Jue Dui Darling | 絕對達令 (Absolute Boyfriend)

Par , le 27 septembre 2013

Avant de définitivement refermer la porte de Jue Dui Darling dont nous avons déjà parlé en long, en large et en travers, revenons donc sur la série dans son intégralité. Comme cela a été évoqué, derrière cette fiction taïwanaise se cache à l’origine Zettai Kareshi, le shôjo manga de Watase Yû, constitué de six volumes sortis entre 2003 et 2005 ; précisons qu’il est disponible en France, chez Kana, sous le titre idiot Lui ou rien !. Les amateurs de j-dramas savent probablement que cette histoire a été adaptée au Japon en 2008 sur Fuji TV, avec notamment Aibu Saki, Hayami Mokomichi et Mizushima Hiro dans les rôles principaux. Taïwan ayant prouvé par le passé son appétence pour les mangas, ce n’est guère étonnant que ces aventures à succès aient voyagé jusqu’à l’île. Jue Dui Darling, également connu sous son intitulé international Absolute Boyfriend, comporte de son côté treize épisodes d’approximativement 70 minutes et fut diffusé sur FTV entre avril et juillet 2012. Aucun spoiler.

Guan Xiao Fei est malheureuse en amour depuis toujours. Alors qu’elle vient encore une fois de se faire éconduire, qui plus est de manière extrêmement humiliante, elle accepte la proposition d’un individu excentrique lui assurant qu’il est capable de lui délivrer l’homme de ses rêves. Pour cela, elle n’a juste qu’à passer commande sur internet, de spécifier les caractéristiques qu’elle attend d’un compagnon, et son vœu sera exaucé. Contre toute attente, elle reçoit dès le lendemain son parfait petit-ami, à l’exception près qu’il s’avère être un robot !

Comme d’habitude, à partir du moment où l’on connaît bien le matériel original, il est tout naturel de demeurer sur la réserve en se lançant dans une adaptation. Sans être forcément très réussi, le manga a le mérite de se laisser agréablement lire et de garder jusqu’à sa toute fin une grande once de surprise ; effectivement, le dénouement est, pour une fois, difficilement devinable à l’avance. L’humour y côtoie le drame et la recette fonctionne dans l’ensemble relativement bien en dépit de quelques lacunes inhérentes au travail de la mangaka – comme cette propension à ne pas suffisamment développer ses personnages secondaires. Fait suffisamment rare pour être noté, la version télévisée japonaise lui est largement supérieure. Le j-drama se détache de façon assez importante de son homologue papier et se veut émotionnellement riche. Si lui non plus n’est pas exempt de défauts, il figure sans conteste parmi le haut du panier de ces comédies romantiques. Avec Jue Dui Darling, les scénaristes ont pris le parti de revenir aux fondamentaux et de suivre le manga de façon parfois extrêmement scrupuleuse. Étrangement, ce sont seulement les derniers épisodes qui sont les plus éloignés de ce que l’on connaît, alors que tout le reste est très fidèle. Contrairement aux idées reçues, une adaptation ne se doit pas d’être un copier-coller. L’idéal est plutôt de retirer l’essence-même de l’œuvre originale tout en y ajoutant sa propre touche, dans le but de posséder sa propre identité. Après un début laissant craindre que le tw-drama ne parvienne justement pas à se détacher des planches de Watase Yû, il coupe heureusement le cordon et injecte, entre autres, des idées personnelles. Assez rapidement, le visionnage ne se révèle donc pas trop répétitif et rébarbatif sur ce point, quand bien même on soit au courant de la suite des aventures de l’héroïne. Les billets récapitulatifs des épisodes s’étant suffisamment attardés sur la comparaison avec Zettai Kareshi, ce ne sera pas le cas de celui-ci. Précisons juste que l’arrivée à Taïwan a conduit à des prénoms chinois ; Riiko est Xiao Fei, Sôshi se mute en Zong Shi, etc. Sinon, sur la forme, la fiction est entachée d’erreurs typiques des productions taïwanaises. Il est indubitable qu’il faille être un minimum tolérant compte tenu du budget souvent famélique de leurs séries. Toutefois, les chansons moyennement engageantes extrêmement intrusives, la réalisation très passable, les flashbacks à répétition, les scènes bien trop longues accentuant par la même occasion leur ridicule et les effets parfois foncièrement risibles ne sont pas excusables par l’absence d’argent. La superbe chanson du générique de fin, Jia Zhuang We Men Mei Ai Guo de Jiro Wang, mélancolique à souhait, n’est pas utilisée au cours des épisodes, ce qui est une faute impardonnable.

