Fort du succès d’I, Claudius dans les années 1970, la BBC décida une décennie plus tard de remettre le couvert avec The Cleopatras. Il s’agit là aussi d’une mini-série britannique s’attardant sur une période plus ou moins longue de l’Antiquité. Composée de huit épisodes de presque cinquante minutes, elle fut diffusée sur BBC2 entre janvier et mars 1983. Actuellement, aucun DVD n’existe dans le commerce, ce qui complique grandement la tâche pour regarder cette production. Aucun spoiler.

Comme son titre l’indique, The Cleopatras a pour cadre l’Égypte et se focalise sur plusieurs Cléopâtre, dont la plus fameuse d’entre elles. La fiction débute en 145 av. J.-C., à travers les tentatives de Cléopâtre II de demeurer sur le trône ; et elle se termine en 31 av. J.-C., quand Cléopâtre VII se suicide après la lourde défaite d’Actium. Avec plus de cent ans à raconter en huit petits épisodes, il va de soi que le rythme a tout pour s’avérer rapide et que l’intrigue n’a guère le temps de s’attarder sur des détails. Ce n’est par conséquent guère étonnant que l’Histoire subisse ici de grandes coupes. Techniquement, tout ceci pourrait ne pas être dérangeant puisqu’il s’agit avant tout d’un divertissement et non pas d’un documentaire. La mini-série repose exactement sur le même schéma que celui d’I, Claudius. Malheureusement, elle semble avoir oublié d’employer des personnes compétentes tant elle s’avère aberrante et poussive.

 

La plupart des épisodes débutent par Cléopâtre VII (Michelle Newell) demandant à son tuteur de lui raconter les aventures de ses ascendants, les Ptolémées. La caméra retourne alors dans le passé afin d’illustrer à travers des flashbacks quelques-unes des principales figures de la dynastie lagide. Ne nions pas que celle-ci est complexe à approcher. Entre les mariages consanguins, les multiples tentatives d’obtenir le pouvoir par la force, les crimes de succession tout aussi omniprésents et les manipulations éhontées, il va de soi que les bouleversements furent prépondérants. En prime, tous ont le même nom – soit Cléopâtre, soit Ptolémée –, d’où l’usage de surnom dans le but de s’y retrouver. Pour résumer, s’attarder sur cette période a de quoi donner le tournis et s’apparenter à une tâche titanesque. Il n’empêche qu’il ne faut pas non plus prendre les téléspectateurs pour des idiots finis en dépeignant des personnages caricaturaux pétris de tous les vices possibles et inimaginables. Bien sûr, ceux-ci commettent maints actes horribles, ils sont également profondément stupides et ne voient jamais plus loin que le bout de leur nez. La caractérisation des protagonistes est inexistante, les relations se tissant entre eux ne riment à rien, l’interprétation est abominable, les réactions n’ont rien de réaliste et, sans grande surprise, l’empathie est totalement absente. Tout est creux et sans une quelconque once de développement, seul le burlesque paraissant être privilégié. À la rigueur, avec cette propension à tout tourner en dérision, l’ensemble aurait pu en devenir parodique et, donc, amusant à suivre. Sauf que, non, ce n’est pas du tout le cas. Tout y est bien trop mauvais pour que l’on puisse un minimum se divertir. Malgré les moult rebondissements, le rythme conserve sa platitude au long cours, se perd dans des longueurs, et métamorphose les épisodes en parfait soporifique – du moins, quand l’énervement pour ce manque de mesure a disparu. Qui plus est, la narration académique et les prises de liberté factuelles ne font qu’accentuer la médiocrité de cette production prônant la surenchère et le voyeurisme. Effectivement, les femmes se promènent perpétuellement les seins à l’air, pour des raisons qui ne doivent vraisemblablement s’expliquer que par la recherche d’une audience intéressée. Comme quoi même dans les années 1980, certains n’hésitaient déjà pas à opter pour une solution de facilité plus que discutable. De toute manière, dans The Cleopatras, l’amateurisme transpire de partout. Les répliques assez irrévérencieuses auraient toutefois pu faire mouche. Outre le fond inepte, la forme l’est tout autant. Tournée sur une scène s’apparentant à un théâtre, il est impossible de croire une seule seconde se situer en Égypte. Ajoutons-y une musique composée par Nick Bicât peu adaptée, des décors anachroniques, un montage kitsch favorisant les effets style kaléidoscope et une réalisation souffreteuse, et il y a de quoi avoir envie d’éteindre sa télévision et de ne plus jamais repenser à cette série. Pour l’anecdote, notons la présence de feu Richard Griffiths (Harry Potter) dans le rôle de l’obèse et machiavélique PotBelly (Ptolémée VIII).

 

En définitive, The Cleopatras ressemble à une horrible farce grotesque tournant totalement en dérision l’Égypte antique et les derniers dirigeants pharaoniques. Plutôt que de tenter d’approfondir un scénario anémique et d’apporter un minimum de véracité historique, elle préfère accumuler avec superficialité les séquences excessives et de nudité gratuite. En plus d’être très mal jouée et orchestrée, cette production pathétique cumule tous les écueils possibles, transformant dès lors le visionnage en véritable source de souffrance. Ne commençons même pas à évoquer les effets visuels totalement improbables. Autant certaines séries méritent grandement de sortir dans le commerce, autant celle-ci se doit impérativement de demeurer là où elle, c’est-à-dire dans les limbes de la télévision.