Ueno Juri to Itsutsu no Kaban | 上野樹里と5つの鞄

Par , le 13 octobre 2014

Cela faisait tellement longtemps qu’Ueno Juri n’avait pas eu sa minute de gloire sur Luminophore qu’aujourd’hui, nous allons la mettre cinq fois à l’honneur ! Entre septembre et octobre 2009 est sortie sur WOWOW une série assez particulière s’apparentant à une sorte d’anthologie : Ueno Juri to Itsutsu no Kaban, soit Ueno Juri et les cinq sacs. Sans grande surprise, elle est composée de cinq épisodes, chacun durant vingt-cinq minutes. Sur la forme, elle se rapproche grandement de Camouflage avec Aoi Yû, passée sur la même chaîne en 2008. Aucun spoiler.

Je pense que les gens sont comme des sacs. Nous y rangeons soigneusement des choses importantes. Comme les paroles de quelqu’un, les sourires de quelqu’un, l’odeur de quelqu’un. Les gens sont comme des sacs. Les cinq sacs qu’Ueno Juri a rencontrés. Cinq capacités. Ueno Juri et les cinq sacs. Qu’a-t-elle mis dans son sac ? Mais personne ne peut en faire ouvrir ce sac (sic).

Les cinq épisodes d’Ueno Juri to Itsutsu no Kaban commencent d’une manière similaire malgré un scénariste et un metteur en scène différents. Sur une musique assez truculente, une voix enfantine récite le petit texte ci-dessus. Et, cela en français s’il vous plaît. L’adjectif qualifiant le mieux cette production est peut-être expérimental. Effectivement, les chapitres se suivent, ne se ressemblent pas si ce n’est qu’ils sont difficiles à apprivoiser pour leur étrangeté. Ils sont à l’image de leur interprète principale, elle qui prouve depuis le début de sa carrière sa versatilité. Capable d’illustrer de multiples facettes, elle démontre de nouveau l’étendue de son talent. Les courts récits dépeints dans cette fiction sont indépendants et n’ont clairement rien à voir les uns avec les autres. Toutefois, ils ont tous pour point commun la présence d’un sac, d’un contenant ayant un rôle plus ou moins important dans le développement de l’intrigue. Ce liant est parfois ténu, mais dans la troisième histoire, il prend vraiment toute sa valeur. À noter que la chanson de fin, Kaban no Banka, est fredonnée par Ueno Juri.

     

Dans la fille à l’étui de guitare, une jeune femme s’appelant Ueno passe la plupart de ses journées à chanter dans la rue, accompagnée de son instrument. Avec son look moyennement inspiré, son attitude assez fuyante, elle n’attire pas les regards. Cependant, une série de vols à la Robin des Bois amène un policier joué par Arai Hirofumi à la suspecter. L’épisode est très lent, offre une place de choix à la musique et paraît au départ assez plat en raison de son scénario bien trop linéaire. Or, contre toute attente, la conclusion se révèle extrêmement surprenante et dégage une profonde tristesse contrebalancée par une joie de vivre.

Espoir. Yamano Miyuki se retrouve cloîtrée toute la journée, voire la nuit, dans un petit studio d’animation où elle dessine, dessine, dessine. Sur sa table lumineuse, avec son casque audio enfoncé sur les oreilles, elle ne s’arrête jamais. Si sa passion doit être probablement présente, elle est arrivée au stade où tout devient surtout mécanique. Le fait que son supérieur et ses collègues la méprisent n’arrange pas la situation. Le soir où un flirt l’envoie méchamment sur les roses, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Ironiquement, cela est à prendre au pied de la lettre puisqu’elle renverse du café sur sa feuille. Dépitée, elle décide d’aller acheter quelque chose au distributeur. Sauf qu’en empruntant l’ascenseur, elle se voit coincée à l’intérieur. Elle a beau appeler, personne ne l’entend. La panique s’installe, le désespoir surgit, la colère suit et, enfin, Miyuki se résigne. Des cinq épisodes, celui-ci est sans conteste le plus particulier et le moins accessible. En ressemblant à un huis clos, il joue beaucoup sur son ambiance et son côté presque contemplatif. Doté d’une musique enivrante, il envoûte et fascine pour son esthétique. D’ailleurs, la photographie participe à ce travail via ses teintes froides, puis chaudes.

Avec le voisin de mon voisin, Akira, Akiyama Misuzu découvre avec surprise qu’une ancienne de ses voisines du temps où elle vivait à la campagne, Akira, est venue lui rendre visite à Tôkyô. Cette arrivée ne déplaît pas réellement à la jeune femme, mais elle tombe à un moment assez peu propice. En couple avec un homme bien plus âgé qu’elle et que ses parents ne tolèrent pas, Misuzu apprend qu’elle est possiblement enceinte, et hésite entre garder ce bébé ou avorter. Akira, elle, ne comprend pas tout du haut de sa dizaine d’années et admet assez difficilement de voir celle qu’elle admire se détacher peu à peu d’elle et changer. Ce récit continue dans la lancée des précédents avec ce rythme très tranquille et une atmosphère douce-amère. Tout en mettant à l’honneur le studio Ghibli, il s’attarde sur la dynamique entre ces deux voisines. Entre jalousie, respect, envie et amour, l’histoire s’avère touchante par sa candeur et cette idée que, finalement, tout évolue bien que cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faille pas s’adapter à ces modifications pour les accepter au mieux.