La vingtaine, Xiao Fei est une jeune femme assez réservée travaillant comme simple employée dans une entreprise. Fleur bleue, elle est en plus dotée d’un cœur d’artichaut et n’a jamais eu de véritable relation avec qui que ce soit. Pour des raisons qu’elle n’arrive pas à s’expliquer, personne ne veut d’elle. Cependant, elle n’est ni vilaine, ni stupide, juste malchanceuse. Quand, suite à certaines circonstances, elle reçoit un être synthétique conçu sur mesure pour satisfaire ses moindres besoins, elle est partagée entre la joie de côtoyer un homme prenant soin d’elle, le questionnement de ce qui entoure cet androïde, et la timidité induite par le côté très entreprenant de sa récente acquisition. Ce dernier ne vit que pour Xiao Fei et la suit à la trace afin de la combler du mieux qu’il peut car, après tout, il est son parfait petit-ami. Après l’avoir prénommé Night, elle décide de le garder et de tenter de poursuivre son existence. Or, sans grande surprise rien ne se passe comme prévu. Entre ses proches tombant des nues en apprenant qu’elle aurait déniché un compagnon en une nuit, l’attitude collante de celui-ci et ses réactions au pied de la lettre tant il lui manque de nombreuses connaissances humaines, elle a toutes les raisons de ne plus savoir où donner de la tête. À cela s’ajoute son voisin et ami d’enfance, Yan Zong Shi, qui cache derrière ses moqueries habituelles de tendres sentiments pour elle. Progressivement, Xiao Fei ouvre les yeux sur ce qui l’entoure et s’attache à cette sorte de poupée réelle. Pourtant, compte tenu de sa véritable nature, Night est condamné à ne pas évoluer. Théoriquement, du moins… Les histoires mettant en avant des robots finissent généralement par toutes illustrer une humanisation et cette sensation que pour être davantage complet, un androïde se doit d’approcher au maximum l’être humain. Dans le cas de Night, s’il est programmé à aimer celle qu’il chérit, n’est-il pas en mesure d’émettre ses propres choix et de transcender sa condition ? Jue Dui Darling essaye de développer quelques idées à ce sujet mais reste très superficielle, à l’instar de toutes ses autres thématiques, de toute manière.

Jue Dui Darling est avant toute une histoire d’amour assez complexe et originale. D’un côté se trouve un robot, et de l’autre, une femme. Mener une relation est déjà suffisamment compliqué en temps normal, il est logique que corser l’équation apporte de nombreux soucis en perspective. Ce qu’il y a de rédhibitoire est que l’héroïne, Xiao Fei, est fade, stupide, couarde et profondément niaise. Elle est irritante pour son indécision et son inconstance. Il est tout de même consternant de regarder une production où une femme de cet âge est aussi timorée. Un simple baiser paraît être une affaire insurmontable ! Cela n’étonnera donc personne de lire que Jue Dui Darling est extrêmement avare sur l’expression physique de sentiments, et se limite à quelques contacts isolés rarement chargés en électricité dans l’air. Pour une comédie romantique devant fonctionner un minimum sur les papillons dans le ventre, cela s’annonce mal. L’alchimie entre Xiao Fei et Night étant quasi inexistante, leur relation supposée cheminer au long cours sonne faux et n’implique pas le téléspectateur. D’ailleurs, le développement de leurs sentiments est extrêmement abrupt et quasi incompréhensible à l’écran. Du coup, leurs aléas et l’avancée du scénario de plus en plus tragique ne touchent aucunement. C’est en partie là que le tw-drama perd grandement de sa force et ne donne pas envie de le continuer. Il faut avouer que l’interprétation est tellement fluctuante qu’elle n’aide en rien. Pire, l’héroïne portée par Gu Hye Seon (Kkotboda Namja) est… sud-coréenne ! À la rigueur, cela pourrait ne pas être foncièrement dérangeant si ce n’est que celle-ci ne parle pas un mot de mandarin et a été doublée. Quel est l’intérêt du procédé ? À part essayer de profiter de la renommée de cette star, il n’y en a clairement pas. Il faut effectivement supporter un doublage mal effectué et très visible, en plus des mimiques perpétuelles et de la moue boudeuse de l’interprète peu naturelle. Si l’on finit par tolérer cette abomination, il n’empêche que ce traitement est catastrophique et parasite d’autant plus la dynamique avec Night. Celui-ci s’offre les traits de Jiro Wang qui a beau s’être acharné pour obtenir un corps exceptionnel, il ne dégage pas grand-chose d’autre. Sa naïveté et son innocence plaisent seulement un certain temps avant de finir par simplement ennuyer.

