Lie to Me (saisons 2 & 3)

Par , le 10 septembre 2014

La psychorigidité gouvernant régulièrement mon esprit, mais aussi ma télévision, il n’est guère étonnant que la suite et conclusion de Lie to Me se soit retrouvée dans mon petit écran. Contre toute attente, la série est donc de retour sur Luminophore avec ses deux dernières saisons. Respectivement composées de vingt-deux et de treize épisodes, elles furent diffusées sur Fox entre 2009 et 2011. La série a été annulée par la chaîne en raison de ses audiences. Ayant prévenu la production à retardement, il n’existe pas de fin en bonne et due forme, et l’ultime scène a toutes les chances d’ennuyer les plus romantiques. Aucun spoiler.

Malgré une première saison pas mauvaise, mais banale, je n’avais aucunement l’intention de retourner du côté de Lie to Me, persuadée que la suite serait du même acabit. Autrement dit, je me doutais que les épisodes s’enchaîneraient, se ressembleraient et que les personnages n’évolueraient pas d’un iota. Pourquoi avoir donc redonné sa chance à cette fiction ? Probablement parce que sachant qu’elle était terminée, je suis partie du principe que c’était dommage de s’arrêter de la sorte et que, finalement, tout était possible. Après tout, la série pouvait subitement trouver sa voie. Malheureusement, non, ce n’est pas du tout le cas. Dans l’ensemble, les saisons deux et trois disposent d’une qualité homogène en dépit d’une absence de liant. Bien sûr, à l’instar de la précédente, certaines affaires sont plus réussies que d’autres, comme celle du dernier épisode. L’action alterne avec les tentatives d’humour, les dialogues étant parfois cocasses. Toutefois, les émotions peinent à se frayer un chemin et l’approche psychologique est systématiquement en retrait, au profit d’un angle bien plus d’investigation. Il est donc toujours question du docteur Cal Lightman, spécialiste en micro-expression et en langage corporel. Capable de détecter les mensonges alors que l’individu en face de lui n’a même pas encore commencé à parler, il continue de mener ses enquêtes généralement initiées par les autorités compétentes. Le personnage ne gagne jamais en sympathie, ce qui est fort triste. Au contraire, il tend peut-être par finir par irriter grandement en raison de son caractère. Hautain, malpoli, exigeant et odieux, il est en plus prêt à tout pour arriver à ses fins et n’hésite pas à manipuler quiconque se trouvant sur son chemin. Tim Roth l’incarnant exagère de nouveau beaucoup trop et sombre régulièrement dans la surenchère. Ne nions pas que Lightman est doué, mais il n’est pas nécessaire d’en faire un vrai goujat pour nuancer sa psychologie. Les antihéros névrosés parasitent de trop la télévision depuis quelques années. Si l’écriture cherche à l’humaniser à travers son passé avec sa mère, le résultat s’avère approximatif et peu concluant. L’effort est davantage réussi grâce à la dynamique qu’il entretient avec sa fille, Emily (Hayley McFarland). Cette dernière bénéficie progressivement d’un éclairage plus prononcé et se révèle assez sympathique, même si la série souffre à son niveau de prévisibilité puisque, comme par hasard, elle semble dotée de compétences analogues à celles de son illustre père.

