Koning van de Wereld | Le Roi du Monde (mini-série)

Par , le 18 septembre 2013

À travers le billet d’aujourd’hui, Luminophore aborde une 23è nationalité. Quand on y pense, c’est assez fou, n’est-ce pas ? Bien sûr, dans le lot il y a quelques collaborations et non pas des productions intégralement réalisées par un unique pays, mais, tout de même, l’effort – involontaire – est louable. Nous ne voyageons pas très loin cette fois-ci puisque nous allons faire un petit tour chez nos voisins les Belges. Afin de prolonger la découverte, nous partons en terres non francophones, et plus précisément en Flandre, là où l’on parle néerlandais. Place à la mini-série en cinq épisodes d’une cinquantaine de minutes Koning van de Wereld. Diffusée sur VTM entre décembre 2007 et janvier 2008, elle est d’abord sortie en DVD en 2006. En France, il sera possible de la regarder dès ce soir sur Eurochannel sous l’intitulé Le Roi du Monde, la traduction française du titre original. Précisons que la série a aussi été compilée en tant que film portant le même nom, mais ayant été fortement raccourci pour l’occasion. Aucun spoiler.

Belgique, fin de la Seconde Guerre mondiale. Notamment en raison de son tempérament volcanique, Stan Van de Walle se retrouve arrêté par les nazis. Envoyé en prison, il y fait la rencontre de Max, un entraîneur de boxe constatant chez lui un fort potentiel. Quand la paix reprend enfin son chemin et qu’un drame s’abat sur sa famille, Stan décide alors de donner une nouvelle impulsion à son existence en se lançant dans une carrière sportive. Toutefois, s’il détient visiblement des poings en or, il lui faut composer avec la jalousie de son frère, des amours tumultueuses et des bookmakers toujours prêts à profiter au maximum de leur protégé.

Sur le papier, Koning van de Wereld a tout d’une histoire susceptible d’apporter un certain souffle grâce à ses combats sur le ring, un cadre dramatique en raison de la période trouble d’après-guerre, une empathie pour ses personnages empêtrés dans un tourbillon qu’ils ne dominent pas et, par conséquent, elle devrait être capable de divertir convenablement. Malheureusement, elle se perd dans des lacunes s’accumulant les unes après les autres et ne réussit jamais à remonter la pente. Effectivement, le premier épisode annonce déjà la couleur et si l’on se plaît à être tolérant et penser que la suite devrait proposer une fiction davantage maîtrisée, ce n’est pas le cas. Le point probablement le plus irritant est que la série ne cherche même pas à tirer parti de son potentiel pourtant évident. Sa ligne conductrice est d’ailleurs totalement brouillonne et il devient compliqué de comprendre vers où le scénariste souhaite se diriger, à part peut-être rendre tous les protagonistes détestables au possible. Par exemple, à quoi bon installer son histoire au sein de la Seconde Guerre mondiale pour ne pas l’utiliser ? Certes, Koning van de Wereld débute par une espèce de jugement où un nazi envoie le héros, Stan, directement en prison, mais excepté ça, que reste-t-il ? Rien. À peine est-il entré en détention qu’il en sort miraculeusement, que la guerre se termine et qu’il se lance dans la boxe. À la rigueur, que ce conflit soit écarté pourrait ne pas être trop dérangeant si l’on sentait une volonté de reconstituer le contexte de l’époque, celui de la fin des années 1940. Cependant, les épisodes ne donnent même pas l’impression de se dérouler à cette date. Le récit pourrait très bien avoir lieu en 2013 que cela n’aurait pas changé grand-chose. Il faut avouer que les décors, vêtements et autres coiffures ne sont pas du tout soignés et reflètent le manque de recherche de l’ensemble. Bien sûr, il est légitime qu’une petite série de cette envergure ne dispose pas d’un budget pharaonique et ne puisse donc pas en mettre plein la vue ; or, là, c’est tout bonnement le néant qui la parcourt. En prime, les scènes de combat sont régulièrement filmées en noir et blanc pour une raison obscure, le cadrage est mauvais et empêche d’y voir quoi que ce soit et, pas une seule fois, l’adrénaline ne se fraye un chemin jusqu’au téléspectateur. Plusieurs développements auraient mérité davantage de temps d’antenne, d’autres non, et le rythme se révèle dès lors totalement hétérogène. Ajoutons une forme générale discutable avec un montage très approximatif rendant de nombreuses séquences confuses, ou encore une médiocre bande-son intrusive composée par Hans Helewaut et souvent bien trop mélodramatique, et l’on frôle l’apoplexie face à un amateurisme transpirant sur tous les versants.

