Frozen Planet | Terres de Glaces (mini-série documentaire)

Par , le 25 août 2013

En période estivale, certains d’entre vous apprécient peut-être de regarder des paysages enneigés, voire glacés, dans l’idée de tenter de se rafraîchir par des moyens peu communs. Dans ce cas, la mini-série documentaire britannique Frozen Planet devrait vraisemblablement répondre à vos attentes. Composée de sept épisodes de presque cinquante minutes, elle fut diffusée sur BBC One entre octobre et décembre 2011. Les cinq premiers d’entre eux comportent dix minutes additionnelles, intitulées Freeze Frame, illustrant l’incroyable travail ayant été mis en œuvre pour obtenir ce résultat. Cette production fut un succès au niveau des audiences en Angleterre, mais aussi critique comme le prouvent les nombreuses récompenses. En France, elle est disponible en DVD et en Blu-ray sous l’appellation Terres de Glaces ; le visionnage est plus que recommandé en haute définition tant le spectacle en vaut clairement la chandelle. L’équipe créative partage plusieurs similitudes avec celle d’autres documentaires tels que The Blue Planet et Planet Earth – les deux devraient d’ailleurs bénéficier dans le futur d’un billet sur Luminophore.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, j’apprécie grandement les documentaires sur les phénomènes naturels et merveilles des sciences de la vie et de la Terre. Si en France nous pouvons nous targuer de quelques réussites, il est indiscutable que nous faisons pâle figure face aux travaux de nos voisins outre-Manche. La BBC est une véritable caverne d’Ali Baba pour quiconque cherchant à satisfaire sa curiosité culturelle. Rompons tout de suite un suspense artificiel en écrivant que Frozen Planet mérite amplement le concert de louanges dont elle est dotée. Son titre l’indique, cette mini-série documentaire s’attarde sur le monde des glaces au sein de notre planète et, plus précisément, elle se rend aux pôles, en Antarctique et en Arctique. Après un premier épisode introduisant le concept, elle se focalise au cours des quatre suivants sur les effets induits par les saisons du globe, évoque dans le sixième les activités humaines dans ces contrées difficiles, et conclut son aventure sur une note poussant à la réflexion en discutant du réchauffement de la Terre et de la fonte des glaces. En d’autres termes, elle dresse un portrait somme toute exhaustif de ce qu’il convient de retenir à ce sujet, bien qu’il soit tout naturel qu’elle ne puisse tout éclairer et qu’elle demeure souvent assez succincte. Son principal but est de toute manière de probablement apporter un minimum de connaissances à ses téléspectateurs tout en les éblouissant à chaque nouveau plan.

     

Depuis plusieurs années, la BBC propose des documentaires laissant régulièrement bouche bée par leur visuel extraordinaire. Frozen Planet ne fait pas défaut à cette règle et marque dès ses premières images par son esthétique saisissante. Difficile de ne pas être subjugué par ce que l’on y voit, surtout que l’on croirait presque se trouver entouré de glaciers. C’est là où la mini-série mérite vraiment d’être regardée dans la meilleure qualité possible afin de profiter de toutes ses capacités. Les sept épisodes ont beau tous se dérouler dans des paysages qui pourraient être redondants, ce n’est pas le cas. Via un éclairage différant selon les saisons, les décors se modifient graduellement : le soleil apparaît, la neige est moins présente, la végétation reprend ses droits, les glaciers fondent ou, au contraire, la nuit ne semble aucunement vouloir s’arrêter, les flocons tombent par paquet et tout avance au ralenti avec un froid mordant descendant à moins de 70 °C ! Ce sont dans ces moments-là que l’on réalise à quel point la nature est un élément incontrôlable et impossible à maîtriser par l’homme. Le poids de notre propre personne et de notre impact sur ce qui nous entoure paraît dès lors bien insignifiant. La musique, notamment composée par George Fenton, participe également à l’expérience grâce à l’élégance dont elle s’arme, associée à des tonalités orchestrales du meilleur effet. En d’autres termes, cette cinématographie exceptionnelle, caractérisée par un jeu de lumière éblouissant, une photographie soignée et par un cadrage vivant, rend le visionnage hypnotisant. Qui plus est, la production s’est équipée de moyens illustrant ses ambitions avec des caméras de haute technologie permettant, entre autres, une immersion totale. Les passages en ralenti sont tout particulièrement spectaculaires. Freeze Frame montre le travail abattu par les équipes et prouve les difficultés que cela a dû être compte tenu des conditions climatiques inhospitalières et des animaux environnants, parfois fort dangereux. Pour l’anecdote, lors de sa diffusion, Frozen Planet a fait grincer des dents certains, car des plans n’ont pas été réalisés en pleine nature comme on pourrait le croire, mais dans un zoo néerlandais. C’est par exemple le cas de la naissance des ours. Est-ce un crime de lèse-majesté ? Clairement, non. L’équipe créative n’a pas cherché à mentir et tromper son audience. Au contraire, elle explique que la protection des animaux étant l’une de leurs préoccupations majeures, ils ne pouvaient pas suffisamment s’approcher d’une mère s’apprêtant à délivrer ses enfants pour la filmer, sans risquer de la brusquer. C’est pourquoi ils se sont permis d’opter pour une vivant en captivité. Bien sûr, apprendre cela rompt légèrement la magie, mais il faut savoir ce qui est le plus important…

