True Blood (saison 6)

Par , le 12 octobre 2013

Alors que c’est désormais officiel, True Blood s’arrêtera l’année prochaine au terme de sa septième saison, revenons sur la sixième. Composée de dix épisodes – soit deux de moins que d’habitude –, elle fut diffusée sur HBO entre juin et août 2013. Alan Ball a quitté son poste de showrunner pour laisser carte blanche à Brian Buckner qui, jusque-là, avait surtout officié sur Friends et Spin City. Aucun spoiler.

La grande majorité des téléspectateurs est probablement d’accord sur le fait que la saison cinq est plus que médiocre, notamment en raison d’un surplus d’intrigues et d’un cruel manque d’exploitation de quoi que ce soit de concret. Qui plus est, la folie ambiante si caractéristique à la série y est absente, faisant perdre de la substance à l’ensemble. Il est donc normal d’être assez perplexe en débutant cette nouvelle salve d’épisodes, surtout lorsque l’on sait qu’Alan Ball n’y injectera plus sa patte. Cela étant, ce départ peut aussi être vu comme quelque chose de bénéfique dans le sens où une autre direction a toutes les possibilités d’apporter un vent de fraîcheur plus que nécessaire. Malheureusement, très rapidement cette saison six déçoit et pas une seule fois elle ne parvient à remonter la pente et convaincre sur le long terme. Ce n’est pas tant qu’elle soit mauvaise, elle est surtout profondément plate et sans saveurs. Au lieu d’inspirer de l’enthousiasme, elle ennuie et provoque des bâillements. Dire que quelques années plus tôt, la série était capable de faire enchaîner les épisodes les uns à la suite des autres, quitte à rogner son précieux temps de sommeil.

Sans grande surprise, cette saison six débute immédiatement là où nous nous étions arrêtés. Bill, couvert de sang, dispose d’une incroyable force et semble avoir plus ou moins disparu. Si ce que son corps abrite est alors inconnu, Sookie, Eric et leurs compères n’ont de toute manière pas l’opportunité de tergiverser et cherchent à quitter au plus vite les bâtiments hébergeant l’Autorité, entité ayant littéralement implosé et provoqué une onde de choc dans le monde entier. À partir de cette date, l’existence des humains, des vampires et des autres êtres surnaturels change du tout au tout. La société souhaite éradiquer les créatures aux canines acérées, car, du fait de l’annihilation des réserves de TruBlood, celles-ci se servent désormais directement au cou de leurs victimes. S’en suivent une guerre ouverte entre ces groupes, mais aussi et surtout, une lutte où l’éthique et les droits fondamentaux disparaissent, rappelant forcément des faits historiques tragiques de la première moitié du XXè siècle. Le premier grand arc de la saison est donc vertement lié aux vampires et à la tentative d’une faction gouvernementale de les supprimer de la planète. Le gouverneur de Louisiane, Truman Burrell (Arliss Howard), et sa femme pas si inconnue que ça – et toujours autant stupidement siphonnée – se lancent dans une vaste entreprise dont ils ne maîtrisent malgré tout pas les codes. Sa fille, Willa (Amelia Rose Blaire), se retrouve sans le vouloir mêlée à cette affaire et paye cher l’implication de son ambitieux père. Parallèlement, Bill est doté de capacités extraordinaires, disparaît et se transforme en Billith – un être à mi-chemin entre Bill et Lilith, le fameux vampire originel vu précédemment sous toutes les coutures. Se prenant pour un dieu tout puissant, Billith paraît impossible à stopper et compte sauver la race vampirique de sa chute, en grand mégalomaniaque qu’il est devenu. Entre rêves prophétiques, expériences scientifiques, camps de concentration et moult secrets, la saison est celle de tous les dangers pour les vampires. Du côté d’Eric, Pam, Tara et des autres, l’ambiance n’est ainsi pas au beau fixe et ils passent la plupart de leur temps dans un cadre clos, n’interagissant au final guère avec les protagonistes. Si recentrer autant l’intrigue sur une thématique sordide est une excellente chose après la débandade de l’année dernière, il manque une vraie communication entre les personnages. Chacun mène sa vie dans son coin et les dynamiques demeurent dès lors assez superficielles et peu évolutives. C’est vraiment dommage, bien que cela évite de retomber dans les travers de l’infernal triangle amoureux entre Sookie, Bill et Eric. Quoi qu’il en soit, les pions mettent bien trop de temps avant de se placer sur l’échiquier surtout qu’en prime, ils le font laborieusement. Le résultat final est alors indiscutable : l’ennui est bien souvent trop présent en dépit de quelques excellents moments parmi les vampires. Ceux-ci sont d’ailleurs systématiquement dus au retour de la folie décadente tristement bien plus discrète que jadis. À côté de cet arc gravitent d’autres intrigues totalement déconnectées du reste et soufflant pour la plupart plus le froid que le chaud.

