Alors que Grey’s Anatomy entamera dès la rentrée sa dixième année, discutons tout d’abord de la neuvième, composée de vingt-quatre épisodes diffusés sur ABC entre septembre 2012 et mai 2013. Aucun spoiler.

C’est un secret pour personne, Shonda Rhimes aime les histoires tragiques où le pathos fait la loi. Ses fins de saison en sont des preuves absolues et ce n’est clairement pas le season finale de 2012 qui viendra démentir cette affirmation. Après avoir échappé à une bombe, un fou furieux armé et autres évènements dramatiques, une grande partie de l’équipe de l’hôpital s’écrasait en plein milieu d’une forêt avec leur avion. Sévèrement blessés pour la plupart, seuls au monde et se sentant abandonnés, ils n’avaient presque plus espoir de survivre. Naturellement, en tant que téléspectateur nous savions que les secours les ramèneraient à bon port, mais, dans quel état ? Contre toute attente, la saison neuf ne commence pas là où nous nous étions arrêtés puisqu’elle procède à une ellipse de trois mois. Si ce parti pris peut paraître à première vue assez étrange, il est au contraire parfaitement tourné et permet à Grey’s Anatomy de davantage accentuer les difficultés qu’ont les rescapés à retrouver leurs anciens repères. Le second bon point, c’est que ce qu’ils ont traversé n’est aucunement oublié et illustré à travers des flashbacks globalement bien intégrés à l’ensemble. De plus, ce procédé apporte un éclairage pertinent et, souvent, émotionnellement chargé. Lexie est bel et bien morte et si son absence ne se fait pas forcément ressentir au cours de cette année, la jeune femme demeure régulièrement présente en toile de fond. Il en va de même pour un autre personnage disparaissant dès le début, qui dispose d’ailleurs d’une très jolie fin. Quoi qu’il en soit, l’accident d’avion a marqué au fer rouge Meredith, Derek et leurs comparses. La première partie de la saison s’attarde sur les conséquences psychologiques de cette tragédie tandis que la seconde se focalise davantage sur les changements matériels qu’il induit. Effectivement, il est tout naturel que cette catastrophe oblige les responsables à payer. Or, tout d’abord, qui sont-ils ? Et surtout, l’hôpital sera-t-il impliqué ?

Les résidents se sont transformés en titulaires pour la plupart. Beaucoup d’entre eux ont accepté des postes aux quatre coins du pays, mais l’épreuve qu’ils ont vécue dans les bois a bouleversé leurs plans. De toute manière, il était légitime de se douter que les principaux personnages finiraient à un moment donné par se rejoindre et revenir à Seattle. Ce n’est pas tout de suite le cas et le scénario parvient à gérer son éclatement du cadre avec une certaine ingéniosité, notamment grâce à de nombreux parallèles. Les aventures frisquettes de Cristina en sont un exemple concret. Si son association avec le chef de chirurgie incarné par Steven Culp (Ally McBeal, Desperate Housewives) n’est pas foncièrement passionnante, la dynamique instaurée avec Craig Thomas (William Daniels), le médecin vétéran se prenant d’affection pour elle, est rafraîchissante comme tout outre sa réflexion intéressante sur le vieillissement et la mise à jour des connaissances. Quoi qu’il en soit, Meredith, Cristina, Alex et les nouveaux titulaires ont pour mission prédominante d’enseigner leur spécialité aux internes. Encore une fois, Grey’s Anatomy insère en effet des visages inédits. Jusqu’à présent, le pari n’était pas toujours réussi, mais, cette fois, en dépit d’un ou deux disposant moins de temps d’antenne, et étant donc moins à même de rayonner, ces jeunes professionnels se révèlent plutôt agréables. C’est l’occasion d’y rencontrer des acteurs tels que Gaius Charles (Friday Night Lights) en Shane Ross rêvant d’être le bras droit de Derek, ou encore Tina Majorino (Veronica Mars) comme Heather Brooks, une interne assez excentrique extrêmement pétillante. Celle sur laquelle l’accent est le plus mis, Jo Wilson (Camilla Luddington), partage au départ une dynamique assez originale avec Alex, mais, malheureusement, la suite s’annonce convenue et moyennement engageante malgré quelques idées pertinentes. Elle a au moins le mérite de symboliser l’évolution positive d’Alex qui continue de cheminer à son rythme. Ces médecins en devenir permettent aux titulaires d’endosser avec plus d’aisance leurs rôles et offrent simultanément une bonne dose d’humour et de légèreté. Ils rappellent à merveille Meredith et les autres quand ils étaient internes et cet aperçu dans le rétroviseur est assez plaisant. Cela n’empêche en revanche pas la saison d’être bancale.