Tout comme la multitude de productions policières et apparentées, Lie to Me ne déroge pas à la règle et, au cours de ses saisons, elle finit par explorer la relation entre Cal et Gillian. Croqués au départ comme de simples amis et collègues, les scénarios distillent de-ci de-là quelques éléments anodins, dans le but de créer une tension sexuelle sous-jacente. Plus la fiction s’installe, et plus ceux-ci prennent de l’importance. Le procédé n’est pas nouveau. Les protagonistes se tournent autour, souffrent parfois de non-dits, l’alchimie est supposément palpable et le téléspectateur, devant son poste, est censé espérer leur transformation en couple, chose qui ne devrait arriver qu’à la toute fin. Là encore, Lie to Me fait preuve de faiblesse et d’un manque d’originalité flagrant. Qui plus est, Cal étant horripilant, le voir avec l’attachante Gillian ne se montre guère enthousiasmant. Au sujet de cette dernière, les épisodes cherchent également à la développer un minimum, mais tout demeure à l’état embryonnaire et ne soulève pas les foules. Forcément, les autres membres du groupe Lightman ont le droit à encore moins d’exploration. Ria est tout aussi fade qu’en première saison et son impulsivité agace la majeure partie du temps. Quant à Eli, il se contente systématiquement de maugréer dans son coin à cause du comportement de Cal, de penser à quitter son emploi, et ne le fait jamais. Les personnages ne sortent pas des sentiers battus et continuent inexorablement de faire du surplace. Pour peu que l’on recherche dans une production de l’évolution, ce n’est donc pas avec celle-ci que l’on sera satisfait. Sinon, d’autres visages détiennent des rôles plus ou moins récurrents, bien qu’ils ne marquent pas leur passage de manière aussi forte ce que l’on pourrait espérer. Par exemple, l’intrigue liée à Clara Musso, la femme d’affaires incarnée par Melissa George (Alias, In Treatment), s’étire et ne rime à rien. Ben Reynolds, l’agent du FBI introduit en saison une et joué par Mekhi Phifer (ER), est honteusement écarté n’importe comment en fin de saison deux. D’ailleurs, ce procédé reflète sans mal le peu de soin de l’ensemble. Enfin, qui dit enquêtes, signifie forcément une multitude d’invités. Les lister serait fastidieux et inutile, mais il est possible d’y retrouver Michael B. Jordan (Friday Night Lights), James Frain (The Tudors, The Cape), Tricia Helfer (Battlestar Galactica), Jason Dohring (Veronica Mars), Lennie James (Jericho) et beaucoup, beaucoup d’autres.

Pour conclure, les deux dernières saisons de Lie to Me devraient vraisemblablement plaire à ceux ayant apprécié la précédente, à condition d’accepter toutes les limites propres au format. Effectivement, la répétition ad vitam æternam du schéma d’une histoire par épisode finit par progressivement lasser, car les personnages restent empêtrés dans un carcan insipide. Les affaires se regardent assez aisément puisque la série dispose malgré tout d’une écriture efficace et d’un véritable savoir-faire, mais il lui manque une franche essence pour convaincre ou intéresser. De surcroît, alors que les propos de la fiction sont supposés se baser sur la psychologie et le langage non verbal, tout y demeure étrangement artificiel et presque dénué d’émotions. Cette ambivalence étonne et déçoit. Si Fox a la réputation d’annuler ses productions de manière parfois éhontée, il paraît ici compliqué de les blâmer tant Lie to Me n’est qu’une série générique de plus.


2 Commentaires

  1. Kerydwen
    Luthien• 28 septembre 2014 à 15:06

    C’est pour ma part une série que j’ai beaucoup apprécié. Je suis d’accord avec toi sur le fait que le protagoniste est loin d’être attachant mais je le trouve charismatique et ça m’a suffit. Sa relation avec Gillian m’a plutôt plu mais je doute de la solidité de leur couple.
    Les personnages secondaires ne sont guère explorés en effet, c’est dommage. J’ai aussi été surprise par la disparition de Ben Reynolds qui est très mal expliquée (je ne me souviens même plus si elle l’est…).
    Je suis bon public dans les séries criminelles de ce genre si les personnages me plaisent et pour celle-ci, c’est le cas.

    Répondre

    • Kerydwen
      Kerydwen• 29 septembre 2014 à 22:10

      Il est clair que le couple Cal/Gillian a de quoi laisser plus que songeur. Tout comme toi, je les vois mal entretenir une relation durable en raison du tempérament du premier. Cela dit, nous n’en saurons jamais plus de toute manière :P.

      Concernant la disparition de Ben Reynolds, je t’avouerai que je ne me souviens pas non plus en détail de ce qu’il en est. Il me semble qu’il y a seulement une petite réplique expliquant qu’il n’est pas mort, mais transféré dans un service tranquille. J’ai toutefois un doute et cela demande confirmation. Dans tous les cas, c’est la preuve que la production se fiche royalement des personnages.

      Répondre

Laisser un commentaire