Déjà amorcé dans la saison précédente, le grand méchant vampire, Warlow, l’assassin des parents de Sookie et Jason, est de retour parmi les vivants. Extrêmement puissant, il est d’autant plus dangereux que personne ne sait quelle forme il est susceptible de prendre ou ce qu’il désire réellement. Écrire que ce pan du scénario est raté serait un euphémisme. Stupidement mis en scène, il se permet d’offrir une dimension faussement romantique avec la figure de Ben (Robert Kazinsky), personnage très mal amené en plus d’être insipide et qui, comme par hasard, tombe rapidement sous le charme de l’héroïne. Cet homme n’est pas tout à fait ce qu’il dit être et les révélations lui étant liées ne sont pas forcément prévisibles, mais elles ne sont certainement pas non plus surprenantes. Dans tous les cas, tout le développement entourant Warlow, Ben, Sookie et le retour du grand-père Stackhouse est poussif, creux et très approximatif. Le vampire presque aussi vieux que Lilith méritait plus d’ampleur et de charisme, surtout que la conclusion est expéditive et facile. Là, il s’apparente surtout à un coup d’épée dans l’eau ne rimant à rien, à part à endormir définitivement le téléspectateur qui, lorsqu’il se réveille, constate avec effarement, voire une hilarité nerveuse, plusieurs cheminements ubuesques où les vêtements s’enlèvent. De même, Sookie a beau prendre de la graine et s’affirmer, ses choix apparaissent plus que discutables ; quand on pense enfin qu’elle a grandi, c’est systématiquement pour finir par décevoir par la suite. En résumé, le deuxième arc majeur de la saison est plus qu’à la peine et n’est pas aidé par un rythme souffreteux. Afin que le scénario demeure homogène, les autres protagonistes ne peuvent non plus se vanter de posséder de moments bien plus glorieux. Par exemple, Alcide et ses histoires de loups-garous ne servent toujours à rien et donnent l’impression d’appartenir à une série parallèle. Sam a le luxe de côtoyer Nicole, un joli brin de femme interprétée par Jurnee Smollett (Friday Night Lights), et montre qu’il est un être sans cœur tant Luna, l’amour de sa vie, a disparu de son esprit. Terry continue de déprimer suite à l’assassinat de son ancien collègue et plombe un épisode bien qu’il ne soit pas présent ; celui-ci symbolise à merveille la dilution des intrigues de True Blood et son absence d’impact émotionnel, alors que la saison avait l’opportunité de bouleverser son public. Demeurent Andy amusant tendrement avec ses demi-fées de bébés grandissant à la vitesse de l’éclair, Lafayette qui ne possède aucun développement, mais qui délivre quelques moments éclairés et, bien sûr, le fantastique Jason toujours aussi plaisant et stupidement chouette. En bref, il n’y a vraiment pas grand-chose à retenir de ce puzzle et si les bases de la prochaine saison détiennent la capacité de rythmer la suite des évènements et renouveler profondément la série, il faut avouer que plusieurs autres laissent plus que circonspect, ne serait-ce que cette scène de nudité gratuite en haut d’une montagne enneigée.

Au final, après une cinquième saison bien faible, la sixième continue de plonger True Blood dans la torpeur et ne parvient que sporadiquement à éveiller l’intérêt du téléspectateur. Bien qu’elle dispose d’éléments plutôt solides avec ce grand arc très sombre centré sur l’hypothétique disparition des vampires, elle s’oublie dans des périodes d’exposition inutile et donne la désagréable sensation de ne jamais réussir à se lancer. De surcroît, la majorité des autres caractéristiques constituant ces épisodes ne sont guère palpitantes et ne possèdent par moments aucun rattachement entre elles. Quant à la menace prédominante de la saison qu’est techniquement Warlow, elle s’avère surtout décevante et non exploitée. S’il se révèle indéniable que la focalisation du récit sur les vampires est un excellent point, trop de personnages sont écartés. Sans son aspect à mi-chemin entre l’horreur, le burlesque et l’absurde, la fiction perd de sa saveur et de son identité, auparavant plus que forte et atypique. Bien sûr, la folie retrouve parfois son chemin dans le scénario, mais ce n’est que trop rarement. Lorsque l’on a énormément aimé la série et que l’on en vient à ne plus ressentir quoi que ce soit devant son poste de télévision, il est compliqué de ne pas avoir le cœur presque brisé. Espérons qu’il convienne seulement de laisser Brian Buckner faire le ménage dans les vestiges post-Alan Ball et qu’il parvienne à produire une ultime saison bien plus excitante.


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