Enfilons notre uniforme de fée du logis pour discuter de Jinsei ga Tokimeku Matazuke no Mahô, un tanpatsu d’un unique épisode d’une heure et demie diffusé le 27 septembre 2013 sur NTV. Il s’agit d’une adaptation romancée des deux ouvrages à succès du même titre écrit par la reine nippone du rangement, Kondô Marie, et publiés en 2011 et 2012 ; s’il n’existe pour l’heure pas d’édition française, l’anglaise s’achète aisément. L’intitulé peut être très approximativement traduit par La magie du rangement qui rendra votre vie prospère. Aucun spoiler.

Futakotamagawa Kaoru travaille comme office lady dans une entreprise de vente de produits de minceur. Passant toutes ses journées au téléphone à mentir à des clientes, elle n’est guère satisfaite. Quand Oda Masato (Fukushi Seiji – Kaitô Royale, Nodame Cantabile, Innocent Love), l’homme sur qui elle a des vues semble succomber à ses charmes, elle saute au plafond. Néanmoins, elle ne peut pas le faire entrer dans son appartement pour l’instant, car il n’est qu’un vaste dépotoir ! Elle doit donc impérativement le désencombrer si elle souhaite accueillir son hypothétique futur petit ami en bonne et due forme. Mine de rien, c’est que ses anciens prétendants ont tous fui en constatant l’ampleur des dégâts. Sauf qu’elle n’arrive pas à mener à terme sa tâche. Laxiste et plutôt paresseuse, aller jusqu’au bout des choses lui est compliqué. Quand elle entend parler d’une société de nettoyage particulière, elle décide de les contacter. Sa surprise s’avère toutefois de taille, puisque la personne venant à son domicile, l’impassible Norita Makiko, lui révèle qu’elle ne compte aucunement lui ranger ses affaires. Non, c’est à elle d’apprendre à mettre de l’ordre et de le faire par elle-même. Contre toute attente, Kaoru découvre qu’elle est capable de changer et d’enrayer sa nature brouillonne. Outre son appartement retrouvant une apparence à peu près correcte, elle transforme radicalement son mode de vie et suit les principes inculqués par Noriko.

     

Dans le rayon des synopsis charmeurs, il paraît clair que Jinsei ga Tokimeku Matazuke no Mahô n’y figure pas une seule seconde ! D’ailleurs, je me demande comment ce tanpatsu a surgi dans mes dossiers. D’après ce que j’ai cru comprendre, les personnages sont totalement fictionnels et ne se trouvent pas dans les travaux de l’auteure. Quoi qu’il en soit, cet épisode ne raconte pas grand-chose de franchement palpitant et semble au départ s’apparenter à un C’est du propre ! à la japonaise. Effectivement, l’héroïne assez fade, Kaoru, vit dans ce que l’on pourrait qualifier de crèche à cochon. Jouée par Natsuna (Jun to Ai), elle ne donne pas son avis et ne fait pas grand-chose de son existence à part se laisser porter. Sa rencontre avec Norita Makiko, surnommée Noriko, bouleverse son petit train-train habituel. La gérante de la société spécialisée dans le rangement est affable, calme et ne se sépare jamais de son ombrelle. Son goût pour l’ordre et la propreté est, comme par hasard, lié à un traumatisme infantile. C’est Nakama Yukie (Gokusen, Tempest) qui lui offre ses traits et, comme trop régulièrement, elle prend sa voix mielleuse et son attitude doucereuse pour mieux endormir ou, pire, irriter. Avec l’aide de son collègue et ami Tsukuba Tsutomu (Hayami Mokomichi), Noriko mène ses missions consciencieusement, apprenant aux gens à ranger pour mettre de l’ordre dans leur vie. Se mêlent à l’histoire des enfants négligés ainsi qu’une femme ayant laissé tomber son fils quinze ans auparavant. Dans Jinsei ga Tokimeku Matazuke no Mahô, tout est propice à la psychologie de comptoir et aux principes éculés. Jetons des affaires pour aller de l’avant ! Ne gardons que ce qui fait battre notre cœur ! Occupons-nous de nos objets comme de vrais êtres humains ! En d’autres termes, organiser son logement a un impact sur sa propre existence parce qu’ensuite, nous sommes plus relaxés et dans de meilleures dispositions pour avancer. Les bons sentiments côtoient l’emphase bon marché, cela avec une musique pittoresque et supposément amusante. Grâce à sa courte durée, le visionnage ne se veut pas désagréable, mais tout est d’une platitude à faire peur, et il serait légitime d’avoir l’impression de perdre son temps. En outre, les conseils donnés par Noriko tombent sous le sens bien que cela ne fasse jamais de mal de les entendre de vive voix.

Finalement, Jinsei ga Tokimeku Matazuke no Mahô s’apparente presque à une fiction de développement personnel dont le but est de montrer au public l’importance de ranger ses affaires. À partir de là, chacun parviendra à vivre plus sereinement. Dans les faits, ce tanpatsu ne se révèle pas foncièrement inintéressant d’autant plus qu’il comporte plusieurs idées pertinentes, mais il demeure insipide, prévisible et convenu. Heureusement, la morale n’est pas amenée avec trop de lourdeur, même si cela n’empêche donc pas l’ensemble de s’avérer très quelconque et plus que dispensable. Si l’on souhaite cheminer personnellement et professionnellement parlant, autant prendre un vrai ouvrage sur le sujet, ou contacter quelqu’un de compétent ; et si l’on désire se divertir, une véritable série fera bien mieux le travail. Cet épisode souffre par conséquent de sa nature bancale et de son absence totale de fond digne de ce nom.

Depuis la publication de ce billet, le livre de Kondô Marie a grandement fait parler de lui à travers le monde. Ce n’est donc guère étonnant qu’une traduction française ait vu le jour en 2015 sous le titre La magie du rangement. J’ai eu l’occasion de le lire et, pour être honnête, je l’ai trouvé peu intéressant. Outre ses propos répétitifs, il énonce moult banalités et se dote de conseils assez ridicules. Remercier ses objets et vêtements me paraît, par exemple, totalement stupide. Vous vous en doutez, je ne recommande ni l’ouvrage ni l’adaptation télévisée.