Skins (saison 7)

Par , le 12 septembre 2013

Longtemps évoquée et annoncée sous diverses formes, l’ultime conclusion – du moins, a priori – de Skins vient d’être diffusée cette année sur E4, en juillet et août. Cette septième et dernière saison dispose d’un format original puisqu’elle se divise en réalité en trois parties distinctes : Skins Fire, Skins Pure et Skins Rise. Chacune d’entre elles comporte deux épisodes de quarante-cinq minutes et se consacre à un personnage phare de l’univers, alors qu’il a définitivement quitté le monde de l’adolescence. Aucun spoiler.

Comme son nom l’indique à merveille, Skins Fire a pour héroïne la flamboyante Effy. Désormais âgée de vingt ans, elle travaille dans des bureaux de fonds spéculatifs à la City, à Londres. Se bornant à photocopier, préparer le café et répondre aux exigences de sa supérieure directe incarnée par la toujours aussi séduisante Lara Pulver (Robin Hood, Sherlock, True Blood), elle rêve de réussir à gravir les échelons. Pour cela, elle est prête à manipuler un gentil jeune collègue ayant un faible pour elle. En d’autres termes, la petite sœur de Tony a beau avoir gagné quelques années, elle n’a pas foncièrement changé et continue d’utiliser les hommes, consciemment ou non. C’est comme si sa stupéfiante plastique lui était toxique et entravait littéralement son propre développement. Quoi qu’il en soit, tout en cohabitant avec Naomi passant toutes ses journées à ne rien faire, elle charme rapidement le grand dirigeant de la société. Il est d’ailleurs tristement amusant de constater à quel point son interprète, Kayvan Novak, partage de nombreuses caractéristiques physiques avec Luke Pasqualino. Ces deux épisodes se déroulent sur plusieurs saisons et relatent le cheminement d’Effy et de Naomi alors qu’elles bataillent toutes deux pour des raisons différentes. N’évitant pas quelques maladresses, des éléments improbables et un drame qui aurait gagné à être densifié, ce double épisode se suit assez agréablement, surtout si l’on apprécie l’ancienne mutique aux yeux bleus. Il laisse tout de même une curieuse impression une fois terminé, car il aurait mérité un impact émotionnel plus prononcé.

     

Avec un titre tout aussi bien trouvé que le précédent, Skins Pure s’attarde sur la douce et innocente Cassie alors qu’elle se perd à Londres dans sa solitude et son isolement. Visiblement blessée par une relation amoureuse dont les stigmates sont encore vivaces, elle découvre avec horreur qu’un individu prend des photos d’elle. Tandis qu’elle cherche de quelle façon donner un sens à sa vie qui ne lui convient pas, son père ressurgit et la plonge davantage dans ses doutes et angoisses. Cette seconde partie est probablement la plus faible des trois. Sans être mauvaise, elle est malgré tout marquée par un rythme extrêmement lent où les épisodes tentent avant tout de créer une ambiance. Le risque est alors à double tranchant puisque l’on est soit susceptible d’y adhérer et de ressortir fasciné par ce voyage psychologiquement éprouvant pour son héroïne, soit, au contraire, être quelque peu ennuyé par ce que l’on assimilera à une torpeur rébarbative. Cassie ne partageant en plus que peu ses pensées, il est assez complexe de la comprendre et de ressentir une franche empathie à son égard, à moins d’avoir à l’origine un faible pour elle. Assez approximatif et longuet, Skins Pure n’est dès lors que peu convaincant. Qui plus est, si le but de la saison sept n’est pas de multiplier les clins d’œil, on ne peut s’empêcher de trouver dommage qu’aucun personnage de Skins autre que celui de la jeune femme ne soit aperçu.

Enfin, avec Skins Rise, Cook est de retour. Nous l’avions quitté alors qu’il venait d’assassiner de colère le meurtrier de Freddie. En fuite, il s’est depuis construit un semblant de vie où il deale de la drogue et suit les ordres de Louie (Liam Boyle), un homme au demeurant respectable bien qu’en réalité, glaçant. Portant son passé à bout de bras, il essaye malgré tout d’avancer et de ne pas réitérer ses erreurs. Jusque-là autodestructeur, excessif et parfois pénible, Cook a changé et les deux épisodes l’illustrent à merveille. Perpétuellement confronté à des histoires de filles ou, plutôt ici, de femmes, il paraît ne jamais pouvoir trouver un certain repos. Le premier chapitre est davantage réussi que le suivant dans le sens où celui-ci aurait gagné à raccourcir la scène dans les bois. Il est également dommage que l’actrice jouant Charlie (Hannah Britland) soit aussi peu naturelle. Cela étant, l’atmosphère délétère, le rythme haletant et la rédemption sous-jacente font mouche. En prime, le monologue de Cook est électrisant et parfaitement trouvé. Ces deux épisodes amènent à se rappeler à quel point le personnage avait pu être détestable durant ses débuts alors que là, son charisme magnétique ne fait aucun doute. L’intitulé de ce chapitre, rise, est plus qu’adapté ! De surcroît, Jack O’Connell y est tout simplement extraordinaire.

Si les trois parties sont distinctes l’une de l’autre, elles possèdent de nombreux points communs. La réalisation en est la principale pièce maîtresse. La fiction a déjà prouvé qu’elle savait solidement créer une atmosphère avec son jeu de lumières et de couleurs, son cadrage soigné, son alternance entre séquences intimistes et panoramas époustouflants, et son judicieux choix de musique. Cette saison ne dément pas cette affirmation et propose peut-être un résultat plus intéressant et saisissant de beauté que lors des années précédentes. Dommage en revanche que le générique ait disparu et que la troisième génération soit totalement occultée. La série parvient à croquer les affres de ses héros toujours aussi tourmentés avec sincérité, authenticité et justesse. Sa mélancolie, son spleen si particulier sont de retour et ce n’est pas parce que tout le monde a quitté l’adolescence que cela signifie pour autant que la vie leur est plus aisée. Tout en dépeignant les principaux traits de caractère de ses personnages, la saison n’opte pas pour la solution de la facilité en surfant sur une vague nostalgique. Le trio de tête a changé depuis la dernière fois que nous l’avions vu, bien que ce qu’ils ont été ne disparaît aucunement, et tous les trois n’ont parfois pas eu d’autres choix que d’avancer et de progressivement évoluer. Confrontés à de nouvelles embûches, ils essayent encore et encore de se construire. Après tout, n’est-ce pas ce que l’on fait toute sa vie ? Notre identité n’est-elle pas en perpétuel mouvement ? Les thématiques sont tout simplement plus adultes tout en gardant leur aspect fédérateur.

Au final, cette septième saison de Skins prend à contrepied le téléspectateur en ne cherchant aucunement à conclure ce qu’elle avait laissé en suspens, ou à jouer la carte de la nostalgie et de l’attachement en discutant de ses personnages. À la place, elle met seulement en avant trois histoires indépendantes ressemblant presque à de banales tranches de vie. Le résultat s’avère alors assez étonnant bien qu’il demeure globalement correct, notamment grâce à une troisième partie de bien meilleure facture que les précédentes. Plus sombre, cette saison n’hésite pas à se montrer désabusée, mais aussi, optimiste. En fait, elle joue de nouveau sur son registre doux-amer où la tendresse côtoie la cruauté. L’ensemble n’est clairement pas indispensable et il est tout à fait possible de s’arrêter à chaque fin de génération, mais ces vignettes prolongent une dernière fois le plaisir de fréquenter ces figures mémorables.


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