Ne nions pas que la simple association des prénoms de Roméo et Juliette induit probablement chez la majorité des gens une impression romantique. Pour cela, il faut remercier – ou blâmer, c’est selon – William Shakespeare et sa fameuse tragédie. Nombreuses sont les adaptations de cette pièce de théâtre et, forcément, les Japonais ne coupent pas court à la tradition. Toutefois, le 7 avril 2007, NTV a décidé de changer quelque peu la donne en proposant un tanpatsu d’un unique épisode de presque deux heures. Effectivement, Romeo to Juliet ne reprend pas l’histoire des Montaigu et des Capulet puisqu’il ne fait que s’inspirer très largement du drame. Le scénario de cette fiction a été écrit par Inoue Yumiko (Engine, Shiawase ni Narô yo, Samurai High School, Pandora14 Sai no Haha, Shiroi Kyotô, etc.). Aucun spoiler.

L’étudiante Kihira Juri ne croit guère en l’amour éternel et au coup de foudre. Cependant, quand elle rencontre par hasard Morita Hiromichi, elle est bien obligée de revenir sur ses idées. Contre toute attente, leurs familles respectives sont totalement réfractaires à ce qu’ils se fréquentent. La situation se complique davantage lorsque le père de la jeune femme, inspecteur de police, pourchasse un proche de Hiromichi. Les amants réussiront-ils à surmonter les obstacles et vivre pleinement leur romance ?

     

Ayant un faible pour les tragédies shakespeariennes, j’ai été attirée par le simple titre de cette production qui, pourtant, ne disposait a priori pas d’arguments suffisants pour me convaincre. Effectivement, Juri, l’héroïne, est incarnée par la trop régulièrement médiocre Nagasawa Masami (Bunshin, Last Friends). Sans grande surprise, l’actrice propose une interprétation dans ses habitudes ; faisant la moue, multipliant les petites mimiques, elle ne se révèle pas une seule seconde probante et donne surtout l’impression de pavaner plutôt que de camper un personnage. Cela étant, ce manque de naturel ne dépareille nullement puisque l’ensemble de ce tanpatsu souffre d’une absence totalement de subtilité et ne trouve pas son ton, alternant entre humour maladroit, mièvrerie et drame poussif. Le rythme aurait également gagné à être davantage soutenu, la seconde partie se perdant dans des longueurs et dans une propension au sentimentalisme niaiseux. Si la mise en scène est soignée et que la lumière dispose d’une place de choix, c’est tout de même trop peu pour atténuer les importants écueils de cet épisode. Heureusement, en dépit d’être grotesque, la conclusion évite la surenchère tant redoutée.

D’un côté, il y a les Kihira. Juri, la petite vingtaine, passe ses journées sur les bancs de la fac où elle est parfois rabrouée par un professeur joué par Takenaka Naoto (Nodame Cantabile, Taiyô no Uta). En compagnie de ses amies ne servant ici que de faire-valoir, elle semble surtout profiter avec frivolité de sa vie dorée. Elle a néanmoins perdu sa mère au lycée, ce qui l’a grandement rapprochée de son parent restant, Reizô (Miura Tomokazu – Bara no nai Hanaya, Tôkyô DOGS), ayant un poste à responsabilité au sein de la police. De l’autre côté se trouvent les Morita, empêtrés dans les soucis à cause du comportement criminel du père, en fuite depuis de nombreuses années. C’est pourquoi le fils, Hiromichi, a été obligé d’arrêter ses études et de commencer à travailler comme ramasseur d’encombrants. La mère, Tokieda (Tanaka Misako – Umareru.), elle, est clouée sur un lit d’hôpital en raison d’une maladie. Leur situation se veut donc difficile. Le chemin de ces deux familles aurait pu ne jamais se rencontrer, mais c’était sans compter sur le hasard. Juri tombe sous le charme de Hiromichi, et la réciproque est de mise. Pourquoi ? Aucune idée ! Les sentiments ne sont pas une seule seconde développés et le duo que forment ces deux jeunes adultes est d’une platitude à faire peur. Si Nagasawa Masami ne se sent pas concernée par cette histoire, c’est également le cas de son tout aussi fade collègue, le Johnny’s Takizawa Hideaki (Strawberry on the Shortcake, Majo no Jôken). Il ne suffit pas de dire que l’on s’aime et que l’on est prêt à tout pour l’autre pour crédibiliser une dynamique. Dans une fiction, l’amour se construit au fur et à mesure afin de déployer progressivement toute sa valeur et sa profondeur. Comme l’épisode se base sur le tragique récit, y ajouter du pathos est un passage obligé. L’écriture sombre alors dans tous les travers avec des secrets dérisoires et des coïncidences sorties de nulle part.

Pour conclure, Romeo to Juliet s’inspire de la pièce de théâtre éponyme afin de proposer un j-drama artificiel et mécanique dénué d’un quelconque charme. L’humour côtoie avec maladresse le drame, et les non-dits familiaux ridiculisent ce qui pourrait être sauvé. À la rigueur, que les rebondissements soient assez prévisibles et que l’intrigue clichée soit très approximative aurait pu être tolérable si le couple principal s’avérait attachant. Malheureusement, celui-ci ne dégage absolument rien, et il est par conséquent très compliqué d’adhérer à cette relation tant l’alchimie et la crédibilité ont été oubliées. Compte tenu de sa courte durée et de la jolie photographie, le visionnage ne se révèle pas trop insupportable, mais le tanpatsu ne mérite pour autant pas de s’y intéresser.