Kodoku no Gourmet | 孤独のグルメ (saison 2)

Par , le 6 décembre 2014

Par rapport à la multitude de séries télévisées arrivant dans le petit écran japonais, assez rares sont celles à obtenir une suite. Alors, quand l’une d’entre elles se voit offrir une seconde saison six mois à peine après la fin de la première, il y a de quoi intriguer. Kodoku no Gourmet est l’une de ces chanceuses ; mieux, cette fiction atypique a même poursuivi ce chemin original puisqu’une troisième salve de pérégrinations culinaires fut mise en chantier quelque temps plus tard. Et, qui sait, peut-être n’a-t-elle pas encore dit son dernier mot ? Pour l’instant, il ne sera question que de la deuxième saison de l’adaptation du manga Le gourmet solitaire, scénarisé par Kusumi Masayuki et dessiné par Taniguchi Jirô. Composée de douze épisodes d’approximativement trente-quatre minutes, elle fut diffusée sur TV Tokyo entre octobre et décembre 2012. Aucun spoiler.

À travers sa première saison, Kodoku no Gourmet dépeignait les aventures gustatives d’Inogashira Gorô, un homme d’affaires en apparence intimidant, mais passionné de cuisine. Chaque épisode reposait sur un schéma identique ; le personnage principal partait en ville afin de répondre à quelques rendez-vous professionnels, et terminait généralement sa journée dans un restaurant où il savourait un bon petit plat. Le public le suivait dans ses découvertes et le regardait avec une certaine envie manger. Ressemblant plus à un docufiction qu’à une série à part entière, cette production se révélait dans tous les cas charmante par son atmosphère apaisante et son approche culturelle inimitable. Bien que le synopsis pût laisser plus que songeur et faire craindre l’ennui, ce n’était donc absolument pas le cas. Le principal danger de ce type de format est de progressivement lasser puisque tout y est, en définitive, assez répétitif. Heureusement, la seconde saison prouve que nous n’en sommes pas encore là, mais il naturel d’espérer que Kodoku no Gourmet ne prendra pas le risque de durer encore et encore parce qu’elle pourrait très bien perdre de sa fraîcheur.

     

Les douze nouveaux épisodes reposent ainsi sur un schéma analogue et jouissent d’une solide réalisation. En d’autres termes, Gorô sort dans Tôkyô pour rejoindre certains de ses clients, se balade dans les différents quartiers de la mégapole et finit toujours par pousser la porte d’un établissement – existant réellement – où il est susceptible de se sustenter. L’unique changement, c’est que, cette fois, il s’offre non pas un repas, mais deux ! Enfin, non, ce n’est pas tout à fait exact. Outre le déjeuner habituel, il bénéficie plutôt d’une collation et celle-ci se veut presque exclusivement sucrée. Pour cela, rien de tel que de s’arrêter dans un salon de thé ou dans un café, par exemple. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les épisodes durent une dizaine de minutes supplémentaires. En plus de tenter de minimiser la redondance, cet ajout est appréciable, car il permet de découvrir des encas nippons et autres desserts plus ou moins typiques. Ne nions pas que les Japonais savent faire preuve d’une vraie mise en scène pour tout ce qui est pâtisseries. Peut-être que le goût n’est pas extraordinaire, mais visuellement, on s’en lécherait les babines ! Comme d’habitude, il s’avère impératif de ne pas regarder Kodoku no Gourmet le ventre vide, au risque d’aller fouiller ses placards et son réfrigérateur. À ce sujet, voir l’interprète du héros, le sympathique Matsushige Yutaka, ingérer autant de nourriture amène à se demander s’il n’a pas pris du poids au cours du tournage. L’auteur Kusumi Masayuki termine l’épisode par quelques minutes passées dans le restaurant ; malheureusement, ces interludes ne sont pas davantage concluants que ceux de la première saison. Ils ne sont pas mauvais, mais dispensables en raison de la répétition. Si plusieurs invités défilent, j’avoue ne pas en avoir reconnu un seul. En revanche, quelques acteurs interagissent avec Gorô et il est possible d’y retrouver notamment Aijima Kazuyuki, Satô Aiko, Hasegawa Hiroki, Nukumizu Yôichi et Tomosaka Rie.

Après avoir généralement accompli ce pour quoi il se déplace, Gorô a subitement faim. La caméra s’arrête et s’amuse de nouveau avec son jeu en trois temps, toujours accompagné de la petite musique particulière. La bande-son est effectivement encore légère et apporte une once truculente inimitable. L’insertion de tonalités western dans le générique participe à l’ambiance. Découvrir cet individu à la mine presque patibulaire en train de déambuler dans les rues à la recherche du restaurant répondant à ses envies du moment est bien sûr inénarrable, surtout que ses commentaires en voix off potentialisent ce fait. Le décalage entre le physique du personnage et ses dialogues intérieurs passionnés fonctionne parfaitement. Dès qu’il dévore, son visage s’illumine et se voit paré d’expressions incroyables. Avec ses sourires, son regard en coin, sa réserve et sa politesse, il marque les esprits. Plus que la cuisine, c’est peut-être la manière dont il la mange qui fascine. Toutefois, ne nions pas qu’il existe un petit bémol puisque l’emphase presque ostentatoire est encore une fois présente, tous les repas étant forcément délicieux. Quoi qu’il en soit, au menu : des recettes traditionnelles japonaises, des plus contemporaines, et des étrangères. L’exposition des plats est réfléchie, la réalisation les met parfaitement en valeur et l’ensemble s’accompagne systématiquement d’une présentation pertinente. Gorô s’émerveille devant la richesse de ce que l’être humain est capable de concocter, tout en expliquant à plusieurs reprises à quel point il est content d’être Japonais et d’avoir à sa portée des saveurs si différentes. Son amour pour son pays est palpable et plutôt communicatif, d’autant plus que Gorô insère de-ci de-là des notes intéressantes sur son héritage. L’identité de ce peuple fier sa culture transpire dans ces épisodes et fait régulièrement mouche ; après tout, si l’on regarde des séries aux nationalités diverses, c’est aussi pour être dépaysé et profiter des spécificités propres à chaque région. Loin de se contenter du sashimi, du yakiniku, de la tempura ou encore du chankonabe – la nourriture vivifiante parfaite pour les lutteurs de sumo –, Kodoku no Gourmet se permet une incursion au Brésil, en Thaïlande et en Chine. Le voyage est par conséquent présent et même si l’on demeure dans les plats typiquement japonais, ils sont tellement variés que la répétition n’est pas de mise. Finalement, Tôkyô donne l’impression d’être une succession de petits villages possédant chacun une atmosphère propre.

Pour conclure, il n’y a pas grand-chose à écrire concernant cette seconde saison de Kodoku no Gourmet tant tout a déjà été dit dans le billet de celle qu’elle suit. Effectivement, l’intégralité des qualités de cette chaleureuse et intimiste promenade ravissant les papilles est de retour, pour notre plus grand plaisir. Malgré l’incroyable simplicité de son approche, la série continue de garder son naturel et son enthousiasme. Avec son ambiance pittoresque, son humour presque cocasse, les commentaires enlevés de Gorô et son apport culturel soigné, tous les ingrédients sont de la partie pour composer un délicieux menu. Notre estomac a encore largement de la place pour de nouveaux épisodes !


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