche à davantage impliquer émotionnellement ses téléspectateurs et essaye d’approfondir ses personnages. Cette envie légitime est appréciable et permet justement au tout de se montrer sensiblement plus abouti que ce que l’on avait déjà regardé par le passé. Certes, le visionnage ne se révèle pas réellement divertissant bien que progressivement, ce qui arrive à de rares protagonistes touche sporadiquement. Le rythme est toujours aussi fluctuant, ralentissant lorsqu’il ne faut pas et s’affolant ensuite, injectant énormément d’idées qui auraient mérité une vraie exploration et non pas d’être jetées les unes avec les autres, ruinant leur propre potentiel. À peine a-t-on l’opportunité de commencer à se sentir concerné que l’on est déjà passé à autre chose. Cependant, plusieurs lacunes de la saison précédente sont, cette fois-ci, enrayées et offrent la possibilité à l’ensemble d’être plus satisfaisant. La meilleure nouvelle est que les personnages finissent enfin par former une vraie unité et ne plus se borner à demeurer des éléments disparates. L’entraide, l’amitié, les disputes et les joies des domestiques sont par moments assez joliment retranscrites. Pour cela, il faut principalement remercier la dynamique souvent volcanique entre la cuisinière, Clarice, et Mr. Pritchard. Leur entrain est somme toute assez communicatif bien que certaines réactions soient excessives et expédiées – les conséquences des aventures amoureuses du second le prouvent bien. En tout cas, parmi les autres employés de la résidence, il est compliqué d’être investi par ce que l’on voit du fait de ce manque de naturel omniprésent et d’un aspect sentimental de bas étage. Plutôt que d’injecter des caractéristiques au long cours, le format est mécanique puisque les personnages ont chacun leur tour le droit à une mise en avant. Cet aspect schématique alourdit la saison qui mériterait un bon vent de fraîcheur et de liberté. La propension à dramatiser à l’excès n’est pas non plus d’un grand secours, surtout lorsque des scènes comme une de celles du tout dernier épisode s’approchent presque de la farce. Chez la haute société, seule l’excentrique Blanche attire la sympathie et réussit à émouvoir grâce à une dimension assez inédite où Emilia Fox (Merlin -BBC-) s’invite le temps d’un épisode. Notamment affecté par un Américain joué par Michael Landes, les affres du mariage entre Lady Agnes et Sir Hallam ne touchent aucunement et sont d’une incroyable platitude, le couple n’étant clairement pas empreint de suffisamment de charisme en dépit d’une excellente interprétation. De toute manière, la quasi totalité de la distribution abat un travail solide, mais cela ne suffit pas pour contrebalancer les défauts de la production.

Pour conclure, la deuxième et dernière saison d’Upstairs Downstairs est globalement similaire à la précédente. Elle a la chance de se bonifier avec le temps, sans toutefois en devenir pour autant une réussite. Si elle parvient à être très légèrement plus régulière et à insuffler un semblant d’harmonie entre les domestiques, elle reste tristement limitée par sa propension à trop vouloir forcer ses développements et à papillonner laborieusement d’intrigue en intrigue. Ses principales figures sortent parfois de leur caractère, sont prisonnières de leur état de concept et ne font que s’articuler maladroitement autour de l’Histoire, au demeurant mise en scène avec soin. Le constat est par conséquent mitigé parce que jamais la série ne s’avère inspirée de bout en bout et souffre de son rythme erratique. Il ne suffit pas d’ajouter un lourd passif, des signes distinctifs supposés contraster la psychologie ou des embûches factices pour impliquer le public face à de fades personnages trop peu attachants, et de surcroît, clichés. En d’autres termes, une véritable humanité fait défaut à cette production quelque peu creuse et artificielle. Le visionnage laisse presque triste car la fiction disposait d’armes concrètes pour proposer un divertissement cultivé et passionnant.


4 Commentaires

  1. Kerydwen
    Carole• 16 août 2013 à 23:54

    Cette saison 2 était presque aussi ennuyeuse que la première. Je pouvais comprendre certains choix narratifs, mais il y avait une platitude qui ressortaient des personnages et quand ils étaient bons, il était souvent pris dans de mauvaises intrigues. J’avais de la peine pour Ed Stoppard qui était vraiment excellent, mais l’histoire avec Claire Foy… Une tragédie pour cette dernière – la fin m’a scotchée à un certain niveau je l’avoue, mais ce tumulte émotionnel arrive bien trop tardivement. S’il y avait eu une suite, je pense qu’il serait de toute façon retomber dans leur ambiance monotone. C’était le gros défaut du show, tout simplement monotone. je n’ai même pas envie de m’arrêter sur les personnages downstairs, je ne sais pas s’il y a une histoire que j’ai aimé autour d’eux au cours de cette saison, je ne me rappelle plus. Alex Kingston était bienvenue car elle suscitait de la sympathie, quelque chose qui manquait à un peu trop de monde au final.

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 17 août 2013 à 21:21

      Monotone est effectivement un adjectif qualifiant à merveille la série. Ce n’est pas tant qu’elle soit foncièrement désagréable à regarder mais elle ennuie bien trop souvent, malheureusement. Pourtant, j’avais vraiment envie de me sentir concernée par ces personnages et ce qu’ils vivaient. J’ai essayé de m’accrocher au maximum, si ce n’est qu’à un moment donné, on comprend que l’ensemble ne décollera pas. C’est toujours aussi dommage, voire irritant, de constater un potentiel qui ne parvient jamais à être un minimum exploité. Maintenant, il ne me reste plus qu’à tester celle revenant toujours sur le devant de la scène, à savoir Downton Abbey. J’espère ne pas être déçue vu certaines critiques dithyrambiques concernant sa première saison. Si, déjà, je réussis à m’attacher aux protagonistes, ce sera un bon point qui manquait cruellement ici.

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  2. Kerydwen
    Carole• 19 août 2013 à 19:13

    Je pensais que tu avais au moins déjà vu une saison de Downton Abbey. Je ne suis pas dithyrambiques sur la série, elle a ses qualités et ses défauts. Elle a l’avantage d’avoir une palettes de personnages assez colorés. En tout cas, la saison 1 était plutôt réussi dans son registre, la saison 2 est mauvaise et la troisième relève le niveau. L’avantage est qu’il y a un attachement clairement plus développé pour les personnages.

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 22 août 2013 à 22:55

      Downton Abbey figure sur ma liste mais je préfère attendre qu’elle soit terminée avant de me lancer. J’ai plein d’autres séries de cet acabit à tester auparavant, de toute manière. J’avais effectivement lu que la seconde saison était moyennement réussie et savoir qu’elle est carrément mauvaise ne me donne de toute manière pas spécialement envie de précipiter mon visionnage. Bref, il faudra attendre encore un petit peu avant que je la passe au crible ici ^^.

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