Atlantis (saison 1)

Par , le 20 janvier 2015

Qui dit mythologie signifie forcément que je vais m’y pencher. Il est donc logique qu’Atlantis se soit retrouvé sur mon chemin à un moment donné. Cette série britannique a tout simplement repris la place laissée vacante par Merlin et, d’ailleurs, ses créateurs sont les mêmes, à savoir Julian Murphy et Johnny Capps ; à noter qu’ils sont toutefois dorénavant accompagnés de Howard Overman (Misfits). Pour l’heure, cette fiction inédite comporte deux saisons et c’est la première d’entre elles qui nous intéresse aujourd’hui. Ses treize épisodes furent diffusés sur BBC One entre septembre et décembre 2013. Aucun spoiler.

Cela fait plusieurs mois que le père de Jason a disparu en mer. Convaincu qu’il n’est pas mort, ce dernier décide d’emprunter un sous-marin et de partir à la recherche de l’épave du bateau. Soudain, alors qu’il se trouve à plusieurs mètres de profondeur, il est aspiré dans ce qui s’apparente à un tourbillon lumineux. En reprenant connaissance, Jason réalise qu’il vient d’être catapulté dans un univers singulièrement insolite se nommant Atlantis. Est-ce la fameuse île avant qu’elle ne soit engloutie ? Il n’a pas d’autre choix que de tenter de s’y accoutumer et, avec l’aide de nouveaux compagnons, il essaye de se faire à ce périple. Qui sait, peut-être qu’il retrouvera son père et découvrira pourquoi il s’est toujours senti étranger à son ancien mode de vie.

Civilisation antique, choc des cultures, aventures, énigmes, humour et amitié… il n’en faut pas beaucoup plus pour me donner envie de me lancer dans une fiction. Pourtant, si l’on se fie à son horrible affiche promotionnelle, Atlantis ne favorise pas l’enthousiasme. Qui plus est, pour peu que l’on ait été frustré par l’approche familiale et le traitement très approximatif des légendes arthuriennes dans Merlin, il s’avère légitime de se montrer dubitatif en commençant celle-ci. Malheureusement, la première saison ne rassure aucunement et démontre que toutes les craintes préalables sont fondées. Effectivement, Atlantis sombre dans les écueils redoutés, voire s’empêtre dans d’autres tout autant aisément évitables, dont une tonalité trop souvent légère et presque stupide. Les blagues cocasses et les plaisanteries sont quelque peu lourdes et phagocytent le reste, dommage. Cela ne signifie pas que cet ensemble se révèle mauvais, mais il est tellement calibré pour un jeune public peu regardant qu’il est compliqué de s’y investir pleinement. Difficile de ne pas émettre des analogies avec les histoires du sorcier tant les pérégrinations de Jason s’y rapportent, même si les scénaristes essayent vainement d’inverser quelques tendances.

La forme d’Atlantis partage maints points communs avec celle de Merlin et prouve sans mal que l’équipe créative est identique. La musique est de nouveau composée par Rob Lane et, si elle n’est pas désagréable, elle s’oublie rapidement une fois la télévision éteinte. Visuellement, tout sonne quelque peu limité en dépit d’un certain effort de représenter la ville sous son meilleur jour. Au niveau des costumes, les anachronismes et incohérences se multiplient, mais cela ne gênera guère que les puristes. Sinon, les figurants sont peu nombreux et les décors moyennement engageants, nonobstant une chaude photographie et une ambiance relativement correcte. Les contraintes budgétaires étant évidentes, il paraît toutefois cruel de se montrer trop critique à ce sujet, mais les ralentis omniprésents lors des scènes de combats finissent par lasser. N’occultons pas les passages favorisant les torses nus dans le but d’appâter honteusement le chaland ! Le mimétisme ne s’arrête pas là puisque la formule repose sur une structure apparentée où chaque épisode s’attarde sur une embûche résolue en fin de parcours, tout en veillant à ce que le héros n’avance pas trop vite dans sa quête et que pour une réponse donnée, deux questionnements apparaissent. Si un fil rouge se développe au long cours, il se veut finalement plutôt ténu et Atlantis offre rapidement une routine mécanique. Bien sûr, ce n’est pas non plus surprenant que les ingrédients du scénario à proprement parler emploient aussi les ficelles de la série venant de lui laisser sa case horaire.

