Sotsu Uta | 卒うた

Par , le 27 octobre 2013

À l’instar des séries diffusées sur téléphone portable, les tanpatsu illustrent régulièrement en leur sein des récits n’ayant a priori aucun rapport les uns avec les autres bien qu’en réalité, ceux-ci soient à mettre en parallèle. Sotsu Uta fait partie de cette catégorie. Cette production – dont le titre peut être très approximativement traduit en la chanson du rite de passage – est composée de quatre épisodes de trente-six minutes diffusés les 1er, 2, 3 et 4 mars 2010 sur Fuji TV. Aucun spoiler.

La vie de chaque individu est constituée d’embûches, d’un mur a priori infranchissable qu’il convient malgré tout de surmonter si l’on souhaite aller de l’avant. Pour cela, l’étape du deuil est nécessaire, même si cela s’annonce au départ impossible. L’animatrice de radio Tachibana Hitomi partage tous les soirs avec ses auditeurs l’histoire de quelqu’un ayant besoin d’un coup de pouce pour vaincre ses propres démons et démarrer une nouvelle étape de son existence. Mais au final, elle aussi devrait accepter de faire un point sur la sienne de manière à progresser et de se diriger vers une certaine plénitude.

     

Bien qu’étant dissociables les unes des autres, Sotsu Uta dépeint quatre vignettes disposant toutes d’un point commun, outre la présence de Tachibana Hitomi en tant que narratrice – et héroïne pour l’ultime chapitre. Il n’est dès lors pas obligatoire de regarder la production dans l’ordre ou en intégralité. Tout comme le titre de la série l’indique, il est donc question de cette sorte de rite de passage auquel n’importe qui est confronté au moins une fois au cours de son parcours personnel. Entre les ruptures sentimentales, l’arrivée dans l’angoissant monde des adultes, l’envol du nid familial souvent protecteur, la fin du lycée ou l’engagement dans une union durable, les exemples de ce genre sont multiples. Ces rituels, souvent accompagnés d’une cérémonie en bonne et due forme, permettent d’ailleurs de se déplacer étape par étape et de progressivement se construire une identité plus ou moins forte. Derrière chaque porte refermée se trouve une nouvelle menant vers un chemin totalement inédit. Dans l’idée d’appuyer sa dimension mélancolique jusqu’à son maximum, les épisodes s’accompagnent systématiquement d’une chanson populaire et typique de ces rites, le Japon en ayant un grand nombre qui résonnent notamment en fin de cycle scolaire. Pour continuer sur la forme, la réalisation de ce tanpatsu est plutôt classique malgré assez jolie photographie et une atmosphère soignée, alternant entre paysages provinciaux et citadins.

Best Friend, chantée par Kiroro – qui rappellera de nombreux souvenirs plaisants aux téléspectateurs de Churasan – raconte les derniers mois de cours de deux amies, Takano Ayumi (Shida Mirai) et Satô Mami (Kutsuna Shiori). Avec son cœur d’artichaut, la première tombe amoureuse très régulièrement si ce n’est qu’elle n’ose jamais déclarer sa flamme aux heureux élus, dont un joué par Sometani Shôta (Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite). Lorsqu’elle ose enfin se jeter à l’eau, c’est la douche froide. Prête à couper définitivement les ponts avec les garçons, elle voit sa résolution rapidement oubliée en rencontrant un autre lycéen passionné de chimie, Okamoto Takayuki (Irie Jingi – Kingyo Club, Ojîchan wa 25-sai). Mami, elle, aide sa meilleure amie du mieux qu’elle peut, quitte à laisser de côté ses propres sentiments. Cet épisode ouvrant Sotsu Uta n’est pas le plus mémorable des quatre en raison d’un scénario prévisible dans un cadre somme toute presque éculé. Heureusement, compte tenu de sa courte durée, de l’entrain de son duo d’actrices s’étant déjà côtoyées l’année précédente sur le plateau de Shôkôjo Seira, il délivre un moment relativement agréable. Il y est question de l’amitié, de la complexité d’une telle relation, de la prise de risques, de jalousie, d’altruisme ou encore d’admiration et d’un certain sens d’abnégation.

