Depuis de nombreuses années, le polar nippon a la cote et se multiplient chez les libraires les sorties de ce genre. Les œuvres de Matsumoto Seichô et Higashino Keiko doivent probablement figurer parmi les plus adaptées, mais elles ne sont pas les seules à occuper le devant de la scène. Il faut aussi compter sur Miyabe Miyuki. Le roman le plus connu de cette femme est Kasha, édité en 1992 au Japon, et disponible en France sous le titre Une carte en enfer. Il a tout d’abord été transposé sur le petit écran à travers un tanpatsu datant de 1994, mais celui-ci s’avère introuvable. En revanche, ce n’est pas le cas de la production nous intéressant aujourd’hui, toujours un tanpatsu d’un unique épisode, diffusé sur TV Asahi le 5 novembre 2011 et durant 111 minutes. L’intitulé prend toute sa signification au cours du récit et fait référence aux chariots de feu de la mythologie bouddhiste japonaise. À noter que les Sud-Coréens se sont également attaqués au problème en 2012 à travers un film, Hwacha (Helpless). Aucun spoiler.

Blessé suite à l’arrestation musclée d’un malfaiteur, l’inspecteur Honma Shunsuke se repose et s’occupe de sa rééducation. Lorsque le cousin de sa femme lui demande de retrouver sa fiancée ayant brutalement disparu, il décide de mener une enquête officieuse. Contre toute attente, cette affaire se révèle bien plus compliquée qu’au premier abord tant la personne en question paraît insaisissable. En vérité, qui se cache derrière ce visage si avenant ?

     

Après une forte croissance, le Japon fut marqué dans les années 1990 par l’éclatement de la bulle spéculative. L’excellent j-drama Hagetaka illustre tristement les conséquences de cette difficile période où de nombreux foyers subirent de plein fouet l’inexorable dégradation de la situation économique. Kasha se déroule en 1992, alors que le peuple souffre déjà des retombées et peine grandement à se relever. Certains perdent leur entreprise, leur domicile, d’autres n’ont tout simplement plus de quoi vivre. Ce sont dans ces conditions que plusieurs empruntent de l’argent à des organismes peu recommandables, ne pouvant bien évidemment pas rembourser les taux phénoménaux. Sans emphase, pathos ou volonté d’excuser les gestes désespérés perpétrés dans le but de s’en sortir, Kasha dresse un portrait assez sommaire de cette époque où d’aucuns étaient tentés d’enfreindre la loi, quitte à commettre des actes répréhensibles. Il aurait été intéressant que le tanpatsu approfondisse davantage cette question et appuie sensiblement ses propos, mais il se contente à la place de son registre policier. Les personnages ne sont pas non plus réellement creusés et se limitent à de grossiers traits de caractère. Dans les faits, ce n’est pas un défaut surtout qu’il ne dispose que d’un temps restreint, mais avouons que quelques développements supplémentaires n’auraient pas été superflus. Quoi qu’il en soit, cet épisode prône avant toute chose la sobriété et fait honneur à l’intelligence du public en ne lui délivrant pas tout de suite les réponses, et en prenant même le parti de se conclure d’une manière assez frustrante, bien que d’une certaine manière jouissive. La moiteur d’un Tôkyô en plein été participe à l’atmosphère presque lénifiante et étouffante de l’ensemble, allégée par la musique quelque peu truculente par moments. En dépit d’un minimalisme, la réalisation joue parfois avec son cadrage en mettant en évidence une bouche ou un regard, vraisemblablement pour intensifier la nature fugace de l’héroïne qui n’est vue qu’à travers une multitude de pièces rapportées.

Honma Shunsuke a la quarantaine et s’occupe seul de son fils depuis le décès encore récent de son épouse. Ayant reçu une balle dans la jambe, il se trouve en arrêt de travail, mais il continue de rencontrer régulièrement son ami et collègue, l’amusant boute-en-train Ikari Sadao (Terawaki Yasufumi). Honma n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort, même s’il paraît évident qu’il éprouve quelques difficultés à communiquer avec son garçon très moyennement interprété par Yamasaki Ryûtarô (Inu wo Kau to Iu Koto). Par conséquent, dès que l’occasion surgit, il n’hésite pas à se lancer dans une enquête discrète afin de localiser Sekine Shôko, la fiancée du cousin (Sasaki Nozomi). Il ne détient guère d’informations pour débuter, excepté une photo, son nom, le lieu de son ancien emploi, et le fait qu’elle ait disparu de la circulation après révélation qu’elle était interdit bancaire. En interrogeant à droite et à gauche tout en partageant via une voix off ses pensées, Honma découvre rapidement que cette femme n’est pas qui elle dit être. Elle ne s’appelle en tout cas pas Sekine Shôko ! Plus il remonte la piste, plus l’intrigue se corse. Honma donne l’impression de courir après le vent et l’on en vient parfois à se demander si cette fameuse personne existe vraiment. C’est le sympathique – et habitué de ce genre de rôle – Kamikawa Takaya (Warui Yatsura, Kimi ga Oshiete Kureta Koto) qui campe l’inspecteur pugnace, pondéré et fort agréable. Fasciné par la supposée Sekine Shôko, il tient impérativement à lever le voile sur ce mystère se teintant progressivement d’une once inquiétante. Sur sa route, il rencontre plusieurs figures incarnées par Suzuki Kôsuke (LIAR GAME), Takahashi Issei (Fûrin Kazan) et Gori (Churasan). L’enquête s’avère au final peu originale et un tantinet trop lisse, mais elle possède un bon rythme pour convaincre et garder en haleine le téléspectateur. Toutefois, si le suspense est présent, il demeure assez ténu et l’action se veut très en retrait. Il s’agit somme toute d’un récit policier assez lent, peut-être proche de la réalité des années 1990 où il convenait de prendre son temps, d’utiliser un dictionnaire, un annuaire téléphonique ou le service des renseignements ainsi qu’une cabine, etc. Ce côté à l’ancienne s’annonce rafraîchissant et contraste d’ailleurs à merveille avec la chaleur et la transpiration abondante des personnages.

En définitive, Kasha illustre une enquête classique digne d’un polar correctement ficelé où les pièces du puzzle finissent par progressivement s’imbriquer. Sans artifice et se contentant du strict minimum, le tanpatsu parvient malgré tout à demeurer efficace grâce à une recette certes éprouvée, mais rondement menée. La sobriété de l’interprétation, l’atmosphère des années 1990 couplée au contexte de surendettement, et la réalisation plutôt soignée délivrent un moment agréable et intrigant. Ne nions tout de même pas qu’en dehors d’une belle scène émotionnelle, une noirceur plus marquée et un développement davantage prononcé n’auraient pas été refusés. Sans être particulièrement conseillée, cette poursuite d’un fantôme devrait répondre aux attentes des amateurs du genre cherchant une fiction satisfaisante où les rouages de l’investigation sont préférés à l’action pure ou à la psychologie.