Après plusieurs j-dramas assez moroses ou abordant des sujets moyennement évidents, il me semblait nécessaire de me diriger vers une comédie débridée comme savent si bien le faire les Japonais. Anna-san no Omame se trouvant dans mes cartons depuis un petit bout de temps, c’était l’occasion ou jamais de lui donner sa chance. La meilleure amie de la belle Anna est composée de dix épisodes d’une quarantaine de minutes diffusés sur TV Asahi entre octobre et décembre 2006. Il s’agit d’une adaptation du manga en six volumes du même nom de Suzuki Yumiko. Aucun spoiler.

Momoyama Riri est persuadée d’être une jeune femme magnifique attirant tous les hommes comme des mouches. Elle vit assez mal cette situation, car, comprenez, elle n’a aucune envie de blesser qui que ce soit en refusant toutes ces supposées avances. Lorsque sa meilleure amie, la belle et intelligente Saionji Anna, lui présente son petit copain, Sakagami Kyôtarô, elle s’aperçoit avec effroi que, lui aussi, craque totalement sur elle ! Or, en réalité, elle délire totalement tant personne n’en a rien à faire d’elle, voire ne la supporte pas. À deux doigts de l’étrangler en raison de ses interprétations ubuesques le mettant en mauvaise position, Kyôtarô tente du mieux qu’il peut d’écarter de son chemin cette rêveuse doucement allumée.

Nous sommes d’accord, nombre de fictions nippones frisent le n’importe quoi et sombrent un peu trop régulièrement dans la surenchère. Si l’on y ajoute le cabotinage omniprésent, les réactions extrêmes, les idées abracadabrantes et les rebondissements sortis de nulle part, il y a de quoi avoir envie de taper sa télévision. Contre toute attente, il arrive toutefois que ces mêmes histoires fonctionnent parce qu’elles disposent d’un certain naturel ou d’un je-ne-sais-quoi susceptible d’amuser et de divertir. Ce n’est pas le cas d’Anna-san no Omame. Non, cette série est une abomination méritant d’être cachée durant des siècles et des siècles. Qu’elle emploie un scénario fantasque n’est pas le problème, bien qu’il soit évident qu’il n’arrange rien à l’affaire. Un des nombreux défauts de cette production est son héroïne. Dire que d’aucuns osent la comparer à la truculente Noda Megumi de Nodame Cantabile… quelle honte ! Les deux n’ont rien à voir. Momoyama Riri représente toutes les tares de la Japonaise clichée : niaise, superficielle, multipliant les poses supposément mignonnes, immature, maniérée et parlant avec une voix haut perchée. Cela étant, le fiasco de ce j-drama n’est pas uniquement lié à sa présence puisque tout est bon à jeter fissa à la poubelle. La réalisation appuyée avec les bruitages, la musique d’Umehori Atsushi et la voix off sortie tout droit d’une fable viennent clouer le cercueil. Pourtant, l’ensemble n’est vraiment pas dénué d’idées intéressantes et aurait pu se révéler frais et réjouissant s’il avait daigné faire preuve d’une sensible mesure. Comme quoi la frontière entre l’excentricité pétillante et le vaudeville excessif est plus que ténue.

     

Chaque épisode d’Anna-san no Omame repose sur le même canevas. Riri croit qu’un quidam s’entiche d’elle, elle se lance dans un discours où elle lui explique qu’elle ne peut décidément pas répondre positivement à sa grande ferveur – totalement fantasmée, bien sûr –, finit par tomber comme par hasard sur Kyôtarô et l’embarque dans des aventures tout autant sorties de nulle part. Le pauvre garçon est désespéré parce qu’il n’arrive pas à se dépêtrer en bonne et due forme de la meilleure amie de celle qu’il aime, accepte un peu tout et n’importe quoi pour ne justement pas froisser Anna, et s’en suivent moult incompréhensions, malentendus et quiproquos. Ses collègues de travail – dont deux joués par la superbe Takizawa Saori et Daitô Shunsuke – supposément hauts en couleur participent aux bêtises en tous genres et ne l’aident en rien, même s’ils essayent parfois de le tirer de ce mauvais pas, lui qui s’enfonce de plus en plus. Eh oui, s’il le pouvait, il dirait méchamment à Riri de s’en aller au diable. Cependant, puisqu’elle cohabite avec Anna et que les deux entretiennent une relation fusionnelle, il la voit constamment et ne peut clairement pas être trop expéditif avec elle. Après tout, il n’a pas encore conclu avec sa chérie et rêve de sauter dans le grand bain. Jusque-là, il est bel et bien obligé de se tenir à carreau. Le scénario est profondément itératif, les rebondissements s’enchaînent et se ressemblent, l’humour absurde ne parvenant pas une seule fois à se frayer un chemin vers le public. L’aspect burlesque tombe ici totalement à plat, le comique de répétition ne fonctionne pas face à ces gags éculés, et la paresse de l’écriture accentue cruellement la vacuité d’une intrigue anémique. Finalement, plus l’héroïne braille et agite ses bras, plus la série sombre dans la grandiloquence. Dire que le visionnage en devient douloureux n’est même pas un euphémisme. Qui plus est, les personnages ne sont pas creusés une seule seconde, qu’il s’agisse des principaux comme des secondaires, chacun se limitant presque à une unique réaction au long cours.

