Il arrive que l’on se lance dans une série par erreur. C’est ce qui s’est passé avec Mayonaka no Ame dont nous allons parler aujourd’hui. Oh, j’avais bien décidé de la visionner un de ces jours puisqu’elle se trouvait dans mes dossiers, mais j’étais motivée par une autre n’ayant techniquement rien à voir, si ce n’est la présence dans le rôle principal d’Oda Yûji. Tant pis, celle qui me faisait vraiment envie aura son quart d’heure de gloire d’ici quelques petites semaines. Scénarisée par l’habitué des productions médicales Fukuda Yasushi, il n’est guère étonnant que Mayonaka no Ame se déroule dans le milieu hospitalier. Cette fiction – dont le titre peut être approximativement traduit en la pluie de minuit – est composée de onze épisodes diffusés sur TBS entre octobre et décembre 2002. Comme souvent, seul le premier d’entre eux dispose de quinze minutes supplémentaires. Aucun spoiler.

Tokura Takashi est un jeune chirurgien talentueux et stoïque. Quittant avec un certain fracas son précédent emploi, il espère pouvoir rayonner au sein de l’hôpital privé qu’il vient d’intégrer. Il se moque royalement de l’étiquette ou des requêtes administratives, car il ne souhaite qu’une unique chose : opérer. C’est pourquoi il n’hésite pas à se mettre à dos ses supérieurs dès son arrivée en s’occupant d’un criminel en mauvaise posture. Cette intervention se transforme en véritable catalyseur tant ses conséquences lui permettent de progressivement lever le voile sur son passé. Accompagné de Misuzawa Yukiko, une inspectrice psychologiquement fragilisée, il réalise que de nombreux points communs les lient. Pour le pire comme pour le meilleur.

     

Si je sais généralement plus ou moins pour quelle raison je récupère une série, je serais bien incapable d’expliquer pourquoi ce fut le cas avec celle-ci. Pour être encore plus honnête, je n’avais même plus aucune idée de quoi il en retournait avant de la démarrer ! J’imagine que la distribution plutôt prestigieuse, l’ambiance a priori assez lourde et son âge avancé ont vite fait de me convaincre à un moment donné. Par ailleurs, les thématiques médicales ont régulièrement mes faveurs, peut-être parce qu’elles me sont familières. Toutefois, bien que Mayonaka no Ame ait bel et bien pour cadre un établissement de soins, cette série s’apparente principalement à un drame familial à plusieurs têtes où la psychologie, la tension et le suspense essayent de se tailler la part du lion. Que le scénario se déroule dans un milieu radicalement différent ne changerait pas grand-chose ; ce sont les personnages les véritables héros. Pourtant, l’histoire aurait gagné en densité si elle était parvenue à tirer parti de ces quelques pistes lancées superficiellement, telles que la présence de l’argent dans une dynamique de santé, la corruption, les luttes de pouvoir et de hiérarchie, l’éthique et autres sujets hautement polémiques. Au lieu de développer un quelconque contexte sociétal, elle préfère l’esquisser et s’attarder à la place sur une dimension intimiste. En somme, cela n’est aucunement dérangement, bien au contraire. Malheureusement, l’intrigue perd ses protagonistes dans des coïncidences répétitives et plus qu’improbables, plongeant dès lors l’univers de Mayonaka no Ame dans un mélodrame poussif. Désirer densifier ses héros est une excellente chose, à condition de ne pas accumuler les poncifs et de s’apparenter par la même occasion à une histoire devenant presque ridicule. Qui plus est, l’humour très peu heureux des collègues secondaires notamment joués par Watanabe Ikkei tranche de trop avec l’ambiance souhaitée assez morose. La musique de Sumitomo Norihito (Guilty) est tout autant intrusive et l’horrible chanson du générique – Sonna Mondarou de Chage and Aska, reprise ici par Oda Yûji – irrite. Au bout du compte, la série fait preuve d’ambition avec tous ses mystères et son enquête principale, mais elle demeure superficielle et ennuie du fait de son rythme lent et de sa réalisation datée. Elle a au moins le mérite d’associer un certain nombre d’acteurs compétents et d’en montrer quelques-uns alors bien plus jeunes, comme un presque méconnaissable Satô Jirô (Meshibana Deka Tachibana, JIN, Tumbling).

