Pour une série française, Fais pas ci, fais pas ça ferait presque figure d’exception dans le paysage télévisuel tant elle séduit grandement le public, mais aussi parce que depuis quelque temps, ses saisons sortent régulièrement. Il devient tellement fréquent de devoir patienter des années entre chaque nouvelle salve d’épisodes que l’on ne peut que s’étonner positivement. Quoi qu’il en soit, la sixième saison des aventures des Bouley et des Lepic, constituée de huit épisodes de cinquante-deux minutes, fut diffusée sur France 2 entre octobre et novembre 2013. Une septième est déjà en cours de route et ne devrait plus trop tarder à arriver. Aucun spoiler.

Malheureusement, la saison cinq s’avérait médiocre en raison d’intrigues poussives et d’une surenchère quasi constante, la fiction favorisant alors le sentimentalisme et les scènes loufoques. Le charme naturel et l’humour corrosif des débuts ne semblaient être qu’un lointain souvenir. Certes, envoyer Fabienne au Canada rompait la fluidité du tout et n’arrangeait probablement rien au problème. La sixième a-t-elle réussi à rectifier le tir ? Après tout, la série commence à vieillir et ce n’est jamais aisé pour n’importe quelle production que de parvenir à se renouveler, tout en gardant son identité et ce qui a pu plaire au public jusque-là. Plutôt que d’entretenir un suspense artificiel, autant confesser immédiatement que, non, Fais pas ci, fais pas ça ne s’est pas réveillée et paraît poursuivre son insidieuse chute, comme si la source créative s’était tarie. Les situations s’enchaînent et cumulent lourdement le burlesque et le ridicule, les développements sont bien maigres, et le résultat ne se veut guère convaincant.

 

Tiphaine et Christophe s’apprêtant à se marier, ils envisagent de rapidement quitter le nid familial pour construire le leur. D’ailleurs, ils s’y mettent plus vite que prévu puisque la jeune femme est… enceinte ! Cette nouvelle constitue le principal arc de cette saison, d’autant plus que la grossesse conditionne ici de nombreuses réactions. Contre toute attente, celles-ci ne sont pas exactement celles que l’on pouvait attendre dans le cas de quelques personnages. Le traitement de cette intrigue souffre d’incohérences, l’attitude de Fabienne étant probablement un exemple concret. Sinon, le couple mêlant les deux cellules voisines n’apporte pas grand-chose et se contente de rester dans le carcan des mariés apprenant à se supporter pour le meilleur comme pour le pire. Tout y est devinable et ronronnant, bien que quelques scènes sauvent les autres – Christophe au restaurant d’Ikea en est la parfaite représentation. Du côté des Lepic, Renaud s’écroule sous le travail alors qu’il devrait justement pouvoir souffler, lui qui avait refusé sa précédente promotion. Naturellement, son absence au sein du domicile conjugal est remarquée, surtout que Fabienne est tout autant occupée avec de multiples projets municipaux. Distants, ils ne communiquent plus et l’écart se creuse. Quant à leurs enfants, seule Charlotte dispose d’un semblant d’éclairage étant donné sa grande révélation que l’on supposait survenir un jour ou l’autre ; tristement, Soline et Lucas ne servent que de faire-valoir. Chez les Bouley, le constat n’est guère davantage réjouissant et bien trop redondant. Valérie et Denis s’empêtrent de nouveau tous les deux dans leur emploi et se retrouvent rapidement débordés. La première cherche sa voie professionnelle et le second est confronté à un dilemme : appât du gain ou valeurs morales ? Eliott, lui… bonne question ! Il se contente de manipuler les filles et de faire découvrir à son père le fonctionnement du jeune actuel. En d’autres termes, bien qu’il subsiste une ambiance somme toute agréable et une audace appréciable, le fond des intrigues est moribond et peine à se montrer satisfaisant.

 

Parmi les problèmes rencontrés au cours de sa saison six, Fais pas ci, fais pas ça s’axe bien trop régulièrement sur le monde du travail, au détriment de la vie de famille en tant que telle. Si la grossesse de Tiphaine permet d’une certaine manière de retrouver le choc entre les deux méthodes d’éducation, tout y demeure timoré. Avouons par ailleurs que Valérie Bouley se cherchait déjà précédemment et ne change donc absolument pas la donne. Bien sûr, de nombreuses répliques percutent toujours autant et le charme des héros fonctionne ; c’est qu’on les aime, ces figures hautes en couleur ! De même, des sujets rassembleurs sont présents, comme l’homosexualité, la préparation du mariage, les difficultés à raviver la flamme au bout de plusieurs années, etc. ; or, tout y est tellement moralisateur qu’au lieu d’injecter par la même occasion une dynamique pétillante, le scénario s’épuise et devient bien trop sérieux. Très rares sont les moments franchement désopilants, d’autant plus que les situations grotesques que rencontrent les personnages sortent bien trop de l’ordinaire pour fédérer, voire pour amuser, du fait d’une caricature perpétuelle et de clichés navrants. La série était jadis bien plus inspirée et usait moins de grossières ficelles. Autrement, pour l’anecdote, la saison cultive son identité française et multiplie les références à des faits de société ainsi qu’à de nombreux programmes télévisés : Downton Abbey, Dexter, Game of Thrones, Top Chef, Rendez-vous en terre inconnue… Ce procédé est a priori agréable, mais il sonne ici forcé et artificiel. À l’instar des années passées, les invités se pressent également au portillon. Zabou Breitman campe la nouvelle patronne de Denis ; névrosée et autoritaire, elle n’a pas fini d’en faire voir de toutes les couleurs au pauvre simplet coach. Marthe Villalonga porte les traits de la grand-mère décédée de Fabienne, elle qui revient d’entre les morts pour aider à sa manière sa petite-fille assez morose.

Pour résumer, la sixième saison de Fais pas ci, fais pas ça est tout aussi décevante que la précédente. Au lieu d’allier légèreté, subtilité, humour rafraîchissant et authenticité, elle préfère s’attarder avec caricature sur le monde professionnel des adultes et s’orienter vers une approche moralisatrice et, sans grande surprise, ennuyante. Ces nouveaux épisodes oublient au passage de parler des deux familles et de se révéler bon enfant. En d’autres termes, le public a toutes les raisons de soupirer devant ces intrigues récurrentes peu inspirées, écrites avec une certaine paresse, trop souvent absurdes et ne faisant en prime même pas s’esclaffer. D’ailleurs, ce dernier écueil est peut-être le plus triste ; la fiction n’est plus à l’origine de fous rires et d’enthousiasme. Bien sûr, l’ensemble se regarde sans souffrir, mais l’amusement passé est tellement loin qu’il y a de quoi se montrer nostalgique et de se plaire à rêver que la suite remonte la pente. Finalement, il est fort possible que Fais pas ci, fais pas ça soit arrivée au bout de ses idées…
Bonus : Rappelons l’existence de la web-sérieFais pas ci, fais pas ça : Quand les parents sont pas là !, ayant été agrémentée juste avant la diffusion de cette saison de dix épisodes inédits.