Alors que les séries scandinaves ont le vent en poupe, il aura fallu attendre 2014 pour que Luminophore s’attarde sur une fiction norvégienne. Remercions donc Torpedo pour l’apparition d’une toute nouvelle nationalité. Cette mini-série constituée de quatre épisodes de presque cinquante minutes fut diffusée en février 2007 sur TV2. À noter qu’elle est disponible en France sous le titre Torpille via Eurochannel, directement sur la chaîne ou à la demande. Aucun spoiler.

Malgré son travail d’homme de main, Terje Jonassen mène une vie relativement tranquille auprès de sa femme, Sissel, et de leur fille, Maja. Il tente du mieux qu’il peut de concilier les aléas de son emploi atypique et les attentes de sa famille. Cependant, un jour tout bascule. En rentrant à son domicile après une collecte de dettes ayant tourné au désastre, il découvre son épouse assise sur les toilettes, abattue de sang-froid. Rapidement désigné comme le suspect idéal par la police, il décide de s’enfuir afin de déceler coûte que coûte l’identité du meurtrier. Pour cela, il est prêt à tout.

 

Lorsque l’on pense à la Norvège, on ne s’imagine pas tout de suite des courses-poursuites, des barons de la drogue, des assassinats crapuleux et des malversations en tous genres. Pourtant, le climat de ce pays est propice aux thrillers et, ça, Torpedo le sait. Ce qui marque en premier lieu dans cette mini-série, c’est son ambiance minimaliste distillant graduellement un suspense étouffant et tout particulièrement efficace. Notamment en raison de sa très courte durée, elle dispose d’un rythme enlevé où les rebondissements se multiplient et où la tension va crescendo. Au fur et à mesure que Terje progresse dans ses découvertes, il semble ne plonger que davantage dans les ténèbres, quitte à s’y retrouver piégé. La réalisation participe grandement à l’expérience et insuffle un souffle nerveux communicatif et plutôt exaltant. Les scènes d’action sont d’ailleurs fréquentes et offrent par la même occasion une dynamique musclée, même si certaines séquences – les combats au corps à corps, par exemple – s’avèrent moyennement convaincantes. Quoi qu’il en soit, avec une photographie cultivant l’obscurité, des paysages enneigés et où la lumière du jour se fait discrète, l’âpreté et la froideur de l’ensemble ne font aucun doute. La délicate musique de Nicholas Sillitoe principalement entretenue par quelques accords au piano prolonge cette sobriété devenant presque perturbante. Il n’est guère étonnant que le personnage principal ne sorte pas de ce registre et se montre glacial, bien que non dénué d’émotions.

Autrefois, Terje Jonassen officiait en tant que membre d’un commando. Depuis qu’il a quitté l’armée, il exerce dans le milieu de la pègre et suit les ordres de ses supérieurs lui demandant régulièrement de récupérer des dettes. Méthodique et rigoureux, il exècre la violence gratuite et ne fait jamais de vagues, réussissant toujours à désamorcer toute situation délicate. C’est d’ailleurs pour son doigté et son professionnalisme qu’il est respecté et apprécié parmi ses comparses. Malheureusement pour lui, il fait équipe avec Sebastian (Aksel Hennie – Hodejegerne, un solide thriller avec Nikolaj Coster-Waldau), une tête brûlée qui, malgré sa loyauté, passe trop de temps à consommer des substances illicites. Quand Terje n’est pas en train d’arpenter les rues norvégiennes, il se trouve près de sa famille. Jalousement amoureux de sa belle femme mannequin, Sissel (Rebekka Karijord), il veille à lui faire plaisir et à choyer tout autant leur enfant, la petite Maja. L’anniversaire de cette dernière approche et, au lieu de répondre présent à la mission lui étant attribuée, il préfère laisser Sebastian opérer seul afin de demeurer auprès de sa fille. Or, tout dérape. Outre le fiasco qu’est la récolte de l’importante somme d’argent, Sissel est cruellement assassinée. Par qui ? Pourquoi ? Terje n’en sait rien, mais il est persuadé que Cedomir (Dejan Cukic), le chef de la mafia des environs, y est mêlé. Pendant qu’il confie Maja à Elise (Lisa Werlinder), une grande amie de feu son épouse, il retourne les bas-fonds d’Oslo dans le but de percer la vérité. Ce dont il ne se doute nullement, c’est qu’une fois sa vendetta personnelle engagée, il ne sera plus en mesure de faire machine arrière. Et parfois, certains secrets méritent de demeurer enfouis. Les apparences se troublent d’un brouillard confus, et Terje réalise que son entourage n’est pas toujours tel qu’il croit être…

 

Torpedo est à la fois un cheminement punitif implacable, une quête de réponses, et une descente aux enfers. Terje est omniprésent tout au long de ces quatre épisodes équivalant à quatre journées distinctes, la caméra ne se détachant jamais de son point de vue. Le public suit donc cet individu que plus rien ne semble être en mesure d’arrêter, à l’exception de sa fille qu’il protège tant bien que mal. Si cette figure n’est au départ pas aisée à cerner du fait de son abord quelque peu glacial, elle s’humanise au fur et à mesure que le scénario abat ses cartes et que les ramifications étendent leur toile. À première vue imperturbable, Terje ne peut empêcher ses sentiments de transparaître de-ci de-là, ce qui l’amène parfois à brouiller son jugement. Jørgen Langhelle l’incarnant ajoute à son personnage une rudesse parfaitement calculée et toute en sobriété. Une des forces de la mini-série, outre son atmosphère délétère, est sa grande maîtrise de la narration. En dépit d’un récit somme toute classique et déjà vu à moult reprises, les retournements de situation atténuent aisément la prévisibilité, d’autant plus que rien n’est aussi simple qu’escompté. Chaque épisode se termine sur un cliffhanger donnant envie d’enchaîner avec la suite, Torpedo ayant définitivement compris de quelle manière intriguer et captiver le téléspectateur. Qui plus est, les dynamiques entre les quelques personnages se complexifient, s’entremêlent et gagnent par la même occasion en réalisme. Terje, de son côté, commence à douter de sa femme et de tout ce qu’il s’imaginait qu’elle était. Finalement, la connaissait-il vraiment ? S’est-il fait duper ? Et, surtout, à qui offrir sa confiance dans ce jeu infernal ? La conclusion est à l’image du reste et délivre une note désenchantée s’intriquant parfaitement avec les évènements précédemment illustrés.

En définitive, à travers une histoire de vengeance inapaisable quelque peu éculée, Torpedo propose une intrigue efficace où le suspense, les tromperies et la tension se partagent la tête d’affiche. Tirant parfaitement profit de la dureté du climat norvégien, cette mini-série s’offre une ambiance froidement électrisante où tous les coups paraissent permis. Grâce aux révélations astucieusement dévoilées et aux faux-semblants, ce récit rondement mené s’avère dès lors susceptible de plaire aux amateurs de thrillers nerveux n’oubliant jamais la dimension émotionnelle. Pour la qualité du divertissement qu’elle procure, cette fiction norvégienne est donc chaudement recommandée.