L’ennemi numéro d’Anna-san no Omame, Riri, est une véritable écervelée pourrie gâtée certainement dotée d’une personnalité histrionique. En d’autres termes, elle cherche toujours à être au centre de l’attention, prend ses désirs et fantasmes pour la réalité, adopte un comportement théâtral en toutes circonstances et ne sait pas s’exprimer convenablement. Il faut la voir se trémousser, grimacer, parler d’elle à la troisième personne avec une voix de crécelle, pavaner avec des tenues affriolantes et multicolores et faire la moue pour remarquer à quel point elle semble sortie d’un univers parallèle totalement improbable. C’est Becky (Taiyô no Uta) qui offre ses traits à cette jeune femme profondément idiote, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle donne tout ce qu’elle a pour accentuer la caricature permanente. Un retournement de situation lui permet de changer subitement de registre et prouve que cette actrice n’est malgré tout pas si médiocre que ce qu’elle en a l’air… Quoi qu’il en soit, Riri croit comme dur comme fer que tout le monde est charmé par elle. Pour sa défense, sa richissime famille de fous furieux est toujours entrée dans son jeu, ne cherchant jamais à lui ramener les pieds sur Terre. De même, sa meilleure amie, Anna (Anzu Sayuri), continue sur cette lancée et veille à ce que Riri demeure heureuse, la fiction baignant dans une atmosphère sucrée et sentimentale à écœurer un Bisounours. Anna, elle, est tout le contraire de Riri. Jolie comme un cœur, elle reste sur la réserve et ressemble aux Japonaises posées dont beaucoup d’hommes rêvent. À la télévision, elle paraît surtout fade et incompréhensible. Elle pousse par exemple le bouchon jusqu’à supplier Kyôtarô de prendre soin de Riri, afin que celle-ci soit contente. Anna-san no Omame tente d’illustrer la relation entre les deux amies, mais, là aussi, la série ne se révèle pas une seule seconde crédible. Le constat est encore plus affligeant pour la supposée romance entre Anne et Kyôtarô ; on se demande bien pourquoi les deux sont ensemble ! Justement, quid du héros ? Il a beau être incarné par le charmant Kashiwabara Shûji (Yasha, Yume wo Kanaeru Zô, Guilty), ce personnage est bien trop naïf, poltron et crédule pour attirer la sympathie. De toute manière, l’intégralité de la distribution est en roue libre et ne soutient pas cette histoire incontrôlable où la mièvrerie triomphe sur tout.

En conclusion, Anna-san no Omame est une série horripilante donnant immédiatement des frissons d’angoisse ainsi qu’une furieuse envie de meurtre sanglant à l’encontre de son héroïne insupportable. Avec son format grandement répétitif, sa tonalité hyperactive, ses personnages stupides et stéréotypés, son scénario totalement inepte et son interprétation si surjouée qu’elle ne peut qu’effrayer même le plus habitué des comédies surexcitées nippones, elle cumule les tares. Bien qu’il s’avère évident que l’histoire ne cherche pas la subtilité, prône le second degré et souhaite surtout maximiser ses idées délirantes pour prolonger l’amusement, elle est tellement mal écrite et poussive qu’elle ne favorise que l’énervement. Pour être totalement clair, ce j-drama est à éviter comme la peste si l’on désire conserver toute sa santé mentale !