Parmi ses multiples défauts, cette série taïwanaise a la désagréable manie de ne pas parvenir à trouver un ton et de s’y tenir. L’humour est la plupart du temps poussif et mal intégré à des passages théoriquement éprouvants. Le résultat en devient dès lors bancal et approximatif parce que les épisodes soufflent le chaud et le froid, n’approfondissant absolument rien et s’apparentant presque à des sortes de vignettes décousues. Ne le nions pas, le rythme de l’ensemble est assez enlevé ce qui permet de ne pas trop s’ennuyer en dépit d’une durée assez conséquente. Les rebondissements sont présents en nombre, les personnages n’ont guère le temps de souffler et pour peu que l’on ne soit pas intéressé par une intrigue, elle se termine tellement rapidement que l’on ne ronchonne pas dans son coin. Ce dynamisme est à la fois une bonne comme une mauvaise chose puisque si, justement, les éléments moins positifs sont rapidement balayés, rien n’est jamais densifié, provoquant de ce fait une sensation de vide assez irritante. De même, les personnages ne disposent pas suffisamment de rayonnement et se bornent à posséder quelques brefs moments schématiques et opportuns susceptibles de densifier leur caractérisation très sommaire. Quelques uns comme le sympathique bien que caricatural Sky (Lin Jun Yong) changent de personnalité du jour au lendemain, sans que cela ne dérange visiblement grand monde. Dans l’ensemble, les protagonistes secondaires sont de toute façon peu explorés et servent de faire-valoir, bien que plusieurs soient assez attachants. Du côté des employés de l’entreprise, Fang Zhi Xi (Cai Zhi Yun), qui prend les traits de Miyabe dans le manga, se détache positivement des autres par son côté terre-à-terre.

Outre les rebondissements habituels dans une série de ce genre tels que l’horripilant amoureux de jeunesse sortant de nulle part, le trio infernal de rivales ou encore la méchante amie jalouse, la société ayant créé l’être synthétique, Kronos Heaven, apporte avec elle plusieurs obstacles. Là aussi, toute la partie liée à la mécanique derrière Night est surfaite et inintéressante. La série aurait pu chercher à approfondir ce contexte particulier et/ou dépeindre l’intelligence artificielle avec adresse et finesse. Seul Lei Wu Wu réussit à tirer son épingle du jeu en dépit d’un cabotinage permanent de la part de son interprète, Na Wei Xun. Commercial officiant comme lien entre Xiao Fei et ses employeurs, il veille consciencieusement sur son produit et n’hésite pas à lui délivrer des conseils pour améliorer sa relation avec la jeune femme. Ce sont son excentricité et ses vêtements qui valent réellement le détour. Plus classique, Jue Dui Darling instaure le fameux triangle amoureux qui, honnêtement, n’est pas crédible ou envisageable une seule seconde. Pourquoi diable le voisin s’est-il amouraché de Xiao Fei ? Aucune idée ! Quoi qu’il en soit, cette cinquième roue du carrosse, le très charmant voisin Zong Shi (Xie Kun Da) est adorable par sa prévenance, son humanité et son implication si ce n’est qu’il est évident dès le départ qu’il n’a aucune chance. C’est lui l’élément lumineux de la série et le voir se démener et faire de son mieux peine presque car le reste ne suit vraiment pas.

Au final, Jue Dui Darling adapte sagement le manga Zettai Kareshi et son histoire d’amour entre une femme et un robot qu’elle a commandé en ligne. Tristement, l’absence d’une véritable atmosphère et de panache l’empêche de se montrer convaincante. À la place, outre une réalisation à la limite du kitsch, elle demeure creuse, approximative et bien trop mal jouée. En raison d’une alchimie inexistante au sein du couple de héros, d’un doublage malvenu et d’une relation mettant mal à l’aise, il est difficile de ressentir une quelconque empathie pour Xiao Fei et Night. Il ne suffit pas de dire que les deux s’aiment pour que cela soit crédible, les sentiments doivent auparavant grandir et impliquer émotionnellement les spectateurs. Entre des rebondissements s’abattant sur eux sans leur laisser une seule seconde de répit, des incohérences et autres facilités, une évolution rapide et bancale ainsi que des réactions bien trop idiotes pour être crédibles, il manque une grande logique à l’ensemble. De surcroît, l’association entre l’humour et la légèreté avec le drame ambiant allant crescendo s’effectue dans la douleur et se veut surtout mal maîtrisée, rendant des scènes inconfortables. Certes, le tw-drama se regarde assez aisément mais il s’avère principalement sans saveur et médiocre.

La série a été entièrement passée au crible à travers ces billets :

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Épisode 8Épisode 9Épisode 10Épisode 11Épisode 12Épisode 13

 


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