La créatrice d’Awkward., Lauren Iungerich, ayant quitté son poste de showrunner fin 2013, la troisième saison est la dernière sous ses ordres. Par rapport aux précédentes, celle-ci est doublée puisqu’elle comporte vingt épisodes, diffusés sur MTV en deux temps : d’avril à juin, puis d’octobre à décembre 2013. La chaîne a annoncé récemment que la cinquième année conclurait la fiction. Aucun spoiler.

En étant naturelles, authentiques et rafraîchissantes, les deux premières saisons d’Awkward. se révélaient sympathiques à regarder. Elles n’étaient clairement pas dénuées de défauts et la deuxième pouvait faire craindre une redondance scénaristique, mais elles gardaient malgré tout la tête haute. Avouons que de voir la production disposer d’une saison bien plus longue induisait des interrogations. Est-ce qu’elle ne finirait pas par s’épuiser ? Ce côté subversif et pétillant demeurerait-il aussi prégnant ? La réponse est, malheureusement, plus que limpide dès le début de cette troisième salve d’aventures. Effectivement, autrefois amusante, cette œuvre télévisée se range maintenant parmi les séries pour ados presque poussives pour tant de caricature, d’intrigues répétitives, de morale sirupeuse et de surenchère. Pire, la Jenna jusque-là agréable se transforme subitement en pimbêche insupportable. Toutefois, contre toute attente, la dernière scène se veut davantage réussie et empêche de se montrer trop virulent, peut-être parce que l’on se plaît à espérer que la suite repartira sur des bases saines. Proposer vingt épisodes était vraisemblablement une erreur puisqu’en dépit de dialogues régulièrement percutants et de quelques séquences savoureuses, Awkward. manque d’homogénéité et s’endort dans la routine et les schémas mécaniques.

Les doutes de Jenna étaient déjà assez irritants, mais la deuxième saison semblait se terminer par une décision plutôt définitive. En effet, l’héroïne choisissait enfin son camp et optait pour Matty. Il est donc tout naturel de les voir désormais en couple, bras dessus, bras dessous et, a priori, parfaitement amoureux. Alors qu’une accalmie romantique était attendue, le scénario bouleverse très rapidement cette relation branlante. Jenna s’ennuie. Elle se demande si elle aime vraiment son petit ami et, de toute manière, les étincelles se sont évaporées. Au lieu d’échanger avec Matty pour crever un abcès qui augmente chaque jour, elle s’enfonce dans les cachotteries et blesse tout le monde au passage. Et, forcément, quand Collin (Nolan Gerard Funk), un de ses camarades de cours d’écriture, lui montre de l’intérêt, elle tombe vite sous son charme. Pour faire simple, cet arc omniprésent est catastrophique. Très mal amené, tout aussi pauvrement développé, il use à l’infini. Avant, Awkward. s’amusait des clichés. En l’occurrence, là, elle les multiplie et oublie son second degré d’antan. À la rigueur, que l’adolescente soit émotionnellement confuse se comprend compte tenu de son âge. En revanche, faire preuve d’un tel manichéisme dans la caractérisation des personnages ne s’excuse pas. Par exemple, Collin est au départ somme toute correct, si ce n’est que plus les épisodes s’écoulent et plus il perd en cohérence. N’évoquons même pas les conséquences de ce fil rouge où le sentimentalisme côtoie une douloureuse prévisibilité. En d’autres termes, Jenna et tout ce qui gravite autour d’elle se révèlent inintéressants, voire agaçants, bien que la saison ait pour elle de vouloir bousculer ses fondements. Aussi bizarre que cela puisse paraître, Jenna se fiche royalement que sa meilleure amie sorte avec son ex, mais après tout, nous ne sommes plus à un illogisme près.

Bien sûr, Awkward. n’est pas que Jenna, il existe toute une galerie de figures hautes en couleur susceptible d’améliorer la qualité d’ensemble. Du côté des points qui fâchent siège Ming. La mafia chinoise est une profonde erreur. De rigolote, elle est également devenue moribonde avec ses situations hautement irréalistes et grotesques. Le prof d’écriture, le terrible M. Hart incarné par Anthony Michael Hall (The Dead Zone), ne se trouve pas non plus parmi les réussites. Valerie et Lacey, elles, remplissent le vide de leur mieux. Sadie ennuie parfois en raison du jeu théâtral de son interprète, même si le lien qu’elle entretient avec un charmant jeune homme particulier reste agréable. Il semble dommage que son amitié avec Matty ne soit pas plus exploitée alors que les premiers épisodes les mettent justement tous les deux en avant. Au fait, quid de Matty ? Le bellâtre insipide est bien loin et le personnage montre quelques fêlures intéressantes au cours de l’année. En somme, l’amusement est principalement initié par le tout nouveau couple que forment Tamara et Jake. Fraîchement revenus d’Europe, ils sont collés l’un à l’autre, partagent tout, se chamaillent et sont plutôt mignons dans leur genre. En plus d’être amants, ils sont aussi amis et c’est peut-être pour cette raison que leur dynamique fonctionne efficacement.

En définitive, la troisième saison d’Awkward. s’avère très moyenne. Avec son ton devenu subitement trop sérieux, la série laisse de côté une grande partie de ce qui faisait naguère son sel. Entre les ineptes atermoiements amoureux, l’extrême antipathie et l’indécision légendaire de Jenna, les situations poussives et répétitives, et la multiplication de séquences ridicules, il ne paraît guère étonnant que l’humour et le divertissement ne soient vus qu’en filigrane. C’est assez malheureux de constater que, tout bien considéré, la production adolescente se range dans la masse insipide des fictions apparentées ;  au lieu d’exploiter les clichés, elle se prend les pieds dedans avec lourdeur et morale. Le cheminement final de l’héroïne finit cependant par plaire, amenant à croiser les doigts pour que les prochains épisodes reconquièrent leur naturel et soient moins inégaux.