Le dicton ne dit-il pas que tout vient à point à qui sait attendre ? Après avoir débuté en 2006 la première saison de Masters of Horror – connue dans nos contrées sous le titre Les Maîtres de l’horreur –, j’ai enfin repris son chemin fin 2013, pour définitivement conclure la série en 2014. Composée de deux saisons de treize épisodes de cinquante-cinq minutes chacun, cette production canado-américaine fut diffusée sur Showtime entre octobre 2005 et février 2007. À noter que la série Fear Itself, passée en 2008 sur NBC, serait en réalité une sorte de troisième saison de Masters of Horror. Aucun spoiler.

À l’instar d’un Tales from the Crypt, Masters of Horror est une série d’anthologie favorisant l’horreur et le fantastique. Exception faite de leur thématique principale et de la réputation du réalisateur, les histoires sont toutes indépendantes les unes des autres et ne disposent d’aucun point commun. C’est donc sans grande surprise que les épisodes se suivent, ne se ressemblent pas et se révèlent plus ou moins satisfaisants. Appréciant depuis toujours tout ce qui touche au gore, à l’épouvante et aux registres apparentés, il me semblait évident de tester cet ensemble assez atypique à l’heure actuelle. Effectivement, original il l’est tant le genre n’a plus la cote à la télévision et que des productions de cet acabit ne sont guère courantes. Lorsque l’on apprend que des figures telles que Miike Takashi (Tajû Jinkaku Tantei Psycho, QP), John Carpenter, Joe Dante ou encore Tobe Hooper participent à l’aventure, il y a de quoi voir sa curiosité titillée. Les deux uniques saisons sont totalement similaires dans la forme et ne changent pas réellement la donne d’un point de vue qualitatif. Ce serait rébarbatif de passer en revue l’intégralité des histoires, donc ce billet se contentera d’en évoquer quelques-unes.

Malheureusement, la très grande majorité des épisodes est mauvaise. S’il est vrai que le budget anémique n’est pas d’un quelconque secours, il ne doit pas conditionner le scénario en tant que tel ou l’interprétation de la distribution. C’est justement là que le bât blesse. Masters of Horror accumule les récits éculés où les stéréotypes, clichés et la prévisibilité prédominent. Pire, le rythme moribond vient régulièrement parasiter la série, comme si elle ne souffrait déjà suffisamment pas. Ce qui est assez incroyable, c’est qu’elle a beau seulement remonter au milieu des années 2000, elle donne surtout l’impression d’être au minimum dix ans plus vieille. Les abominables effets spéciaux n’arrangent rien, c’est certain. Tout y fait tellement kitsch que le résultat en devient approximatif et peu engageant. À la rigueur, ce côté daté pourrait lui offrir un charme suranné, mais ce n’est bien sûr absolument pas le cas. Le format d’une cinquantaine de minutes suffit largement pour développer les divers chapitres illustrés, bien que certains méritent davantage de temps d’antenne et, d’autres, moins. L’élément le plus dommageable est probablement lié à l’atmosphère générale. Alors que le superbe générique plonge aisément le public dans une tension latente, les épisodes ne parviennent que rarement à concrétiser. Aucun ne fait peur ou ne distille une angoisse oppressante. D’ailleurs, ceux qui essayent de le faire envers et contre tout se montrent ineptes. Il en va de même concernant l’approche fantastique opérée par quelques réalisateurs. Quant au gore, il est choisi par Miike Takashi avec l’épisode 1×13, Imprint, tellement cru et violent que Showtime a préféré ne pas le diffuser. Soporifique, il sombre dans du voyeurisme gratuit plus que malsain et, malgré la propension du cinéaste à favoriser ce style, il n’en demeure pas moins que son travail est ici consternant de bêtise ; la photographie ne le sauve pas du naufrage.

Plutôt que de s’attarder sur les échecs, autant mettre en avant les réussites relatives. Généralement, ce sont ceux encourageant une critique sociétale ou un registre plus léger via un humour féroce et noir qui s’en sortent le mieux. Le principal représentant est le solide 1×06, Homecoming, de Joe Dante, sorte de satire politique pointant ouvertement du doigt le gouvernement de George W. Bush et la guerre en Irak ; les soldats envoyés au front sont de retour au pays, si ce n’est qu’ils sont tous morts et souhaitent… voter. De John Carpenter, le 1×08, Cigarette Burns, avec Norman Reedus (The Walking Dead) dans le premier rôle, s’attarde sur le monde des snuff movies, et injecte une dimension dérangeante mâtinée d’ésotérisme. Le burlesque 2×02, Family, réalisé par John Landis tient également ses promesses en s’amusant avec brio du contraste entre l’apparence proprette des banlieues américaines et de ce que peut se cacher derrière la maison de ces charmants habitants. Lucky McKee, dans le 1×10, Sick Girl, dépeint une relation homosexuelle contrainte à évoluer compte tenu de l’irruption d’un insecte fort inquiétant ; son registre décalé et sa conclusion particulièrement jouissive rappellent des souvenirs nostalgiques de vieux films d’épouvante. Contre toute attente, un des uniques intérêts de la série est de reconnaître tous les visages aperçus de-ci de-là : Ron Pearlman, Jason Priestley, Matt Keeslar, Meredith Monroe, Sean Patrick Flanery, Daniel Gillies, Chris Bauer, Robert Picardo, Steven Weber, Michael Ironside, Robert Englund, etc.

Pour résumer, Masters of Horror souffre du symptôme commun à trop d’anthologies : l’irrégularité. En prime, à part quelques très rares épisodes, la qualité dans son ensemble demeure extrêmement faible et n’offre guère un divertissement convenable. Pourtant, son idée de départ se voulait alléchante puisque la réunion de grands noms du cinéma de l’épouvante et du fantastique était susceptible de réjouir. Que l’on soit amateur du genre ou pas, le visionnage ne se révèle aucunement conseillé. Son superbe générique n’efface pas le fait que cette série inégale s’avère proche de la production de bas étage cumulant une mise en scène frelatée, des histoires poussives et ridicules ainsi qu’une atmosphère plus kitsch qu’horrifique.