Hanayome no Chichi | 花嫁の父

Par , le 27 novembre 2014

Si la très majorité des productions télévisées japonaises ont pour cadre Tôkyô, quelques-unes d’entre elles n’hésitent pas à déplacer leurs caméras afin d’illustrer des régions bien plus isolées. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que le tanpatsu Hanayome no Chichi s’est retrouvé dans mes cartons virtuels. Découvrir des lieux méconnus peut se révéler grandement agréable, surtout lorsque cela se fait en sympathique compagnie. Cette très courte fiction – dont le titre se traduit approximativement en le père de la mariée – est composée d’un unique épisode de 104 minutes ayant été diffusé sur TBS le 8 janvier 2012. Aucun spoiler.

Veuf depuis de très nombreuses années, Hoshino Satoshi a élevé seul sa fille, Mine, dans une commune de la préfecture de Niigata. Son travail fut d’autant plus difficile que celle-ci est sourde-muette. La surprotégeant vraisemblablement un peu trop, il accepte assez laborieusement de la voir fréquenter un jeune homme entendant habitant en ville…

     

Les histoires traitant de la relation entre un père et sa fille sont finalement assez rares au sein du petit écran nippon. Qui plus est, lorsqu’elles sont mises en avant, elles sont souvent dysfonctionnelles et sources de véritable malheur. Le fait que dans Hanayome no Chichi, celle liant Satoshi à Mine soit saine et touchante symbolise l’un des nombreux bons points de ce joli tanpatsu. Pourtant, l’ensemble pouvait justement tomber dans les écueils inhérents à la situation d’invalidité, si chère aux yeux des Japonais. Ne nions pas l’omniprésence de séries surfant sur ces impotences ou, dans un sens plus large, sur les maladies – qu’elles soient incurables ou non. Quoi qu’il en soit, le handicap de l’héroïne n’est ici qu’un élément parmi d’autres et s’il n’est pas une seule seconde oublié, il est surtout employé pour densifier la caractérisation des personnages et de la relation les unissant. Mine n’est nullement vue à travers son infirmité, il s’agit tout simplement d’une partie d’elle-même comme cela pourrait être n’importe quoi d’autre. Le scénario dépeint malgré tout toutes les difficultés propres au fait de ne pas entendre et de ne pas pouvoir parler, via notamment le regard de tiers, l’obstacle dans une dynamique romantique et le sentiment d’être différent de ses voisins. Plus que de s’avérer misérabiliste et de chercher l’emphase facile, Hanayome no Chichi fait preuve d’une grande tendresse, d’une candeur reposante et d’une humanité attachante. Sa réalisation accentue une atmosphère pittoresque grâce à des paysages naturels de toute beauté et une musique délicate composée par Watanabe Toshiyuki. L’épisode utilise à bon escient de multiples particularités culturelles du Japon, ce qui fait régulièrement plaisir. En outre, l’ensemble montre un profond amour pour cette région au climat rude.

Mine vit dans son monde depuis toujours. S’il est indiscutable que sa déficience sensorielle la parasite grandement, celle-ci n’explique pas tout. Elle est surtout marquée par un évènement tragique s’étant déroulé alors qu’elle n’était encore que très jeune, et ayant radicalement modifié l’unité familiale. Communiquant avec peu de personnes, elle entretient presque exclusivement une relation fusionnelle avec son père. Contre toute attente, elle est fiancée à un autochtone, Kosugi Itta (Chô Tamiyasu), mais elle ne ressent rien pour lui. Tout ce qu’elle souhaite, c’est arrêter d’être un fardeau et, par conséquent, de réussir à quitter Satoshi afin qu’il puisse reprendre le cours de son existence. En effet, ce dernier a laissé tomber ses rêves d’animation et de dessins lorsque son épouse est décédée. S’occupant dorénavant de taureaux – la région étant réputée pour la tauromachie, sans mise à mort –, il partage son domicile avec Mine, donc, mais aussi avec son propre père, l’attachant Kôichirô (Hashizume Isao – Fumô Chitai), avec qui il entretient également un bien beau rapport. C’est l’éminemment sympathique Yanagiba Toshirô (Fumô Chitai, Karei Naru Ichizoku) qui offre ses traits à cet homme inquiet prêt à tout pour ses proches, même si du fait de sa réserve, il ne le montre que trop rarement. Bien que le lien entre Satoshi et Mine soit fort, les deux sont empêtrés dans des non-dits. Chacun n’ose pas se soulager d’un lourd poids et, sans grande surprise, progressivement des incompréhensions, puis des rancœurs s’installent insidieusement. Satoshi souffre que sa fille ne lui parle guère et, elle, elle n’entend pas pourquoi il n’a, par exemple, jamais fait l’effort d’apprendre le langage des signes. Malgré leurs disputes, ils s’aiment profondément, mais ne savent peut-être plus se le montrer. Après sa rupture avec son prétendant, Mine part à Tôkyô où elle perd son téléphone portable. Là-bas, elle rencontre par hasard Tanaka Maru, un gentil garçon travaillant au sein de l’entreprise familiale de transport touristique fluvial, dans un funayado. Ce dernier, rapidement charmé par ce joli brin de fille assez farouche, décide de lui faire la cour nonobstant les embûches.