Assimiler Miranda à un élément comique durant la majorité des épisodes est presque en somme un crime. Dès la création de la série, la chirurgienne n’a jamais eu le droit à une véritable exposition. Par conséquent, l’entendre uniquement débiter des blagues quasi poussives peine, voire irrite. C’est d’autant plus vrai que cette année souffre indiscutablement de son ton maladroit. Grey’s Anatomy a de toujours été une fiction alternant entre des moments presque mélodramatiques et un humour latent. Ce n’est clairement pas maintenant qu’elle va changer. Toutefois, elle arrivait généralement à proposer un juste milieu favorisant un passage fluide d’un registre à l’autre. Si l’on remarque une amélioration progressive, les débuts sont très approximatifs et deviennent usants par tant de lourdeur. Pour en revenir au nazi qui se voit doté d’un nouveau surnom moins cool, elle gagne en importance vers la fin et les capacités de son interprète amendent cet arc peu inspiré. Il faut avouer que les intrigues personnelles n’aident pas à passionner les foules. Le pire se trouve sans conteste avec April. Cette femme est désormais insupportable à suivre en raison de son comportement immature et plus que répétitif. Oui, elle aime Dieu et se sent honteuse à l’idée d’avoir perdu sa virginité. Ça, on l’a compris. La regarder s’empêtrer dans un jeu du chat et à la souris avec Jackson agace et ce n’est pas le secouriste insipide (Justin Bruening) qui va modifier quoi que ce soit, à part assommer via un vent d’ennui mortel. Concernant le jeune Avery, il est fort sympathique et son petit rebondissement lui donne l’opportunité de changer de fusil d’épaule, mais, là aussi, le scénario le replace par la suite dans un rôle bien rangé. En fait, la saison souffre de sa routine et ne parvient que de façon sporadique à contrebalancer son schéma impeccablement huilé. Résultat, sans que les épisodes ne soient mauvais, ils ne sont guère mémorables et il devient compliqué de se souvenir de ce qui s’y est passé une fois la télévision éteinte. Que les patients se ressemblent, d’accord, que les personnages principaux tournent en rond, c’est un autre problème bien plus grave.

Heureusement, quelques valeurs sûres améliorent le visionnage par leur simple présence. Le couple que forment Owen et Cristina en est tout naturellement le meilleur représentant. Depuis leurs débuts, les deux possèdent une alchimie palpable. Séparés bien qu’ils s’aiment, ils finissent par éclaircir leur situation si ce n’est que la question des enfants se présente telle une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Cette dynamique est superbement retranscrite à l’écran grâce aux talents des deux acteurs et pour toute la sensibilité et le réalisme dont elle s’arme. Qui plus est, ils sont individuellement tout aussi stimulants, apaisés et attachants. Dommage que tous les protagonistes de la série n’aient pas un dixième de leurs compétences. Cristina a énormément évolué en très peu de temps et même si elle conserve son côté détaché, elle commence presque à s’humaniser et à s’intéresser à ses patients en tant que personne à part entière. Ce changement se fait subtil et progressif, ce qui est juste parfait. Son amour pour la chirurgie est clairement passionné et communicatif. Sinon, bien évidemment sa relation avec Meredith continue sur sa lancée et garde de sa saveur, neuf ans après leurs débuts. Concernant celle-ci, elle persévère en se montrant somme toute agréable et son mariage avec Derek intègre désormais le rang des stabilités appréciables. Leur union est tranquille et, dans ce cas, ce n’est pas un défaut. Après tout ce qu’ils ont traversé, il ne s’avère pas nécessaire de maximiser la surenchère. Avant d’être une série médicale, Grey’s Anatomy s’aventure sur le terrain romantique et ce n’est donc pas surprenant que la saison joue de nouveau aux bouleversements sentimentaux au cours de ses épisodes. Outre Cristina et Owen, Callie et Arizona sont confrontées à leur première grande épreuve en raison d’un handicap survenu entre elles. Les deux femmes sont avenantes, c’est une évidence. Pourtant, leur traitement n’est pas toujours très heureux cette année et ce n’est pas l’arrivée du personnage campé par Hilarie Burton (One Tree Hill) qui améliore la situation. Bien au contraire. Arizona donne l’impression d’avancer pour mieux reculer et se cacher derrière une excuse assez lamentable. Enfin, pour l’anecdote notons l’apparition d’invités comme Miguel Sandoval (Medium), Roma Maffia (Nip/Tuck), Neve Campbell (Party of Five), Constance Zimmer (Entourage), Sarah Chalke (Scrubs), Todd Stashwick (The Riches), Annette O’Toole (Smallville) ou encore Navi Rawat (The O.C.).

Au final, cette neuvième année de Grey’s Anatomy peine à se révéler inspirée. Certes, il semble compréhensible qu’avec un tel âge, les scénarios perdent en fraîcheur et en originalité. Or, cela ne change absolument pas le fait que le visionnage dégage bien trop de fadeur et de prévisibilité pour marquer. Pourtant, la saison essaye tant bien que mal de se renouveler comme elle le prouve avec l’arrivée d’internes assez sympathiques. De même, les modifications liées au crash de l’avion dérèglent totalement l’atmosphère au Seattle Grace et délivrent par la même occasion un arc inédit, bien qu’assez soporifique par moments. Malheureusement, les cas médicaux ne sont pas non plus particulièrement exaltants. En d’autres termes, il est compliqué de reprocher quoi que ce soit à l’ensemble. C’est juste un sentiment de lassitude qui imprègne les épisodes et ne permet pas d’en ressortir franchement satisfait. Se regardant par habitude, la série se suit sans trop jeter de coups d’œil sur sa montre, mais elle n’apporte assurément plus grand-chose de novateur.