Voilà, c’est bel et bien officiel, Dexter s’est achevée il y a quelque temps aux États-Unis. Toutefois, sans dévoiler la fin de la série, il paraît clair que les producteurs se sont gardés une porte de sortie tant cette fiction s’avère être une poule aux œufs d’or. La huitième saison, composée de douze épisodes d’une cinquantaine de minutes, fut diffusée sur Showtime entre juin et septembre 2013, soit six mois après la fin de la précédente. Aucun spoiler.

Malgré de nombreuses critiques plus que virulentes, la saison sept avait le mérite de se renouveler et de réussir à enfin injecter une franche tension et une ambiance létale au sein de ses intrigues. Brisant sensiblement l’aspect routinier d’une production en fin de vie, elle s’attardait notamment sur la réaction de Deb face à la découverte des activités criminelles de son frère ainsi que sur la relation sentimentale de ce dernier avec Hannah, une femme très ambivalente. Qui plus est, sa toute fin, avec une superbe scène finale où la sœur s’accrochait à son frère après avoir commis l’irréparable, était magnifique. En d’autres termes, après avoir fait craindre le pire, il était presque naturel d’être confiant en débutant les ultimes aventures de Dexter. Malheureusement, il convient d’avouer dès le début de ce billet que la fiction possède peut-être une des fins les plus ridicules et décevantes de l’histoire de la télévision, surtout après avoir enthousiasmé les foules autant d’années. Comment peut-elle s’être fourvoyée de la sorte à travers cette salve d’épisodes ? Le pire est que le series finale n’est pas l’unique point sur lequel déverser son fiel tant c’est l’ensemble qui attriste, voire irrite grandement pour une telle paresse scénaristique et une impression de gâchis irrespectueux envers le public. Cette absence de parti pris et de conclusion nette est surtout insultante. La majorité des téléspectateurs attendait probablement un choix radical et non pas cette indécision incompréhensible. Certes, au moins les troncs continuent d’être sciés.

Six mois se sont écoulés depuis la fin de la saison sept. Maria LaGuerta est bel et bien morte, tuée de sang froid par Deb, et tout le monde la pleure, lui décerne un banc public en son honneur et tente de reprendre le cours de son existence. Pour certains, la tâche est plus aisée que pour d’autres. Sans grande surprise, Batista décide de retourner à ses anciennes amours et oublie son idée de retraite anticipée. Il profite par ailleurs de la démission de Deb pour récupérer le poste de lieutenant. Effectivement, la jeune femme a tout plaqué et exerce désormais dans l’entreprise de Jacob Elway (Sean Patrick Flanery – The Dead Zone), une sorte de détective privé et chasseur de primes. En roue libre, n’adressant plus la parole à son frère, elle se drogue, boit de l’alcool plus que de raison et multiplie les conduites à risque. Submergée par ses émotions qu’elle ne parvient pas à masquer, totalement à la dérive et hantée par le meurtre de sa collègue, elle ne supporte plus sa vie, ses choix et ses actes passés. Sa détresse fait beaucoup de peine et, comme d’habitude, Jennifer Carpenter abat un travail plus que solide et crédible. Deb refuse de rencontrer Dexter et ce dernier s’en veut car il sait que tout ce que sa sœur vit n’est que de sa faute. Il réalise enfin tout le mal qu’il transmet à son entourage, tel un cancer envahissant progressivement et phagocytant les autres. Malgré les coups, il ne laisse pas tomber celle qu’il chérit comme la prunelle de ses yeux et veille à la sortir du gouffre dans lequel elle sombre, avec grand fracas. La dynamique du duo est toujours la valeur sûre de la série et permet justement à la saison de gagner en intérêt. Indissociables l’un de l’autre, ils s’aiment profondément et sont prêts à tout pour mutuellement se préserver. Sans aller jusqu’à le blâmer, il est en revanche très étrange qu’après avoir osé lancer sur le tapis la probabilité que Deb soit amoureuse de Dexter, les scénaristes n’abordent pas du tout le sujet frontalement au cours de cette saison. Quel en était donc l’intérêt ? Voilà une énième preuve que les têtes pensantes ne savaient pas une seule seconde où elles se dirigeaient. Quoi qu’il en soit, afin de venir en aide à Deb, Dexter s’octroie les services inopinés d’un nouveau personnage plutôt ambigu, la neuropsychiatre Evelyn Vogel, jouée par Charlotte Rampling que nous n’avons plus à présenter. Dommage que cette évolution se fasse aussi abruptement et sans finesse, bien que cela reflète toutes les lacunes de la saison.

