V: The Series (série complète)

Par , le 25 octobre 2014

Avant de nous attaquer au reboot de 2009 de V, il est l’heure de retourner du côté de la version originale. Reprécisons une nouvelle fois le contexte tant il y a de quoi s’y perdre. V est un ensemble de séries créé par Kenneth Johnson ; il quitta toutefois l’aventure en cours de route pour des divergences d’opinions avec les producteurs. Techniquement, ne devaient exister que deux mini-séries. La première, The Original Miniseries, s’attarde sur l’arrivée des extraterrestres et les débuts de la résistance. Une seconde partie intitulée The Final Battle illustre, comme son titre l’indique, la dernière bataille, à savoir celle supposée conclure le récit. En d’autres termes, il est tout à fait possible de se limiter à ces deux fictions n’en faisant qu’une. Contre toute attente, la chaîne américaine NBC choisit à l’époque de poursuivre l’histoire en proposant une série hebdomadaire entre octobre 1984 et mars 1985. Les audiences s’avérant catastrophiques, elle l’annula au bout de 19 épisodes d’une quarantaine de minutes. Enfin, l’année 2009 fut marquée par le retour des lézards humanoïdes sur ABC, mais ça, nous en parlerons plus tard. Il n’est donc aujourd’hui question que de l’ultime étape de ce V datant des années 1980. Aucun spoiler.

The Final Battle se terminait par la victoire de la résistance et de la Cinquième Colonne. La toxine rouge issue de l’ADN d’un des jumeaux de Robin étant mortelle pour les extraterrestres, ceux-ci quittèrent rapidement l’atmosphère terrestre pour repartir vers d’autres contrées. Quant à Diana, elle réussissait miraculeusement à s’enfuir à bord d’une navette. Bien qu’amenée assez précipitamment, cette conclusion se révélait satisfaisante et offrait à la population humaine une liberté méritée. Souhaitant profiter du succès populaire et critique de V, ce n’est guère étonnant que NBC prît alors le risque de poursuivre le scénario, quitte à proposer n’importe quoi. Oui, car c’est bien le cas, cette unique saison est une véritable calamité. Qui plus est, puisqu’elle a été annulée en cours de route, elle ne dispose pas de fin en bonne et due forme et a le toupet de s’arrêter sur un cliffhanger. Pour sa défense, elle devait normalement se développer sur 26 épisodes ; le scénario du vingtième était déjà écrit (cf. le résumé sur la page Wikipédia), il ne restait plus qu’à le tourner. Étant donné que les visiteurs étaient partis de Terre, il fallait trouver une astuce pour qu’ils reviennent. Pour cela, quoi de mieux que d’utiliser Diana ? Alors qu’elle s’enfuyait précédemment à bord de sa navette, on la retrouve ici en lutte avec Mike Donovan qui parvient à lui faire perdre le contrôle de son véhicule. S’écrasant en plein désert, elle est arrêtée par les forces de l’ordre, jetée en prison et son procès se prépare. Un an s’écoule. Pendant que la lézarde s’apprête justement à passer enfin sur le banc des accusés, elle est kidnappée par Nathan Bates (Lane Smith – Lois & Clark: The New Adventures of Superman), le PDG de la société en charge de la toxine, Science Frontiers. Celui-ci espère obtenir des informations fiables de la part de l’extraterrestre en échange d’un traitement de faveur. Sans grande surprise, Diana s’échappe et finit par découvrir un moyen de contrer les effets qu’a la toxine sur ses congénères. Nécessitant des températures assez fraîches pour subsister dans l’air, cette molécule perd de sa force dans les territoires au climat plus chaud, comme Los Angeles, l’Amérique du Sud, etc. Les visiteurs réapparaissent en masse, s’installent à des points stratégiques et reprennent leurs opérations initiales. Le monde est donc coupé en deux, avec des zones envahies, et d’autres, libres. La résistance n’a pas d’autre choix que de se reformer et de batailler. La situation est peut-être encore pire qu’avant tant ses membres sont obligés de lutter également contre Nathan Bates et la multitude de collaborateurs.

