Eiga Kaibutsu-kun | 映画 怪物くん (film)

Par , le 18 novembre 2014

Personne ne contredira que la probable conclusion de Kaibutsu-kun s’est fait attendre. Enfin, ce n’est pas exact, précisons plutôt que les sous-titres anglais ont mis beaucoup de temps à arriver jusqu’à nous – presque deux ans ! Après la série télévisée et les deux épisodes spéciaux, place au film, sobrement intitulé Eiga Kaibutsu-kun, eiga signifiant film. Ce long-métrage est sorti dans les salles obscures nippones le 26 novembre 2011 et dure un peu plus de cent minutes. Pour ceux qui s’interrogeraient, il peut être regardé indépendamment du reste. Aucun spoiler.

Alors qu’il est à deux doigts de monter sur le trône du royaume des monstres, Kaibutsu-kun ne trouve pas mieux que de se mettre à dos l’intégralité de ses comparses. Vexé et mécontent, il décide de s’enfuir vers la Terre, dans le but de rejoindre ses amis humains. Il est rapidement rattrapé par Franken, Dracula et Wolfman. Sauf qu’au lieu d’atterrir au Japon, il pose les pieds en… Inde ! Naturellement, les choses ne vont pas du tout se dérouler comme prévu.

     

La majeure partie du temps, les tanpatsu et autres films dérivés des j-dramas n’apportent pas grand-chose et se révèlent qualitativement inférieurs aux fictions qu’ils précèdent. Les scénaristes partent peut-être du principe que le public sera davantage tolérant, car il n’aura pas côtoyé cet univers familier depuis une certaine période. Il faut par ailleurs préciser que passer d’un format court à un plus long ne se fait pas aussi aisément que ce que l’on pourrait croire. Sans grande surprise, Eiga Kaibutsu-kun n’évite pas les écueils inhérents à cette pratique. Effectivement, le rythme est assez bancal et l’intrigue ne nécessitait pas d’être autant étirée, d’autant plus que la trame repose sur un schéma totalement analogue à celui répété à outrance dans le renzoku. Ce n’est pas tant que l’on s’ennuie vraiment, mais il existe une baisse de régime vers le milieu qui aurait pu être facilement écartée. De même, l’intérêt de proposer un film et non pas d’intégrer ce récit dans la série est discutable. Quoi qu’il en soit, heureusement, la cinématographie est encore plus soignée qu’auparavant. À condition d’apprécier le style jeu vidéo, cette production a toutes les chances de ravir. Entre les couleurs vives, les effets spéciaux, les décors léchés, les beaux costumes et la minutie apportée à certains détails, le voyage est plus que satisfaisant. La musique d’Izutsu Akio associant jusqu’à présent des tonalités rock à d’autres plus épiques s’offre également des mélodies plus orientales, en raison du cadre. Les héros sont transportés en Inde, ce qui est un plus non négligeable sur la forme, comme sur le fond.

Kaibutsu-kun n’a toujours rien appris de ses leçons, au grand dam de son père qui croyait pourtant qu’il avait mûri. Réalisant que cet être arrogant est proche de devenir leur souverain, les monstres ne sont pas du tout contents et ne se gênent pas pour le lui faire comprendre. Ce n’est donc guère étonnant que le prince s’énerve, insulte tout le monde et refuse de s’excuser, préférant s’envoler en direction des humains. Tout ce qu’il souhaite, c’est manger du curry et retrouver Utako et Hiroshi qui, visiblement, lui manquent. Il saute avec le trio de rigolos habituel sur le dos d’une sorte de dragon-chèvre – similaire à Fuchur/Falkor de The Neverending Story – et quitte son territoire, furieux. Le roi, lui, n’est pas non plus heureux de voir son imbécile de fils faire n’importe quoi et le prive de nouveau de ses pouvoirs. Bizarrement, les compères atterrissent en Inde, où ils sont accueillis tels des héros légendaires. L’ambiance exotique plaît à tous. Les danses se multiplient, la nourriture est délicieuse, le palais est magnifique et tout paraît parfait. Trop parfait. Leur hôte, Vishal (Kamikawa Takaya – Warui Yatsura, Kimi ga Oshiete Kureta Koto), n’est pas aussi humain que ce qu’il laisse penser. Il semblerait même que Demokin soit dans les parages et le manipule, espérant réveiller sa belle et tendre Demorina. Kaibutsu-kun se fiche royalement du peuple et des conséquences que pourraient avoir les malversations de ces créatures, mais il est rabroué par la princesse du pays et son frère, tous deux ressemblant étrangement à Utako et Hiroshi. Les voilà donc lancés dans une aventure riche en rebondissements.

Ce film réutilise toutes les caractéristiques propres à l’univers de Kaibutsu-kun. Se trouvent dès lors au programme beaucoup de mauvaise foi de la part de l’antihéros, des disputes avec n’importe quel quidam, une morale totalement comprise de travers, des batailles ridicules, des habiletés spéciales se réveillant au dernier moment, des méchants risibles bien qu’évitant le manichéisme primaire, du sentimentalisme, énormément de loufoquerie en tous genres, etc. Malgré la répétition évidente, l’histoire tient correctement la route. Déplacer le long-métrage en Inde et esquiver le Japon se révèle une excellente idée puisqu’elle permet d’empêcher trop de redite et, surtout, il s’agit du pays du curry ! Doit-on rappeler l’appétence de Kaibutsu-kun pour ce plat ? Sinon, outre le fond de teint, les personnages abusent désormais du crayon noir sur les yeux et, pour la toute première fois, les habitants du monde des monstres sont représentés. En revanche, il est dommage que les enfants humains réussissent malgré tout à être de la partie tant leurs interprètes sont toujours aussi médiocres. De plus, disposer d’un acteur de la trempe de Kitamura Kazuki (Warui Yatsura) et ne l’utiliser qu’en sorte de garde du corps est presque honteux. Si, si.

En définitive, Eiga Kaibutsu-kun continue sur la lancée de la série télévisée en proposant une aventure initiatique riche en couleurs et en bonne humeur où le prince monstrueux est égal à lui-même. Grâce à une mise en scène réussie et souvent superbe ainsi qu’au cadre renouvelé, le film s’avère non désagréable à suivre et devrait satisfaire sans mal ceux ayant déjà apprécié les histoires précédentes. Bien sûr, rien ne change jamais, tout y est encore une fois plutôt stupide, voire ridicule, mais ce parti pris est tellement assumé que l’on ne peut que sourire devant cette production à destination des enfants.


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