Misfits (saison 5)

Par , le 28 septembre 2014

L’annonce est tombée avant sa sortie, la cinquième saison de Misfits serait la dernière de la série. Ainsi, les scénaristes ont eu le temps de préparer la conclusion de cette fiction atypique. Constituée de huit épisodes, elle fut diffusée sur E4 entre octobre et décembre 2013. Aucun spoiler.

Bien que l’on ait pu grandement apprécier Misfits par le passé, voire été dithyrambique à son sujet, c’est avec un certain soulagement que la nouvelle de son annulation fut accueillie. Ne le nions pas, plus les années s’écoulaient, plus la qualité de l’ensemble s’étiolait. Sans s’avérer foncièrement mauvaise, la quatrième saison ennuyait plus qu’elle ne divertissait, en oubliant au passage de se renouveler et de raconter des histoires réjouissantes. Pour la toute première fois, cette salve d’épisodes inédits ne met à l’honneur aucun des personnages de la distribution d’origine. De toute manière, pour être entièrement honnête, la série n’a plus grand-chose à voir avec ses débuts. Avec cette idée en tête, le visionnage ne se révèle pas déplaisant bien que l’ensemble demeure peu fouillé et se contente du strict minimum, ressemblant surtout à une sorte de vaste délire décalé ayant négligé toute ambition. Les anciennes recettes sont réutilisées, si ce n’est que le résultat s’avère nettement moins probant et induit une nostalgie. En y réfléchissant, c’est peut-être ce que recherche la saison, à savoir miser sur les sentiments du public en essayant de lui rappeler le bon vieux temps et l’appréciation qu’il peut avoir des personnages. Avouons que l’excentricité ambiante, les répliques ciselées et incisives, la comédie burlesque, la chouette bande-son et la réalisation soignée fonctionnent toujours et empêchent d’être trop critique. Justement, l’humour est mieux maîtrisé cette année, même si la série se caricature régulièrement et joue quelque peu la carte de la facilité. Tout y est très stupide et presque vide de contenu.

Alex ayant subi une greffe du poumon, il se retrouve sans surprise doté d’un nouveau pouvoir. Si celui-ci est, sur le papier, somme toute assez banal, il est en réalité extrêmement fantasque. Effectivement, le barman détient désormais la possibilité de voler les habiletés, mais il ne peut le faire n’importe comment. Pour cela, il doit avoir des relations sexuelles avec la personne – ou l’être vivant, si l’on souhaite être plus précis – en question. Bien sûr, tout ceci induit moult rebondissements truculents et l’empêche de faire ce qu’il désire comme ça l’arrange. Quoi qu’il en soit, après une pirouette scénaristique ridicule, le jeune homme se voit contraint d’arborer le costume orange et de se ranger parmi ses compères que sont Rudy, Jess, Finn et Abbey. Jusqu’à présent, Alex était fade et ne dégageait aucune once attachante. Cette saison se rattrape grandement. Si le personnage en tant que tel est parfois irritant pour son dédain et son détachement, il évolue progressivement et s’humanise grâce à son don sorti de nulle part. Sa dynamique explosive avec Finn est également assez drôle et agréable, les deux ne faisant que se chamailler tels des chats et chiens. Les huit épisodes essayent de s’attarder sur la galerie de bras cassés et de les mettre en avant, ce qui est une excellente chose. Malgré leurs disputes fréquentes, une vraie amitié s’installe entre eux et se révèle communicative.