Outre la relation paternelle croquée avec une bienveillance élégante, Hanayome no Chichi délivre également une histoire romantique avec Mine et Maru. Respectivement interprétés par l’adorable Kanjiya Shihori (Buzzer Beat, Love Shuffle, H2, Fûrin Kazan) et Mukai Osamu (Atashinchi no DanshiHachimitsu to Clover, Futatsu no Spica), les deux dégagent une très grande alchimie et mettent des papillons dans le ventre. Jamais ridicules, ils sont surtout mignons comme tout à se tourner autour, Maru faisant son possible pour charmer au maximum celle pour qui il a eu immédiatement le coup de foudre. Ses premiers pas devant Satoshi sont également drôles et attendrissants à leur manière. La romance n’est pas visible que chez les jeunes, le père de Mine ayant un faible pour Sakamaki Yukiko, jouée par la fantastique Yo Kimiko (Warui Yatsura, Churasan, Yankee Bokô ni Kaeru, Aishiteiru to Itte Kure). Les deux flirtent régulièrement, boivent ensemble au bar, et ne poussent jamais très loin les choses en raison du mariage certes branlant de cette femme, mais toujours bel et bien effectif. Dans tous les cas, les dialogues entre eux deux sont absolument délicieux et souvent à l’origine de sous-entendus piquants. D’ailleurs, le ton du tanpatsu est à maintes reprises source d’humour et de bonne humeur, laissant le téléspectateur en grande forme. Plusieurs figures secondaires comme les parents de Maru prolongent le côté quelque peu truculent. Du fait de sa durée, cette fiction ne peut développer à outrance l’intégralité des pistes évoquées, ce qui peut s’avérer un tant soit peu frustrant ; néanmoins, elle remplit sans conteste son contrat de divertissement prônant la simplicité naturelle.

En définitive, à travers la chaleureuse relation entre un père et sa fille, Hanayome no Chichi offre une bien jolie promenade familiale alternant entre un cadre citadin et, surtout les régions enneigées et absolument magnifiques de la préfecture de Niigata, à Yamakoshi. Distillant un climat reposant bien que non dénué de bouleversements intimistes, cet épisode propose une histoire touchante, innocente, drôle, rafraîchissante et définitivement humaine par la tendresse qu’elle dégage au long cours. La sobriété de l’écriture, l’amour filial et parental, la solidité de la distribution principale ainsi que la romance latente caractérisent ce tanpatsu plus qu’agréable à suivre. Pour peu que l’on soit amateur de fictions subtiles et pudiques favorisant les personnages et les dynamiques les unissant, celle-ci semble tout  à fait conseillée tant elle met du baume au cœur.


2 Commentaires

  1. Kerydwen
    Miaow• 29 novembre 2014 à 3:43

    Une de mes rares escapades du côté du Japon en 2014 fut l’écoute de ce tanpatsu. La langue des signes m’a toujours fascinée alors c’est certain que lorsque j’ai découvert l’existence de ce tanpastu, je me devais de l’écouter. Je l’ai vu au début de l’année et j’en garde un très beau souvenir. Comme tu le dis, c’est une belle histoire qui fait chaud au cœur. J’en veux d’autres comme ça ;)

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 30 novembre 2014 à 9:56

      Moi aussi, je veux des tanpatsu de cette qualité ! Je commence à avoir visionné pas mal d’unitaires maintenant et, pour être honnête, il n’y en a pas beaucoup qui m’ont réellement marquée et que je me plairais à regarder de nouveau un jour. Je sélectionne peut-être mal, je ne sais pas trop. Cela étant, ça ne m’empêche pas de persévérer.

      D’ici quelque temps, tu devrais pouvoir lire par ici un billet dédié à une autre série japonaise avec pour toile de fond la langue des signes… ^^

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