Ranma ½ | らんま ½

Par , le 15 octobre 2013

Quiconque connaissant un minimum le monde des mangas et des animés japonais a forcément eu vent un jour ou l’autre de Ranma ½ – que l’on prononce ranma nibun no ichi pour la petite anecdote. Derrière ce titre se cache à l’origine un shônen manga de l’illustre Takahashi Rumiko, composé de 38 volumes publiés entre 1987 et 1996 ; l’œuvre a été mal éditée chez Glénat mais il semblerait qu’une réédition plus fidèle soit en projet. Le succès de cet univers est tel qu’il existe plusieurs adaptations, dont un animé de plusieurs saisons diffusé et censuré en France et, surtout, pour ce qui nous concerne aujourd’hui, un tanpatsu. Constitué d’un unique épisode de presque cent minutes, il est passé sur NTV le 2 décembre 2011. Aucun spoiler.

Tendô Akane apprend un jour que son père l’a fiancée à un parfait inconnu, Saotome Ranma, plutôt que de lui permettre d’hériter du dojo familial. Furieuse et vexée, d’autant plus qu’elle maîtrise comme personne les arts martiaux, elle le prend tout naturellement très mal. Contre toute attente, alors qu’elle vient à peine de digérer cette nouvelle sortant de nulle part, son promis apparaît dans les environs. Et quand elle le rencontre, elle tombe décidément des nues car elle se trouve non pas en face d’un garçon, mais d’une fille. En fait, le jeune homme est, à l’instar de son père, victime d’une malédiction. À chaque fois qu’ils sont au contact de l’eau froide, ils se transforment respectivement en fille et en panda. Ils doivent alors s’asperger d’eau chaude pour retrouver leur véritable nature. Désespérés, ils cherchent en vain la fameuse source légendaire susceptible de rompre ce sortilège sacrément embarrassant. Celle-ci se situerait dans l’école d’Akane, d’où le retour des Saotome au Japon après de longues années d’exil en Chine. Toutefois, d’étranges évènements se déroulent parallèlement et il semblerait bien qu’une secte tente également de mettre la main sur cette sorte de fontaine miraculeuse…

     

Forcément, il est logique de se douter que cette transposition à l’écran doit être plus que sommaire puisque le manga se déroule sur près de quarante volumes. Comment condenser une telle histoire en un très court épisode ? N’ayant jamais lu ou regardé une quelconque histoire de Takahashi Rumiko – je sais, c’est fou quand on sait que je baigne depuis moult années dans cet univers –, je serais totalement incapable de comparer quoi que ce soit. D’une certaine manière, ce n’est peut-être pas plus mal car il semblerait que ce Ranma ½ prenne d’assez grandes libertés, occulte des personnages, en ajoute d’autres et transgresse même un certain esprit. Ce petit paragraphe pour placer le contexte et expliquer que c’est en quasi novice que je me suis lancée. Je connaissais uniquement les grosses bases de l’histoire tant la modification corporelle du héros est plus que célèbre. Cette spécificité donne d’emblée le ton et pas une seule seconde le tanpatsu ne se prend au sérieux puisqu’il cultive sa loufoquerie. Entre cabotinage perpétuel, décors en cartons-pâte, transformations stupidement mises en scène, blagues ridicules, effets spéciaux qui n’ont de spéciaux que le nom et qui se veulent surtout kitsch, bruitages et autres perruques, tout y sonne factice. Le but de l’épisode n’est en aucun cas d’être un minimum réaliste et il convient de ne pas attendre autre chose qu’un divertissement pur et dur au risque de finir extrêmement déçu. Comme souvent, les Japonais démontrent qu’ils sont capables de tirer parti d’un budget pourtant famélique et de faire preuve d’une certaine ingéniosité au niveau des chorégraphies des combats. Cela étant, ne nions pas que les lacunes inhérentes à la forme ne permettent jamais de prendre cette histoire au sérieux et de parvenir à réellement s’y immerger. Le scénario en lui-même est d’ailleurs peut-être le principal fautif.

Bizarrement, le personnage principal de ce Ranma ½ n’est pas Ranma mais bel et bien la jolie Akane. Incarnée par Aragaki Yui (My Boss, My Hero), l’adolescente vit avec son père (Namase Katsuhisa – Gokusen, Ashita no Kita Yoshio) et ses deux sœurs, jouées par Hasegawa Kyôko (BOSS 2, Karei Naru Ichizoku, Big Money!) et Nishiyama Maki (Rebound). Possédant un vrai talent pour les arts martiaux, Akane s’entraîne durement et demeure convaincue qu’elle mérite le droit de choisir son existence. Forcément, quand on lui annonce qu’elle est déjà fiancée à un parfait inconnu, elle voit rouge. Surtout qu’en vérité, elle aime secrètement le médecin scolaire, le docteur Ono Tôfû portant les traits du toujours aussi charmant Tanihara Shôsuke (Tsugunai, Tempest, Magerarenai Onna, Love Shuffle). Tous les matins, à cause de Kunô Tatewaki (Nagayama Kento – Asukô March!, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku), elle doit combattre un de ses nombreux soupirants. Ce dernier oblige effectivement tous ceux espérant un jour décrocher le cœur d’Akane de la défier en duel. Si le prétendant en question parvient à venir à bout de la jeune femme, il obtiendra l’autorisation de lui faire la cour. Sinon, il n’aura plus que ses yeux pour pleurer. La benjamine Tendô étant sans conteste très forte, personne n’est encore arrivé à la vaincre. Pas même ce grandiloquent Kunô qui, convaincu de sa supériorité sur tout le monde, espère naïvement arriver à ses fins un jour. L’élève porté Kanai Yûta (Asukô March!, Guilty) s’amuse de son côté à prendre des photos comme un vrai paparazzi. Quoi qu’il en soit, la première rencontre entre Akane et Ranma est particulière puisque la première croit que le second est une fille. Les quiproquos et autres incompréhensions se multiplient dans ce vaudeville avant que les révélations éclaircissent cette situation plus que particulière. Dès qu’il retrouve son corps de garçon, l’animosité se fraye un chemin et les deux ne peuvent s’empêcher de se disputer pour des raisons la plupart du temps très futiles. Tout comme Akane, Ranma maîtrise les arts martiaux et s’emploie à s’y entraîner depuis sa tendre enfance. Du fait de son changement de sexe, il est incarné par deux acteurs différents, à savoir Kaku Kento (Tumbling, Asukô March!) et Natsuna (Jun to Ai). Les deux versions du personnage concordent assez bien si ce n’est que la dynamique avec Akane ne dégage pas grand-chose. En fait, tout est tristement simpliste dans Ranma ½.