S’il est indiscutable que les protagonistes n’ont pas le charme de ceux des premières saisons, ils se montrent enfin distrayants. Au détriment du reste, chacun a le droit d’être un tout petit peu favorisé, avec plus ou moins de succès. Ce sont surtout les relations entre eux qui valent le détour. Les deux versions de Rudy sont encore plus complémentaires et touchent chacune à leur manière ; soit dit en passant, la découverte sur leur père aurait mérité davantage d’exploitation. D’un côté, Rudy 1 tombe sous le charme de Jess et, de l’autre, Rudy 2 rêve de grandeur et d’indépendance. L’amitié entre Finn et Rudy 1 figure également dans les réussites de la saison, surtout que l’espèce de triangle amoureux vient perturber leur quotidien, risquant de chambouler au passage l’affection qu’ils se portent mutuellement. Concernant Finn, justement, il erre, l’âme en peine, espérant découvrir l’amour un jour ou l’autre. Il pourrait presque le trouver avec l’agent de probation, toujours fort particulier et inquiétant. Lui aussi a le droit d’être un tout petit peu exploré et parvient peut-être bien à rompre le fameux sortilège entourant son poste. Insérée précédemment comme un cheveu sur la soupe, l’amnésique Abbey est à l’origine d’une jolie surprise, mais une fois celle-ci éventée, elle reste plutôt dans l’ombre des autres. L’écriture est dans tous les cas souvent anecdotique et illogique tant elle part dans tous les sens.

Contre toute attente, la saison injecte un fil conducteur au sein de son intrigue presque anémique : la naissance de vrais superhéros et l’impact d’un groupe de soutien. À travers des pulls prophétiques, le désarroi de Rudy 2 qui a un grand besoin de parler et de se détacher de son double, elle amorce un certain nombre de thématiques a priori enthousiasmantes. Les pouvoirs sont enfin à l’honneur après la débâcle passée, mais, malheureusement, tout demeure à l’état embryonnaire. Les enjeux ne sont pas clairs, les retombées d’un évènement ne sont jamais développées lors des épisodes suivants et tout y reste très mécanique et artificiel. Que le cadre ait toujours été en vase clos, sans interaction avec le monde extérieur, n’est pas dérangeant. En revanche, pour ne pas endormir le téléspectateur, il est important de bouleverser les fondements et de ne pas se contenter du strict minimum. Misfits oublie de créer une vraie ambiance où la tension et le suspense s’associent à un soupçon d’aventures épiques. En définitive, il manque une étincelle digne de ce nom. C’est peut-être l’un des majeurs reproches du final, même s’il laisse sur une note positive grâce à sa bonne humeur, ses nombreux clins d’œil et son énergie.

Pour conclure, la cinquième et dernière saison de Misfits remonte sensiblement le niveau de celle qu’elle suit. En dépit d’histoires peu creusées, routinières et répétitives par rapport à ce que la production a déjà pu proposer par le passé, elle parvient étonnamment à amuser et à distraire convenablement. Pour cela, bien que le fil rouge amorcé soit mal mené, elle remet enfin les pouvoirs au centre du récit et délivre le portrait d’un groupe de compères loufoques devenus progressivement attachants par leurs faiblesses et les dynamiques les liant. Certes, les épisodes se rapprochent plus d’une autoparodie brouillonne que d’une fiction bénéficiant d’un scénario solide, mais en la regardant comme ce en quoi elle s’est transformée, c’est-à-dire une série légère et ridiculement absurde, elle ne déçoit pas. Si sa route a été mouvementée, Misfits aura su conserver jusqu’au bout une grande cote de sympathie, notamment en raison de sa singularité haute en couleur.


2 Comments

  1. Caroline
    Shermane• 1 octobre 2014 at 22:22

    Malgré les aléas qu’a connus cette série, j’y reste attachée.
    Tous les bons ingrédients sont là, c’est juste qu’on ne sait pas où on va, et les scénaristes aussi ont l’air de naviguer à vue.
    Ça reste une série que je recommande aux gens qui veulent qqch de différent ou qui aiment la provocation et être choqués.
    Petit HS : Iwan Rheon est aussi génial dans Misfits que chiantissime dans Game of Thrones.

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    • Caroline
      Caroline• 1 octobre 2014 at 23:48

      Tout comme toi, je garde une grande affection pour cette petite série au demeurant sympathique. Je ne regrette pas du tout de lui avoir donné sa chance, surtout que les premières saisons sont vraiment réussies.

      (Ah, possible pour Iwan Rheon ; je n’ai pas encore regardé la dernière saison de Game of Thrones. De ce que j’ai vu avec lui jusqu’à présent, eh bien je n’ai pas grand-chose de spécial à dire si ce n’est que son personnage tourne un peu en rond.)

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