Ueno Juri est sur la route, avec son manager. Au moyen d’une caméra, l’actrice est filmée alors qu’elle tourne cette série. Elle part ensuite en train se promener on ne sait trop où, affublée d’une perruque et d’horribles vêtements. La mise en abyme s’arrête là et il est compliqué d’affirmer s’il existe une véritable dimension autobiographique. À la campagne, elle vole un vélo, se moque ouvertement de son collègue qui serait amoureux d’elle, arrive dans une école et ne veut décidément pas parler d’un père qu’elle aurait occulté depuis de nombreuses années pour diverses raisons ; elle ne garde avec elle qu’un grand cartable qui, vraisemblablement, aurait appartenu à cet homme. Ce voyage s’apparente à une sorte de parcours initiatique où l’héroïne doit accepter d’aller de l’avant et d’écarter de douloureux souvenirs encore trop vivaces. Filmé à l’épaule, l’épisode est assez désagréable à suivre pour peu que l’on ne soit pas amateur de ce genre de réalisation. Qui plus est, il est nécessaire d’attendre la toute fin pour comprendre où le scénario désire nous emmener, et pour que les émotions commencent à surgir, toujours teintées de cette amertume lancinante.

Soudain, un matin, Hinata… elle se réveille en retard, touche un courrier, part au travail où elle est réprimandée pour son manque d’entrain. Sauf qu’elle l’est, motivée ! Elle adore cuisiner et aimerait pouvoir progresser. En revanche, ses oreilles la gênent depuis peu, ce qui l’empêche d’être totalement concentrée. Le soir, en quittant le restaurant, elle reçoit un appel d’Ayumu (Hamada Gaku), un proche ami resté en province souhaitant savoir si elle a ouvert le paquet qu’il lui a envoyé. Non, elle n’a pas encore pris le temps de le faire et se demande même où elle l’a rangé ! En discutant avec lui, elle se remémore quelques jours avant son déménagement pour Tôkyô. Elle rêve de devenir depuis tellement longtemps chef en cuisine française… Soudain, un matin, Hinata… elle se réveille en retard, touche un courrier et… ses journées se répètent ! Toutefois, certains évènements sont totalement opposés. Ayumu débarque, par exemple. Hinata se pose beaucoup de questions sur ses désirs, sur la possibilité de les accomplir et de découvrir si elle n’est pas naïve. Au sein de ce chapitre prônant la simplicité, l’histoire se dote d’une atmosphère chaleureuse, un tant soit peu fantastique et définitivement mignonne en fin de parcours. Les liens entre individus sont de nouveau croqués avec tendresse, et l’amitié ainsi que la peur de perdre les êtres chers une fois que l’on est séparé sont mises en avant.

Pour conclure, Ueno Juri to Itsutsu no Kaban s’apparente à une anthologie créative probablement trop brève pour laisser une trace indélébile. Les épisodes sont de qualité assez homogène, disposent tous d’idées intéressantes amenées avec finesse, mais celles-ci auraient mérité davantage d’approfondissement. Par conséquent, le visionnage se révèle d’une certaine manière assez frustrant, car l’on aurait souhaité en apprendre davantage. Les thématiques sont finalement assez similaires et abordent le passage à l’âge adulte, l’accomplissement, les déménagements et les relations longue distance. Malgré tout, l’ambiance inqualifiable, l’identité propre de chacune des histoires, la réalisation soignée, la parfaite intrication de musiques et de chansons, la composition solide de l’actrice phare, et le côté truculent couplé à une mélancolie toujours latente font régulièrement mouche. Ne nions pas non plus que le fait que le français et la France soient autant mis en avant est très agréable. En définitive, en dépit de ses faiblesses, cette série atypique et réflexive est à voir par les fans d’Ueno Juri ainsi que par les amateurs de fictions différentes des autres.


4 Commentaires

  1. Kerydwen
    Dramafana• 13 octobre 2014 à 13:59

    Tu as raison de mettre Juri Ueno à l’honneur, elle le vaut bien!
    Je vais mettre ce titre de côté mais j’ai une petite appréhension. Certaines de ces histoires sont susceptibles de ne pas me plaire, j’en ai bien peur, mais sait-on jamais… A regarder un jour peut-être.
    Merci pour l’article.

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 13 octobre 2014 à 18:44

      Je peux parfaitement comprendre tes réserves vu qu’il s’agit d’une série particulière sur sa forme, mais également au niveau de son fond. Après, elle a le mérite de se regarder rapidement puisqu’elle ne dure pas longtemps du tout ; au moins, si l’on n’y adhère pas, on a probablement moins l’impression de souffrir ou de perdre son temps :P.

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  2. Kerydwen
    Al• 15 octobre 2014 à 22:30

    Oui, Ueno Juri ! <3 (D'ailleurs, j'ai vu en passant des images d'un Nodame Cantabile coréen et ça m'a donné des envies de revoir la version japonaise. Bref.)
    J'avoue que le concept m'interpelle. Je ne me sens pas du tout l'envie de me plonger dans des séries en ce moment, mais des courtes histoires comme ça, ça pourrait être ce qu'il me faut.

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 15 octobre 2014 à 22:52

      (J’ai entendu parler du remake sud-coréen de Nodame Cantabile et, j’avoue, il me laisse assez perplexe. Je me demande si je vais oser lui donner sa chance un jour ou l’autre.)

      Compte tenu de tes envies du moment – ou ton absence de –, effectivement, cette série pourrait être indiquée d’autant plus qu’outre sa courte durée de vie, elle possède une vraie identité, ce qui est loin d’être le cas de toutes…

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