     

À cause d’un terrible sortilège, Ranma et son père (Furuta Arata – Yume wo Kanaeru Zô, Kisarazu Cat’s Eye, Oh! My Girl!!), cherchent désespérément une source d’eau magique a priori en mesure de leur rendre une vie sensiblement normale. Tout en se chamaillant avec Akane, Ranma essaye tant bien que mal de découvrir ce lieu mystérieux mais il se retrouve rapidement confronté à un groupe d’individus mené par un grand méchant stéréotypé et extrêmement pathétique. S’en suivent des combats, des rebondissements éculés, des poncifs à ne plus savoir que faire, d’autres disputes et, rapidement, l’ennui pointe son nez malgré un rythme assez évident. En effet, le scénario linéaire avance à pas de géant et pas une seule fois l’intrigue n’essaye de se densifier un minimum. Tout y demeure par conséquent superficiel en dépit d’un véritable potentiel. L’humour, élément normalement fondamental de ce tanpatsu, est poussif et a de quoi faire lever les yeux au ciel à de très multiples reprises. Avouons néanmoins que l’épisode insuffle une certaine once féministe à ses propos, illustrant que la femme ne se résume pas à suivre la route requise par la famille, le père ou le fiancé. Elle a le droit d’avoir des loisirs dits masculins, de se rouler dans la boue et de ne pas répondre aux critères supposément féminins. Techniquement, c’est sympa si ce n’est que le sentimentalisme et l’aspect moralisateur étouffent rapidement en raison d’un manque de naturel et d’un aspect mécaniquement forcé.

Au final, Ranma ½ part d’une histoire de malédiction assez drôle et propice à nombre de situations improbables dignes d’une bonne comédie de situation, mais elle ne réussit à jamais à se montrer un minimum divertissante. Avec son histoire simpliste et ses personnages se limitant à des caricatures, elle se perd en plus dans un surjeu outrancier, des exagérations à ne plus savoir que faire, une mise en scène factice et une interprétation plus que fluctuante. Au lieu d’être drôle, elle se révèle surtout fade, voire par moments stupidement consternante et lourde, quand bien même on la regarde au minimum au second degré. Heureusement, du fait de sa courte durée, ce tanpatsu se regarde aisément mais il est indéniable qu’il ne marque pas les esprits et ne mérite pas de s’y attarder, à moins d’avoir un faible pour la distribution composée de visages connus dans le petit monde de la télévision nippone.


2 Commentaires

  1. Kerydwen
    Ageha• 18 octobre 2013 à 16:26

    Qu’est-ce que c’est court, tellement court, c’est clair que résumer un manga de 38 volumes en tanpatsu c’est risqué. Concernant l’humour, je me suis bien amusée. Mais la durée est frustrante, on dirait un mini résumé. J’ai vu quelques épisodes de la série animée, mais je connais pas l’œuvre originale. Comme toi, je connais juste la base de l’histoire.
    En fait, j’ai vu ce tanpatsu en court de japonais, on a passé 2 séances à décrypter les différences entre le japonais oral féminin et masculin, ce qui fût intéressant de voir autant d’écart entre les deux et de bien comprendre tout ça avec l’aide d’une prof :)
    J’ai trouvé ça drôle mais décevant sur la durée…
    Ça ne m’avait même pas choquée quand je l’ai vu, mais c’est vrai oui, c’est Akane l’héroïne et pas Ranma!

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 19 octobre 2013 à 0:20

      J’avais justement lu ton billet lors de sa publication ; tu apportes d’ailleurs un éclairage très intéressant sur les dialogues et, ça n’étonnera personne si je dis que je n’aurais rien remarqué de tout ça vu ma non-connaissance de la langue japonaise ^^;;.

      Concernant le héros, j’ai été très étonnée que ce ne soit pas Ranma en figure principale. Je me demande si c’est comme ça dans le manga – si un amateur éclairé passe dans la salle… Je préciserais même que j’ai presque été déçue en découvrant que c’était Akane la vraie star du tanpatsu, surtout que le personnage ne m’a pas spécialement intéressée. En fait, je crois que j’espérais beaucoup plus de cet épisode et l’humour m’a très rapidement gonflée alors que d’habitude, je tolère très bien tous les tics des comédies nippones. Tant pis pour moi.

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