Nô-hime | 濃姫

Par , le 24 décembre 2014

Oda Nobunaga étant peut-être l’une des figures historiques japonaises les plus représentées dans des récits de toutes sortes, il est fort possible que plusieurs scénaristes ne sachent plus de quelle manière l’aborder. Afin de changer sensiblement d’approche, pourquoi ne pas se focaliser sur sa femme ? Le tanpatsu Nô-hime y travaille donc à travers un unique épisode de deux heures diffusé sur TV Asahi le 17 mars 2012. Il est suivi d’une seconde partie, sortie en 2013, et dont nous parlerons d’ici peu de temps sur Luminophore. Aucun spoiler.

Au XVIè siècle, le Japon traverse le sengoku jidai, l’âge des provinces en guerre, période trouble où de multiples seigneurs et vassaux bataillent continuellement. La princesse Nô, de Mino, s’apprête à épouser Oda Nobunaga, l’aîné du chef d’Owari. Cette union se veut, comme souvent à l’époque, principalement politique ; s’il dit souhaiter créer un terrain d’entente entre les deux clans, le but du père de la jeune femme, Saitô Dôsan, est plutôt de finir par disposer à la longue des richesses de la région de son beau-fils. Effectivement, Nobunaga a la réputation d’être un idiot et un incapable. Dès que l’occasion se fera sentir, Nô a par conséquent pour mission de s’en débarrasser. La réalité s’avère finalement différente puisque le futur dirigeant n’a rien de stupide et se révèle finement intelligent et rusé. Entre complots visant à le destituer et luttes entre différents daimyô – les gouverneurs féodaux issus de familles nobles –, les premiers pas de Nô sont difficiles, surtout qu’elle doit gérer un époux à la personnalité assez particulière.

 

L’époque Sengoku représente l’un des terrains de jeu favoris des films et séries télévisées historiques. Ces dernières années, j’ai eu l’occasion de notamment regarder l’excellent Fûrin Kazan, le très médiocre Sengoku Jieitai (2006) et le correct Tsukahara Bokuden en faisant la part belle. D’ailleurs, ces trois fictions aident grandement à appréhender cet unique épisode parce qu’il se montre plus que superficiel et approximatif. Pour s’en rendre compte, il n’est nullement nécessaire de s’y connaître tant le rythme va tambour battant et que les évènements se succèdent sans temps mort ou développement. En ça, Nô-hime est extrêmement décevant, voire irritant, car le public en ressort vraisemblablement plus frustré qu’autre chose. Le tanpatsu débute par l’annonce du mariage entre la princesse et Oda Nobunaga, pour se terminer quand ce dernier se lance dans une vaste tentative d’unification du pays. D’après les informations lues sur Internet, il semblerait que huit ans se déroulent sur ces deux heures ; en regardant l’épisode, on a l’impression qu’il ne s’agit que d’une affaire de quelques semaines ! Aucun point de repère n’est donné, les tenants et aboutissants ne sont pas expliqués, et tout s’enchaîne comme si de rien n’était. Ajoutons-y moult personnages et le néophyte a de quoi tout confondre. Tant qu’à simplifier, autant le faire convenablement. Heureusement, en dépit d’une musique intrusive et peu inspirée composée par Andô Yoshihiro, la reconstitution ne se veut pas trop désagréable.

La princesse Nô se retrouve régulièrement confrontée à plusieurs dilemmes. En tant que fille de la Vipère, elle est supposée répondre à ses requêtes et se ranger de son côté. Qui plus est, à Mino, les dissensions sont légion. Le fils aîné, Saitô Yoshitatsu (Takahashi Kazuya – Fûrin Kazan), rêve de prendre le contrôle de la province, persuadé d’être l’enfant illégitime d’un autre puissant daimyô. À Owari, les luttes sont tout aussi prépondérantes une fois le chef de clan, Oda Nobuhide, décédé. L’excentrique Nobunaga a maints ennemis au sein même de sa propre famille et se doit de déjouer nombre complots et alliances. Sa mère (Yo Kimiko – Warui Yatsura, Churasan, Yankee Bokô ni Kaeru), son frère cadet (Hiraoka Yûta), son oncle et d’autres encore paraissent prêts à tout. Il faut dire que Nobunaga s’amuse depuis des années à passer pour un imbécile. Il est campé ici par Shirota Yû (Samurai High School, Arakawa Under the Bridge, Hanazakari no Kimitachi e) qui propose une interprétation absolument désastreuse, proche du risible. Prenant une voix supposément virile, il est en plus barbouillé de fond de teint orange, ce qui rend la situation davantage grotesque qu’elle ne l’est. La psychologie du héros n’a aucune finesse, à l’instar de tous les autres personnages qui demeurent limités à une seule caractéristique. Même la princesse Nô n’est guère mieux lotie tant elle ne dégage rien. Or, le scénario essaye de la montrer intelligente, forte et prétendument belle, mais l’absence de charisme de Mizuki Arisa (Ohitorisama, Tenshi no Wakemae) l’incarnant ne permet pas de transmettre d’émotions. La relation entre les mariés se veut à l’image de ses représentants : insipide et artificielle. Finalement, un des principaux défauts du tanpatsu est sa froideur, sans oublier l’ennui qu’il inspire en dépit d’une courte durée.

 

En définitive, Nô-hime dépeint les débuts de la jeune femme en tant qu’épouse d’un Oda Nobunaga aux portes de l’entrée dans la légende. Superficiel, paresseux, poussif et ne réussissant jamais à créer une quelconque empathie avec les téléspectateurs, ce tanpatsu s’avère inintéressant. Bien que les costumes soient somme toute agréables et que l’on se plaise à découvrir une reconstitution correcte, le fond n’est aucunement approfondi et, pire, les personnages vides de toute substance en plus d’être pour certains horriblement interprétés, l’illustre daimyô en étant l’exemple le plus concret. L’épisode est donc totalement déconseillé. Si cette période passionne, il existe assurément d’autres fictions susceptibles de divertir et d’instruire. Reste à voir si la suite saura résoudre quelques-uns de ces multiples écueils, ce qui s’annonce plus que compliqué !


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