De la subtilité initiale de V il ne reste plus grand-chose avec cette saison raccourcie. Les épisodes se succèdent, se ressemblent sur la forme en dépit d’un lien entre eux parfois inexistant, et se révèlent systématiquement soporifiques et plus que médiocres. Outre le ridicule de la pirouette scénaristique pour faire revenir les extraterrestres, les décisions opérées sont consternantes de bêtises, les nuances mises de côté et les personnages ne sont jamais explorés, alors qu’ils auraient justement tout le temps de l’être. De surcroît, l’interprétation est désastreuse, ce qui n’arrange évidemment rien. D’ailleurs, c’est à se demander ce qui est advenu entre les mini-séries et celle-ci puisque les acteurs sont identiques, à l’exception de quelques nouveaux arrivants. À ce sujet, Elisabeth (Jennifer Cooke), la fille de Robin détient une place de choix au sein de l’intrigue principale. Grandissant toujours aussi rapidement, elle se transforme en magnifique femme ne passant guère inaperçue, d’autant plus que ses pouvoirs particuliers se développent par la même occasion. L’enfant-étoile est la clé de voûte de V, celle que tout le monde s’arrache, résistants comme extraterrestres. La majeure partie des histoires de cette fiction se consacre à un jeu du chat et de la souris où Diana court après Elisabeth tandis qu’elle, elle se cache. Afin de pimenter un minimum la situation, quelqu’un a visiblement eu l’idée d’inclure un triangle amoureux compliqué entre Robin, sa propre fille et un jeune homme, Kyle (Jeff Yagher), qui n’est autre que… la progéniture de l’ennemi humain numéro 1, Nathan Bates. Effectivement, V semble clairement préférer le mélodrame à son aspect allégorique de départ. Où ont disparu la fine réflexion et la modernité des propos ? En voilà une excellente question ! Des protagonistes s’évaporent subitement, sans aucune explication, et les absurdités se font omniprésentes. Malgré des atermoiements et de tristes coups du sort supposés intensifier ces aventures grotesques, le récit est d’une prévisibilité douloureuse, surtout que les scènes s’allongent inutilement, augmentant l’ennui du public. Toujours chez les Terriens, Mike, Julie, Ham ou encore Elias (Michael Wright – Oz) multiplient les attaques héroïquement outrancières à l’encontre des reptiles et voient de nouveau leur nombre diminuer progressivement. L’impact émotionnel est nul et l’on souffre devant ces figures désormais fort transparentes. Le constat n’est malheureusement pas davantage satisfaisant parmi les extraterrestres. Diana, plutôt que de garder de sa superbe, finit presque par devenir pathétique à force de se faire avoir en beauté et de persévérer dans ses envies grandiloquentes. Ses plans échouent régulièrement, elle se trouve en mauvaise posture, complote et essaye d’évincer coûte que coûte sa rivale, la blonde Lydia (June Chadwick). Les deux s’amusent à se contrer mutuellement, mais n’y arrivent jamais. Si cette dynamique avait des atouts pour se montrer agréable, elle s’avère principalement ridicule, car trop appuyée et sombrant dans la surenchère. La ribambelle de lézards mâles gravitant autour d’elles n’intéresse pas non plus le moins du monde. Avouons que les coiffures des années 1980 ne sont pas d’un grand secours et ne font que souligner la forme désuète de V. Bien que ces caractéristiques fussent tolérables dans les mini-séries, ce n’est plus du tout le cas ici parce que la qualité a baissé et, surtout, en raison de la vacuité du scénario. Même la Cinquième Colonne – avec Philip, le jumeau de Martin – agace pour son message métaphysique ronflant.

Pour conclure, l’unique saison de la série hebdomadaire V est une catastrophe. Mécanique, poussive, manichéenne et bien trop kitsch, elle ne parvient jamais à convaincre et à impliquer émotionnellement le téléspectateur. Avec ses épisodes répétitifs, ses incohérences, son absence totale de développement des personnages, et sans son contexte inhérent à la résistance et aux réactions face au fascisme, la fiction devient pénible à regarder pour autant d’inepties. Elle est donc plus que déconseillée et se doit d’être oubliée. Seules les mini-séries, et plus particulièrement la première, méritent d’être visionnées. En d’autres termes, V, c’est l’œuvre de Kenneth Johnson, pas la resucée intéressée de NBC.


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