Malgré le froid ambiant, l’absence parfois terrible de lumière et autres éléments rendant la vie aux pôles fort compliquée, elle est bel et bien présente. La flore est passée assez rapidement en revue, sans pour autant être oubliée, et c’est la faune qui se retrouve sur le devant de la scène. Sans grande surprise, les ours blancs, pingouins, manchots, phoques et animaux assez typiques de ces régions possèdent une place de choix au sein de Frozen Planet. Heureusement, le documentaire ne se limite pas à ces derniers et prend aussi la peine de s’attarder sur les narvals, le krill, les bélougas, les chenilles, de multiples espèces d’oiseaux, les éléphants de mer ou bien les limaces. Sans pouvoir tout inspecter en raison d’une durée assez restreinte, l’ensemble tente malgré tout d’être un minimum général et d’étudier cet écosystème fort particulier, qu’il soit sur terre, mer ou dans l’air. Ce qu’il y a de particulièrement agréable est que quelques animaux sont suivis au long cours, comme c’est par exemple le cas d’une ourse polaire et de ses petits, grandissant au fil des saisons et commençant à se débrouiller seuls. Les voir évoluer est extrêmement plaisant et pertinent. D’autres phénomènes tels que les aurores boréales (et australes !) ou la construction des icebergs ne sont nullement oubliés et, outre leur aspect visuel incontestable, ils sont expliqués de façon posée et intelligible. Car effectivement, la mini-série se veut didactique et ne se révèle jamais ennuyante ou pédante. Il faut avouer que son narrateur, Sir David Attenborough, approche la perfection. Sa voix captive immédiatement l’attention et si on le voit physiquement peu, il s’est tout de même rendu dans ces contrées à son très bel âge. L’écriture de son monologue est plutôt fine et, outre les informations intéressantes qu’elle apporte, sait être décontractée, voire empreinte d’un humour typiquement anglais absolument jouissif par son soupçon de cocasserie et un ton pince-sans-rire. Si l’insolite de certaines scènes séduit, ne nions en revanche pas que d’autres s’avèrent compliquées à regarder, bien qu’elles y aient totalement leur place. En effet, l’objectif n’omet pas de dépeindre la quête de la nourriture, la chasse des animaux ainsi que les batailles – parfois épiques ! – pour l’accouplement ; plusieurs moments sont terribles et émotionnellement éprouvants parce qu’ils ne laissent pas indifférent, quand bien même on est au courant qu’il s’agit tout de simplement de la loi du plus fort et des fondements de la chaîne alimentaire. Sinon, l’être humain dispose d’un seul épisode où la caméra se rend dans un petit village tout au nord de la Norvège et en Russie, où des tribus d’autochtones vivent parmi le froid perpétuel. Le chapitre est satisfaisant, mais se veut moins fascinant que les autres. Il en va de même pour le dernier, très pessimiste, s’apparentant surtout à une tentative de prise de conscience éclairée sur les dangers de l’influence de l’homme sur la nature, sur le réchauffement de la planète et sur la tragique fonte des glaces, véritable source d’inquiétude.

Pour conclure, la mini-série documentaire Frozen Planet figure parmi ces merveilles à choyer de la BBC. S’il est évident que les propos de la production sont pertinents et passionnants en plus d’être narrés avec entrain par un spécialiste du genre, ce sont surtout la beauté et la qualité des images et de la photographie qui laissent rêveur. Face à la découverte de toutes ces espèces si richement diverses dans un univers farouche et désolé, l’enchantement est presque perpétuel et permet de littéralement s’imaginer arpenter l’Antarctique et l’Arctique. En prime, si le spectacle et l’apport culturel sont méritants et dirigés principalement dans ce sens, une des missions de l’ensemble est aussi de sensibiliser son public, sans morale et emphase, sur la nécessité de protéger la planète afin de préserver tout ce qu’elle à offrir, qui nous est déjà connu ou, justement, qui reste à dévoiler. Quoi qu’il en soit, pour peu que l’on se sente concerné par le genre et ces thématiques, il va de soi que celui-ci figure parmi les indispensables du petit écran alliant émotions, intelligence et féérie.


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