Samurai High School | サムライ・ハイスクール

Par , le 10 octobre 2014

À défaut de nous plonger aujourd’hui dans un jidaigeki, nous allons tout de même nous attarder sur un guerrier japonais assez particulier grâce à Samurai High School. Rapidement évoquée lors de son arrivée à l’antenne, cette série est composée de neuf épisodes diffusés sur NTV entre octobre et décembre 2009. Seul le premier d’entre eux dispose de quinze minutes supplémentaires en plus des quarante-cinq habituelles. La scénariste, Inoue Yumiko, est à l’origine de fictions radicalement différentes comme Engine, Shiawase ni Narô yo, Pandora14 Sai no Haha ou bien Shiroi Kyotô. Aucun spoiler.

Mochizuki Kotarô est un lycéen poltron et gaffeur. Il passe plus de temps à s’apparenter à un idiot paresseux qu’à travailler et tenter de s’améliorer. À la suite d’une visite dans une sorte de librairie très particulière, il découvre qu’il partage le même nom qu’un vigoureux samouraï ayant vécu 400 ans plus tôt, et mort alors qu’il n’était encore qu’un adolescent. Les surprises ne s’arrêtent pas là, car l’esprit de ce fameux combattant est propulsé comme par enchantement dans le corps du chétif Kotarô dès que celui-ci se trouve en mauvaise posture. Forcément, les quiproquos et bêtises en tous genres n’ont pas fini de s’enchaîner !

     

Ayant un faible pour les fictions mettant le passé à l’honneur et celles employant les voyages temporels, Samurai High School se devait d’arriver sur mes écrans un jour ou l’autre. Bien sûr, compte tenu du synopsis et de la tonalité choisie, il est évident que cette série n’envisage pas de chercher un quelconque réalisme. Le but de cette production est probablement de faire rire et de détendre en bonne compagnie. Que le héros soit momentanément possédé par un individu au final assez mystérieux n’est qu’un accessoire utilisé pour maximiser le potentiel comique et moralisateur. Mine de rien, tout en suivant les codes propres au genre extrêmement balisé qu’est celui du monde scolaire, Samurai High School détenait l’opportunité de s’avérer rafraîchissant, décoiffant et définitivement divertissant. Malheureusement, outre l’absence totale d’un quelconque risque scénaristique, cet ensemble se veut la plupart du temps poussif, plat, sans aucune vigueur et très peu drôle. La majorité des acteurs cabotinent à outrance, les clichés s’amoncellent, les répétitions parasitent une intrigue déjà anémique et le sentimentalisme s’offre une place de choix au sein d’épisodes bancals par ce mélange approximatif de blagues et de drames.

Kotarô est un adolescent presque comme les autres, à l’exception que son corps est depuis peu investi par l’esprit d’un samouraï digne de ce titre. Pourtant, lorsque l’on rencontre le lycéen, le moins que l’on puisse dire est qu’il ne donne pas l’impression d’avoir inventé la poudre. Paresseux, jouant volontairement à l’imbécile pour pouvoir encore plus tirer sur la ficelle, il est désespérant. Personne ne lui demande jamais quoi que ce soit puisqu’il est évident que l’on ne peut compter sur lui. Il préfère grimacer, dormir et passer pour le nul de service. Forcément, ce n’est donc pas étonnant qu’il se fasse régulièrement embêter, voire racketter par des filles intraitables. Quant à son futur, il s’en fiche royalement. Pour parfaire son portrait, le scénario le dote d’une naïveté irritante et d’un ton plaintif constant. Miura Haruma lui offrant ses traits n’est pas un acteur que l’on peut qualifier d’exceptionnel et ce n’est pas ici qu’il prouve le contraire. Son Kotarô est extrêmement pénible et n’est jamais attachant. Forcément, le fait que le comédien endosse un autre rôle n’est pas en sa faveur et il peine à se montrer convaincant, bien qu’il soit probablement meilleur en tant que guerrier d’un siècle lointain. Certes, les deux faces de ce corps sont aisément différenciées, ce qui est au moins un point positif non négligeable. D’un côté se situe le modèle branlant et, de l’autre, il y a le séduisant très rigide. À ce sujet, la caractérisation de l’ancêtre est écrite avec aussi peu de finesse que la version moderne, et illustre un jeune homme engoncé dans ses principes moraux. Bref, arrive un jour où l’identité de Kotarô passe en retrait, permettant au samouraï de rayonner. Ses moments de gloire ne sont pas anodins et surgissent dès que le héros se trouve en situation de faiblesse : congénères qui l’embêtent, grand méchant prêt à le taper, etc., les circonstances ne manquent pas dans l’existence de cet adolescent ! Tout est figé dans la roche et la cohabitation forcée ne délivre pas de franche évolution d’un côté comme de l’autre.