 

Sans grande surprise compte tenu du manque d’envergure formelle, le fond de cette mini-série est tout autant maladroit, voire poussif, convenu et stupidement ridicule. Les incohérences, les facilités, les dialogues idiots et les scènes sorties de nulle part sont monnaie courante au sein de ces cinq épisodes. Koning van de Wereld relate les débuts de Stan Van de Walle, un jeune homme impulsif n’hésitant jamais à frapper les autres lorsque ses poings le démangent. Sa nature lui joue de mauvais tours puisqu’il se retrouve confronté à des nazis qui l’envoient directement dans l’une de leurs prisons. Par chance, c’est là qu’il y rencontre Max (Jan Decleir), un entraîneur de boxe au passé assez ambigu ; ce dernier se prend d’affection pour lui et décide de lui offrir ses services. Toutefois, c’est encore la guerre et Stan attend des mois avant de répondre à la proposition de Max. Entretemps, il réussit à s’échapper des barreaux et à des Allemands qu’il écarte d’une manière atroce, et se voit confronté au tragique décès de son frère cadet Alois (Stefaan Degand) qui rêvait de devenir chanteur d’opéra. Dans le but de venger celui qu’il vient de perdre et de mener sa vie à son plein potentiel, il regagne Max et les deux décident de se lancer dans la course aux trophées sportifs. Ils s’associent à Dumont, un bookmaker cupide aux nombreux contacts et appréciant grandement la jeune chair fraîche masculine. Forcément, Stan est honteusement manipulé. Au fur et à mesure qu’il grimpe les échelons, traverse la planète et remporte des combats, la mafia s’en mêle, les trucages, le dopage, les meurtres, le détournement d’argent et les malversations se multiplient. À Dumont s’ajoutent d’autres hommes d’affaires aux dents longues comme Kets (Frank Vercruyssen) et l’oncle de Stan vivant à Cuba, Platon (Josse De Pauw). Aucun n’est digne de confiance et tous sont parasités par de terribles et grossiers défauts ainsi que par une absence totale de sens moral. Le ton est de surcroît parfois très glauque comme l’atteste notamment la pédophilie plus que suggérée, même si quelques pointes d’humour tentent une percée, mais échouent lamentablement – le fils intellectuellement limité de Dumont, Fabien (Benny Claessens), en étant la parfaite illustration. De toute manière, la caractérisation des personnages repose systématiquement sur une ligne ou, dans le cas de Stan, n’est pas crédible pour un sou.

 

Le héros est extrêmement pénible, ne serait-ce que parce qu’il est très mal joué par un Kevin Janssens ne dégageant pas une seule once de charisme ou de prestance. Impossible de comprendre ses réactions, lui qui tape sur tout ce qui bouge, qui jalouse à tout va et qui est profondément naïf. C’est bien simple, dans Koning van de Wereld, tout le monde pardonne à tout le monde en cinq secondes. Votre petit-ami vous a honteusement trompé et ne montre aucun remord, vous le disputez, il vous répond sèchement, vous lui tournez le dos, il vous rattrape et, hop, vous voilà en train de faire l’amour sous la pluie, dehors. Ridicule dites-vous ? Oui, c’est le mot. Tout y est écrit à la truelle, qu’il s’agisse du scénario, mais aussi de la personnalité des principales figures et des dynamiques les unissant. Stan papillonne d’une conquête à une autre, s’en suivent des scènes de sexe insipides et bien que Koning van de Wereld cherche à injecter une certaine romance à ses épisodes, le résultat est surtout artificiel tant rien n’y est vraisemblable. Les deux jeunes femmes tournant autour de lui, Martha (Ellen Schoenaerts) et Julie (Natali Broods), ont des réactions majoritairement sorties de nulle part comme le prouvent les rebondissements liés au méchant frère de Stan, Romain (Koen De Bouw). Plus que d’être un récit sportif, Koning van de Wereld détient avant toute une dimension familiale complexe où les relations entre les Van de Walle sont ambivalentes et souvent altérées par une rivalité quasi perpétuelle. Ainsi, Romain a beau aimer son frère d’une curieuse manière, il n’hésite pas à profiter de lui et à chercher à lui prendre tout ce qu’il possède. Encore une fois, la mini-série ne brille pas par son originalité et dépeint un homme caricatural à souhait. Le constat est tristement aussi affligeant quant à la génération précédente, celle concernant les parents où l’on nous inflige de surcroît une surprise finale clichée et malvenue, probablement afin de maximiser le pathos. Sans pouvoir trop en dire au risque de dévoiler l’intrigue, les épisodes tendent en fait à ressembler à une sorte de jeu des chaises musicales dans le sens où tous les personnages partagent le même lit à un moment donné et ne rencontrent jamais d’autres individus sortant de ce cadre. Quant à ceux espérant y découvrir une immersion dans le monde de la boxe, leur déception sera terrible puisque tout y est ici superficiel et dénué d’âme. La platitude est la tonalité gouvernant cette fiction, elle qui n’insuffle pas une vague émotion ou un semblant de suspense.

 

En définitive, Koning van de Wereld est une mini-série à la trame narrative discutable où les scènes s’enchaînent sans disposer d’un quelconque liant. Oubliant la subtilité, elle dépeint le parcours agité d’un jeune boxeur méprisable alors qu’il est confronté à des embûches caricaturales et souvent fort prévisibles. Empêtré dans une unité familiale dysfonctionnelle, il s’engouffre dans une spirale infernale où l’issue positive paraît impossible. Bien que la production se déroule à la fin des années 1940, elle n’exploite pas son riche cadre, et plutôt que de faire preuve de soin, elle préfère plonger ses personnages à la psychologie inexistante dans un tumulte mélodramatique à souhait où chacun cherche son propre profit. Dirigée avec maladresse, écrite très approximativement, mal jouée et souffrant d’une mise en scène pénible et brouillonne, cette fiction belge au rythme bancal n’attire pas une seule seconde la sympathie tant elle s’apparente à un spectacle risible, improbable et plus que dispensable.


Laisser un commentaire