La famille Izumida gère un hôpital privé et cherche par tous les moyens à garder sa place au sein des établissements nippons les plus cotés. À la tête de celui-ci se trouve le patriarche, Keiichirô (Nagatsuka Kyôzô – Madonna Verde), un homme froid, antipathique et pensant en priorité à son patrimoine plutôt qu’à son entourage dysfonctionnel. Pédant avec ses employés comme avec ses propres enfants, il accepte difficilement tout changement proposé par son héritier fraîchement revenu des États-Unis, Shunsuke. Sans grande surprise, le tout nouveau chirurgien Tokura Takashi ne l’intéresse que s’il est susceptible d’améliorer la réputation de son hôpital. Tant qu’il lui obéit et ne fait pas de vagues, tout va bien. Takashi ne fonctionne pas de la sorte et à peine a-t-il endossé son costume inédit qu’il se fait remarquer. Le soir même de son embauche, alors qu’il est attendu à une réception mondaine, il préfère se lancer dans une opération chirurgicale quasi suicidaire. Un truand s’est pris une balle tirée à bout portant par une inspectrice. Il s’agit ni plus ni moins que d’une bavure. Brillant, ce professionnel réussit à sauver la vie de son patient, mais il s’attire immédiatement les foudres du directeur. À deux doigts de se faire renvoyer sur-le-champ, il doit son salut à la presse et au travail dans l’ombre d’Andô Hiroshi (Ishiguro Ken – Chakushin Ari), un homme propre sur lui visiblement prêt à tout pour atteindre les sommets. Quoi qu’il en soit, Takashi ne tient pas compte des bouleversements en coulisse et continue d’agir avec détachement, comme si rien n’avait d’importance pour lui. Pourquoi est-il devenu médecin ? Bonne question. Il ne semble pas souhaiter soigner, il a plus une volonté de toute-puissance, une sorte de complexe de Dieu. Sa rencontre avec l’inspectrice Misuzawa Yukiko (Matsuyuki Yasuko –  Mother, Suna no Utsuwa) le pousse dans ses retranchements et l’oblige à évoluer et nuancer son attitude. Au départ, il est assez compliqué de savoir sur quel pied danser avec lui, car ses motivations sont troubles. Peu amène et détaché, il ne cherche pas à plaire. Oda Yûji (Last Christmas) l’interprétant dispose ici d’un registre assez différent de ce à quoi il est habitué ; si son jeu n’est pas mauvais, il n’est pas non plus particulièrement convaincant, surtout lorsqu’il tient à se lancer dans une vengeance de petite envergure. Pour cela, il faut condamner une caractérisation assez caricaturale et la montagne de clichés prévisibles parasitant l’ensemble de la production.

Le point de départ de Mayonaka no Ame se situe quand Takashi et Yukiko prennent connaissance l’un de l’autre. Si chacun eut pu continuer de vaquer à ses occupations, leurs chemins finissent par très régulièrement se croiser et, contre toute attente, alors que des sentiments assez ténus apparaissent, ils réalisent surtout que leur passé éprouvant partage des similitudes. En fait, la série s’amuse des coups du destin, du hasard fort heureux et des multiples concours de circonstances. Plus les facilités scénaristiques s’amoncellent et plus le public se détache de cette fiction invraisemblable. Grâce à une atmosphère assez lourde amplifiée par des séquences nocturnes où la pluie et les orages s’abattent perpétuellement, elle cherche à distiller une angoisse latente et un suspense intrigant. Qui est vraiment Takashi ? Que cache-t-il ? Pourquoi Yukiko a-t-elle une peur panique de l’eau ? Qu’est-il arrivé à son père plongé dans le coma depuis des décennies ? Quelle est la nature du lien avec les Izumida ? Certes, ne nions pas que Mayonaka no Ame réussit à éviter habilement quelques écueils habituels comme la guérison subite de patients, mais il n’empêche qu’elle ne parvient jamais à intéresser réellement ou à surprendre un minimum. Le duo phare ne dégage pas grand-chose et, de toute manière, ce triste constat est valable pour l’ensemble de la galerie de protagonistes. Pour une série souhaitant privilégier l’approche humaine, il est impératif d’instaurer une empathie avec le spectateur, ce qui n’arrive jamais. Seul le fils aîné Izumida, Shunsuke, tire peut-être son épingle du jeu. Comme à son habitude, Abe Hiroshi (Kekkon Dekinai Otoko, Shiroi Haru) y propose une interprétation solide d’autant plus que le scénario a pour bonne idée d’écrire une figure bien plus fine que ce qu’elle aurait été dans moult fictions. Effectivement, Shunsuke n’est pas l’arriviste prêt à tout pour garder l’hôpital. Non, à la place il sait s’avérer pondéré et agir de façon censée, quitte à se retrouver lui-même au second plan. Néanmoins, là aussi sa dynamique avec Tokura aurait gagné à être davantage explorée. Les regrets se succèdent clairement dans ce j-drama !

Au final, Mayonaka no Ame s’attarde sur le passé douloureux d’un jeune chirurgien en plein essor ayant besoin de faire la lumière sur ses origines afin d’essayer de commencer à avancer. Grâce à l’aide d’une femme éprouvée, il s’ouvre sensiblement sur l’extérieur et explose littéralement l’existence de ses nouveaux collègues de travail, bien plus proches de lui qu’il ne le croirait au départ. Survolant l’ensemble des idées qu’elle illustre et multipliant à outrance les coïncidences faciles, la série se veut surtout timorée et prévisible, ne réussissant jamais à toucher, intéresser ou surprendre son public qui finit par grandement s’ennuyer devant ce gâchis de potentiel. En effet, bien que l’histoire principale n’ait en définitive rien d’original, elle devrait être en mesure d’intriguer et de divertir un minimum, surtout lorsque l’on constate les têtes d’affiche. À la place, elle s’avère seulement passable et ne mérite aucunement le détour, que l’on soit un amateur de fictions médicales, familiales ou psychologiques.