Les surprises sont quasi absentes au sein de cette série tant chaque épisode se déroule sur un schéma identique répété ad nauseam. Kotarô traîne ses savates, est confronté à une embûche souvent ridicule et sortie de nulle part, le samouraï décide de montrer son visage, se dote d’une couette irrésistible, résout la situation à coups de balai – forcément, il n’a pas pu transporter son katana dans ce voyage temporel ! –, personne ne comprend pourquoi Kotarô change de psychologie comme de chemise, le guerrier collectionne les réactions peu communes, il croise une fille et, paf, tout revient subitement à la normale. Point. Afin de combler le vide entre son début et sa fin, l’épisode comporte également plusieurs caractéristiques tout aussi redondantes et se limitant à l’ajout de personnages secondaires ne servant strictement à rien, si ce n’est à diluer au maximum le récit. Il faut dire que les clichés présents en masse n’aident pas une seule seconde à intéresser. Par exemple, Nakamura Tsuyoshi, le meilleur ami extrêmement peureux joué par Shirota Yû (Arakawa Under the Bridge, Hanazakari no Kimitachi e), est tellement ridicule qu’il donne envie de lui tordre le cou. Nagasawa Ai, la collègue féminine incarnée par An, est peut-être encore plus agaçante en raison de son côté miss vertu. À côté d’eux gravitent l’ex-voyou devenu policier de quartier et étant surtout simplet (le charmant Kaneko Nobuaki – Buzzer Beat, QP), la sœur cadette critique, mais aussi les profs siphonnés ou pétris de préjugés changeant subitement du tout au tout en fin de parcours. Heureusement subsiste le père du héros (Kishitani Gorô) qui, bien que rêveur, rafraîchit considérablement l’ensemble, notamment grâce à ses petits délires. Acceptant les incohérences de son fils comme si de rien n’était, il participe même à la folie douce ambiante. Sinon, naturellement, la fiction est l’occasion de côtoyer des visages plus ou moins connus dans des rôles moyennement inspirés : Kaku Kento (Asukô March!, Tumbling) en rival caricatural, Yanagishita Tomo (Tumbling) comme élève transparent, Ichikawa Mikako en enseignante vigilante, Hamada Gaku, Wakaba Ryûya… En d’autres termes, il n’y a rien de neuf dans ce Samurai High School.

Ce qui est surtout dommage, finalement, c’est que la série n’utilise pas son rebondissement original et ne tire profit de tout ce que le scénario aurait pu proposer. Plutôt que de multiplier les quiproquos de manière piquante, de privilégier le chemin initiatique de Kotarô en le montrant progresser au fil des embûches, ou d’expliquer le pourquoi de la présence du samouraï, le j-drama s’empêtre dans des histoires vues et revues. Par ailleurs, tout est tellement étiré que chaque scène se transforme en ennui, les dialogues plombant davantage le tout pour leur manque de spontanéité. Condensé, ce renzoku aurait été bien plus efficace et aurait moins souffert de son absence totale d’originalité. La dynamique du trio principal, l’amourette, la déférence inspirée par le samouraï ne sont pas esquissées. En conséquence, l’ensemble donne l’impression de picorer à droite et à gauche et d’être un patchwork de productions du même genre du style de Gokusen et de My Boss, My Hero. Les valeurs si chères aux Japonais que sont l’amitié, le dépassement de soi, le travail, le respect et la fidélité sont appuyées de manière peu subtile, au cas où le téléspectateur ne comprendrait pas que quiconque doit suivre ces principes moraux à la lettre pour mieux s’épanouir. Il est donc plus qu’évident que la série passe à côté de son potentiel et, de surcroît, cumule les écueils inhérents à ce type de fiction phagocytant de trop le monde de la télévision japonaise. La réalisation n’apporte pas non plus une quelconque plus-value étant donné qu’elle se révèle banale. Découvrir des extérieurs déjà vus dans Futatsu no Spica est possiblement le plus amusant. Autrement, la bande-son composée par Kanno Yûgo (Innocent Love, Engine, Last Christmas) est assez sympathique avec son mélange de tonalités anciennes et d’autres plus contemporaines, dont du rock.

En définitive, Samurai High School s’apparente à une énième série se déroulant dans le milieu scolaire et répétant à outrance le même canevas. Malgré son idée de départ plutôt enthousiasmante et propice aux développements absurdes et rigolos, elle préfère s’empêtrer dans une morale douteuse et de bons sentiments à profusion. Où sont la folie, l’extravagance et les séquences imaginatives ? À la place, le héros est stupidement pénible et geignard, son apprentissage n’a pas le droit d’être exploré finement, les personnages ressemblent à des poupées sans âme, les relations entre eux ne sont guère croquées, l’interprétation s’embourbe dans le surjeu et, qui plus est, l’humour est surtout extrêmement lourd ou inexistant. Le j-drama n’est en somme pas fondamentalement mauvais et, à condition d’espacer le visionnage, se regarde sans trop de douleur ; il est surtout insipide et peu divertissant. Il est peut-être à réserver aux amateurs de Miura Haruma puisqu’il y est à son avantage à partir du moment où il endosse le costume du samouraï rigide. Les autres passeront sans aucun regret leur chemin devant cette production convenue.


2 Commentaires

  1. Kerydwen
    makichan• 10 octobre 2014 à 14:20

    Je n’ai jamais réussi à dépasser le premier épisode que je n’ai même pas vu en totalité (plutôt des petits bouts par ci par là). Ce n’est pas la présence de Tomo et celle de Miumiu (qui me fait toujours son petit effet) qui ont réussi de me convaincre de le finir pour le moment.

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 10 octobre 2014 à 21:38

      Quand j’ai aperçu Tomo, j’ai immédiatement pensé à toi ; je me doutais que tu avais au moins dû tenter cette série :D. Tu ne seras donc pas étonnée si je ne t’incite pas du tout à la continuer… En plus, ce n’est pas ce qu’on voit de ton chouchou qui permet d’atténuer les défauts.

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