EXILE accompagne le second volet de Sotsu Uta via sa ballade Michi (la route). La jeune Yamazaki Mariko (Kuninaka Ryôko – Churasan, Madonna Verde, Tumbling) s’apprête à se marier avec Sakuragi Kenta (Ôkura Kôji – Shiawase ni Narô yo) et est heureuse d’avoir trouvé l’homme de sa vie et qu’il veuille d’elle. Malheureusement, son bonheur ne peut être étincelant car son père, Kei (Hirata Mitsuru), refuse d’assister à la cérémonie. Il n’a rien contre cette union, il ne souhaite tout simplement pas être présent. Vexée et blessée, surtout qu’il ne lui fournit aucune explication, elle ne se résigne pas et est prête à tout pour qu’il change d’avis. Plus mature que le précédent mais toujours aussi pétillant grâce à l’énergie positive de la sympathique Kuninaka Ryôko, cet épisode plaît par sa dimension familiale tout en retenue, sa sensibilité et son humour latent. Évoquant le deuil, l’absence maternelle, la relation entre un père et sa fille et la difficulté de voir son enfant voler de ses propres ailes, il se révèle plus que touchant et attendrissant. Avec sa jolie musique très douce, il s’agit probablement de la plus jolie histoire de Sotsu Uta. Pour la petite anecdote, en plus de la présence de Tezuka Satomi, l’actrice jouant l’héroïne enfant n’est autre que Kobayashi Seiran, déjà excellente dans Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku.

Avec Kanade (le jeu), interprétée par Sukima Switch, la caméra se focalise sur un couple de jeunes pas tout à fait sortis de l’adolescence et n’ayant pas non plus encore réussi à se hisser dans l’univers des adultes. Maejima Yurika (Kitano Kî – LIFE, Toilet no Kamisama) est persuadée que son petit-ami, Miki Yasuki (Yamamoto Yûsuke – Tumbling, Ôran Kôkô Host Club, Atashinchi no Danshi, Hanazakari no Kimitachi e), la trompe. Quittant l’appartement pour des raisons fallacieuses, travaillant perpétuellement, laissant son téléphone sonner et n’osant pas à y répondre en sa présence… il accumule les bizarreries mettant la puce à l’oreille de Yurika. Or, en réalité, il s’apprête à donner corps à sa passion qui est la photographie d’une façon peu commune et bouleversant totalement leur relation. Toujours empreinte d’une coloration mélancolique, cette histoire attriste pour son réalisme. Dépeignant l’importance de suivre ce qui gouverne son cœur et de ne pas se limiter à attendre l’autre sans avoir de véritable défi personnel ou de motivation propre, cet épisode montre également la nécessité d’affronter l’extérieur et de ne plus s’enfuir, même si pour cela il faut d’abord briser ses sentiments en miettes. Dommage en revanche que la fin soit aussi convenue et limite ridicule.

Enfin, la boucle se forme avec Sotsugyô Shashin (la photo de la cérémonie de passage) de Matsutôya Yumi où l’animatrice de radio, Tachibana Hitomi, devient l’héroïne. Vue jusque-là à chaque début et fin d’épisode, elle bénéficie donc d’une franche exploration. Bien qu’elle soit incarnée par la généralement pénible Nasagawasa Masami (Last Friends, Bunshin), celle-ci se révèle étrangement supportable. Vivant désormais à Tôkyô afin d’atteindre ses rêves, Hitomi vogue, l’âme en peine, perdue et ne sachant plus que faire. Peu satisfaite de l’évolution de sa carrière, elle cumule les mauvaises décisions et ne réussit plus à se reconnaître. Tournant le dos à ses problèmes, elle décide de retourner dans sa ville natale où elle retrouve son grand ami de toujours, Aoki Tsuyoshi (Masuda Takahisa – Waraeru Koi wa Shitakunai) qui, lui, n’a pas bougé d’un pouce depuis toutes ces années. À son contact, elle commence enfin à avancer. Si Hitomi est parfois agaçante en raison de son ton condescendant et de ses critiques gratuites, le parti pris de ne pas lui chercher d’excuses et de la montrer sans fard est assez rafraîchissant.

En définitive, Sotsu Uta s’attarde sur la nécessité d’aller de l’avant, de prendre un nouveau départ et de ne pas se complaire dans une vie qui, au final, ne nous satisfait guère mais qui peut se révéler plus facile. Ce bouleversement effrayant ne serait pas la fin, plutôt un éternel recommencement. Empreinte de cette tonalité douce-amère si chère aux fictions nippones, cette série au rythme tranquille s’approchant des récits initiatiques propose quatre jolies vignettes globalement homogènes. Pour sa mélancolie, le baume au cœur qu’il insuffle, sa sérénité, son authenticité, sa bonne humeur et son écriture relativement solide, ce tanpatsu s’apparente à un divertissement optimiste tout à fait correct et se permettant en outre d’amener son public à réfléchir sur sa propre vie, ce qui est toujours un sympathique plus, n’est-ce pas ?


Laisser un commentaire