Miami étant clairement le repère des tueurs en série, un nouveau sévit en ville : le neurochirurgien. Capturant et séquestrant ses victimes, il ouvre leur crâne pour en extraire une région bien précise, celle supposée abriter l’empathie, notion techniquement inexistante chez les psychopathes.  La police étant tout naturellement rapidement dépassée par les évènements, elle accepte avec joie l’aide du Dr Vogel, spécialiste en psychopathologie et, plus particulièrement, dans l’exploration de la personnalité des psychopathes. Contre toute attente, elle connaît Dexter depuis de nombreuses années puisqu’elle est à l’origine d’une partie fondamentale de la construction de ce qu’il est désormais. Si ajouter une figure de cette trempe, avec un tel ascendant sur le héros de la série, est quelque peu exagéré arrivé à la huitième année de diffusion, il faut avouer que cette femme est de prime abord intrigante et susceptible d’apporter un éclairage intéressant sur Dexter, son père, le code et la relation de l’anti-héros avec son entourage proche. En prime, cette pirouette est supposée sauver la mise aux scénaristes puisqu’il est clair et net depuis plusieurs années que Dexter n’a absolument rien à voir avec un psychopathe. Si l’écriture pouvait nous le faire croire en première saison, plus les saisons se sont écoulées et moins cette théorie se tenait. À force de l’humaniser avant de faire marche-arrière deux épisodes plus loin, puis continuer de nouveau de lui insuffler des sentiments, le personnage s’est transformé en véritable caricature ambulante sans queue ni tête. Cette neuropsychiatre s’aventure sur le domaine de la caractérisation du héros si ce n’est que tout y demeure surfait. Dans tous les cas, suite à certaines révélations, l’analyste sanguin change d’opinion sur le Dr Vogel, se prend d’affection pour elle et un lien pertinent aurait pu se développer mais une psychologie changeante, avec des dynamiques tout aussi fluctuantes et peu cohérentes ne permettent pas une seule seconde d’adhérer à ce à quoi l’on assiste. De toute manière, tout cet arc consacré au neurochirurgien est plat et totalement insipide, à l’instar du reste.

Par le passé, Dexter s’apparentait à une série télévisée où tout semblait possible. Le souffle coupé, le téléspectateur craignait pour ce tueur en série cynique bien que diaboliquement attachant. Avec cette atmosphère très lourde où la chaleur moite de Miami traversait littéralement l’écran, l’angoisse faisait corps avec un scénario rondement mené. Au cours de cette saison, outre le principal fil rouge qu’il est préférable d’occulter, les histoires secondaires s’enchaînent mécaniquement, disposent d’un rythme catatonique et s’oublient rapidement une fois son poste éteint. Les enjeux faisant défaut, la banalité prévaut alors que l’épilogue s’approche dangereusement. Qui plus est, la paresse scénaristique crève les yeux via ce nombre incroyable de facilités, de contradictions et d’incohérences. C’est bien simple, le canevas de ces épisodes se révèle artificiel et sans véritable liant. Ajoutons un aspect verbeux généralement plus pénible qu’autre chose et la coupe est pleine. Et puis, surtout, où diable sont passés la tension et le suspense haletant d’antan ? Craint-on pour la vie de Dexter ou que quelqu’un découvre ses penchants malsains ? Sommes-nous mal à l’aise face à ce que la caméra nous montre ? Non, rien de tout ça. Seul prime l’ennui. Même Michael C. Hall qui, auparavant, envoûtait perd de sa splendeur et laisse totalement impassible. Dexter n’est plus fascinant, et encore moins attachant. C’est terrible de constater un tel délitement de son propre intérêt, ou qu’à cause d’une coloration plus que terne, rien de ce qui se passe ne paraît avoir d’importance. D’une certaine manière, notre cœur se brise même tant on a pu apprécier cette fiction. Que dire de la tentative de densifier un protagoniste comme Masuka, avec l’irruption dans sa vie d’une jeune femme jouée par Madison Burge (Friday Night Lights) ? Bien sûr, ce dernier méritait clairement d’être exploré mais pas de cette manière, pas d’une façon aussi insignifiante et inutile. Il en va de même pour Quinn bien que sa cote de sympathie remonte sensiblement au fil des épisodes. Les nombreux fans de Bethany Joy Lenz (One Tree Hill) ont également de quoi être plus que déçus face à l’insipidité du rôle qu’elle a obtenu. Finalement, la saison s’apparente à du remplissage totalement illogique et ne rimant strictement à rien, si ce n’est à endormir l’intérêt d’un public hébété. On en viendrait presque à s’interroger sur l’existence d’une concertation entre les scénaristes !

En définitive, Dexter délivre un arrière-goût très amer avec cette ultime saison paresseuse, notamment parce qu’elle ne reflète en rien les qualités de la série. Poussive, parfois même stupide, elle se permet en plus de se conclure sur une note ubuesque amenant le téléspectateur à se demander s’il ne s’agit pas d’une vaste blague. Sans forcément discuter de sa fin susceptible de faire ruminer tout le monde dans son coin, les autres épisodes ne sont pas davantage convaincants en raison d’un rythme monotone, d’une absence de véritables enjeux ou de danger, et d’un format mécanique ne donnant pas une seule seconde l’impression que la production s’achève. De surcroît, compte tenu de son ton morne et de l’omniprésence de ses facilités, elle laisse dans l’indifférence sur une terrible dernière impression qu’il sera compliqué d’effacer. Subsiste la superbe relation entre Dexter et Deb, mais c’est bien peu pour une saison que l’on espérait équivalente à un feu d’artifice. Ah, quel dommage !