La vingtaine, Jason décide de tout mettre en œuvre pour retrouver son père s’étant volatilisé dans la nature. Forcément, en arrivant dans un monde sorti tout droit d’un livre de fables, il ne comprend pas immédiatement ce qui se déroule. De toute manière, il n’a pas le temps de penser et de réfléchir à sa situation qu’il est poursuivi par plusieurs gardes et parvient par chance à leur échapper en pénétrant dans un domicile. C’est ainsi qu’il rencontre Pythagoras et Hercules, deux figures au nom plus qu’illustre, mais qui diffèrent de ce que l’on sait d’elles. Atlantis s’amuse énormément des références aux légendes grecques et à ses principales célébrités. Jason n’est-il pas celui de la Toison d’or ? En tout cas, le récit narré ici s’apparente clairement à une initiation… Quoi qu’il en soit, les fondements de ces histoires connues sont utilisés artificiellement et subissent parfois une vulgaire transformation afin d’intégrer au mieux les souhaits scénaristiques. Par exemple, le Minotaure, le fil d’Ariane, les dieux grecs, la Pythie, la magicienne Circé, la boîte de Pandore ou encore Méduse participent au programme des épisodes sous des formes quelque peu diverses et n’ayant par moments plus rien en lien avec le canon. Ce parti pris pourrait se montrer profondément irritant si l’on s’attend à une adaptation fidèle de la mythologie hellénistique, d’autant plus que tout est mélangé pour former un gloubiboulga à la limite de l’indigeste. Pire, tout est expliqué aux téléspectateurs sans aucune finesse. Néanmoins, en acceptant d’emblée cet emploi grossier, la pilule passe et peut presque offrir un certain vent rafraîchissant. Après tout, voir la production détourner autant un registre familier amène inexorablement des nouveautés ou des palpitations.

Malheureusement, le scénario des récits d’Atlantis n’est guère original et use de tous les ressorts classiques au genre. En sachant en plus que le canevas se révèle peu inspiré et que les franches surprises ne se frayent jamais un chemin jusqu’à la télévision, il est naturel de ne pas être attiré par cette fiction à l’esthétique quelque peu désuète. Dans ce cas, ce qui peut sauver une série ne détenant pas une écriture pertinente, un rythme enlevé, des répliques dignes de ce nom ou un univers intellectuellement stimulant n’est autre que sa galerie de personnages. Créer une empathie particulière avec le public et développer les protagonistes ainsi que les relations les unissant s’avère fondamental. Là aussi, Atlantis rate le coche et ne convainc pas. Pourtant, la production paraît s’en donner les moyens et tenter d’offrir un divertissement amusant où ses héros apprennent à se connaître et à s’apprécier, mais elle s’empêtre encore une fois dans des clichés et maints stéréotypes. Jason (Jack Donnelly) est transparent et n’a pas les épaules suffisamment solides pour plaire. Il faut dire que sa caractérisation ne fait pas dans la finesse en l’illustrant tel un chevalier valeureux, courageux, doué dans moult domaines et, tout naturellement, à la destinée incroyable comme le lui répète à demi-mot l’Oracle (Juliet Stevenson). Son intérêt pour la princesse des environs, Ariadne (Aiysha Hart), n’accentue que davantage l’aspect convenu des intrigues, car il n’est pas autorisé à l’approcher, en bon paria qu’il est. De surcroît, comme par hasard, le père de celle-ci, le roi Minos (le sympathique Alexander Siddig – Primeval), et Pasiphaë (Sarah Parish), sa terrible belle-mère, règnent plus ou moins en tyrans sur Atlantis, et la jeune femme est écartelée entre ce que lui dicte sa conscience et son amour pour sa famille. Jason est systématiquement confronté à Pasiphaë qu’il exècre et cherche régulièrement à déjouer ses plans machiavéliques. Pour cela, il peut compter sur le soutien de Pythagoras (Robert Emms) et de Hercules qui, eux, sont les éléments les plus agréables de la série, ne serait-ce que parce qu’ils sont différents de ce que l’on s’imagine. Le premier est frêle, intelligent et sarcastique, tandis que le second, campé par Mark Addy (Game of Thrones), est couard, alcoolique et amateur de bonne chère. Les deux sont amusants et finissent par devenir presque attendrissants. Medusa, incarnée par Jemima Rooper (Hex), apporte une touche féminine appréciable. Pour la petite anecdote, notons la présence inattendue de John Hannah (Spartacus) dans un rôle voué à être développé et de Will Merrick (Skins).

Pour conclure, la première année d’Atlantis amorce un nouvel univers où son fade héros est plongé dans la fameuse Atlantide, cette île émulant une multitude de fictions depuis des millénaires. Avec ses deux compères truculents, il navigue en terrain inconnu et tente de mener une existence somme toute paisible malgré les rebondissements qu’il subit. Sans surprise, en plus d’être doté de compétences assez extraordinaires, il n’est pas aussi banal qu’à première vue et a une fonction à jouer au sein des hautes sphères du pouvoir. À grand renfort d’ingrédients mythologiques lancés selon les désidératas de l’histoire, cette saison ne se départ pas d’un registre comico-familial où un rythme approximatif coudoie un récit extrêmement classique usant de ficelles éprouvées jusqu’à la corde et de facilités. Les épisodes ne sont pas foncièrement pénibles, seulement profondément gentillets, à la limite du ridicule et oubliables. À condition d’être très bon public et indulgent face à ce recyclage extrêmement poussif des légendes, il est possible d’y trouver son compte. Certes, il ne s’agit que des débuts et rien ne nous dit que cette série ne réussira pas à se créer une identité et outrepasser son aspect simpliste et superficiel. Après tout, dans l’Atlantide le merveilleux et le fantastique se sont toujours côtoyés…

 


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