Suna no Utsuwa (2011) | 砂の器

Par , le 30 janvier 2015

Plus de deux ans s’étant écoulés depuis mon visionnage du flamboyant j-drama Suna no Utsuwa, je me suis dit que je pouvais tenter sans craindre de trop la comparaison le tanpatsu du même nom. Répétons rapidement que derrière ce titre se cache le roman de Matsumoto Seichô, sorti au Japon en 1961 et disponible en France sous l’appellation Le vase de sable. La plus célèbre des adaptations est certainement le film de 1974 réalisé par Nomura Yoshitarô – que je n’ai toujours pas regardé. À la télévision, l’année 2004 fut marquée par la transposition de cette histoire à travers un renzoku dont nous avons déjà parlé dans ce billet. Aujourd’hui, place à une autre version, plus courte puisqu’il s’agit d’un tanpatsu de deux parties de cent cinq minutes chacune. Le tout fut diffusé sur TV Asashi les 10 et 11 septembre 2011. Aucun spoiler.

Tôkyô, 1960. Le cadavre d’un homme dont le visage a été massacré est retrouvé sur le chemin de fer d’une gare. Le jeune inspecteur Yoshimura Hiroshi est dépêché sur les lieux et se lance dans une enquête de longue haleine. Avec l’aide de son collègue vétéran et d’une journaliste, il essaye de découvrir qui a perpétré ce crime, et pourquoi. En se donnant corps et à âme à cette affaire, il voit de douloureux souvenirs surgir, mais il serait tout à fait possible que ceux-ci le dirigent sur la piste de l’assassin…

     

Forcément, à partir du moment où l’on connaît une histoire, il est tout naturel d’être tenté d’opposer les différentes approches. En l’occurrence, si je n’ai pas encore pris le temps de lire le roman, j’ai regardé en 2011 l’adaptation de 2004 pour laquelle je garde une grande affection. Véritable symphonie à part entière, cette série embrasse littéralement sa dimension musicale et esthétique afin de proposer une expérience particulière. Le tanpatsu nous concernant aujourd’hui s’avère radicalement différent, ce qui en somme n’est pas un mal. Il semblerait d’ailleurs qu’il se rapproche davantage du livre de l’écrivain. Dans tous les cas, loin de moi l’idée de comparer les deux fictions télévisées, donc les analogies s’arrêtent ici. De toute manière, si je persévérais de la sorte, ce texte serait probablement fort morose à lire tant cette transposition est grandement inférieure à celle qu’elle suit. Toutefois, cela ne signifie pas pour autant qu’elle est ratée et ne mérite pas un quelconque investissement, n’est-ce pas ?

Les années 1960 débutent et les stigmates de la Seconde Guerre mondiale perdurent. Le novice Yoshimura Hiroshi souffre encore grandement des conséquences de ce conflit, même s’il tente de refouler du mieux qu’il peut sa douleur. Pour cela, son travail est un parfait refuge dans lequel se consacrer corps et âme. Quand un homme défiguré (Hashizume Isao – Fumô Chitai) est retrouvé dans une gare, toute la police est réquisitionnée et divisée en petites équipes. L’une d’entre elles se compose donc de Yoshimura, mais aussi de son mentor Imanishi Eitarô. Formant tous deux une paire efficace, ils procèdent méticuleusement et découvrent rapidement l’ampleur de la tâche les attendant. Effectivement, très peu d’indices sont disponibles. L’identité de la victime n’est même pas connue ! Les mois s’écoulent et l’enquête piétine sérieusement. Le pugnace Yoshimura, lui, ne renonce pas. Assez idéaliste, sympathique et travailleur, ce jeune inspecteur est campé par un Tamaki Hiroshi (Nodame Cantabile, Guilty, Love Shuffle) parfois maladroit, mais à qui le complet-veston sied particulièrement bien. Son compère, Imanishi, n’est pas en reste sous les traits de Kobayashi Kaoru (Shinya Shokudô). Les deux parcourent le Japon sans relâche à la recherche du moindre renseignement susceptible de les mettre sur la voie. Heureusement, ils sont secondés par Yamashita Yôko, une pétillante journaliste au caractère moderne incarnée par Nakatani Miki (JIN). Celle-ci et Yoshimura vivent une relation romantique allégeant l’ensemble et décrite en pointillés, ce qui est tout simplement parfait pour ne pas phagocyter le fond de l’histoire. Quoi qu’il en soit, le trio et une multitude de policiers progressent méthodiquement, dans l’espoir de lever le voile sur ce mystère bien plus complexe qu’il n’y paraît. À côté d’eux gravitent un chef d’orchestre au regard étrange (Sasaki Kuranosuke – Hanchô, Zettai Kareshi), ainsi que d’autres individus ambivalents et quelques figures tertiaires, dont une fiancée froide jouée par Katô Ai (Ikebukuro West Gate Park) et plusieurs inspecteurs (Ôsugi Ren et Nishimura Masahiko, notamment).

Suna no Utsuwa se résume en premier lieu à une vaste enquête multipliant les secrets. Malheureusement, outre sa facture très classique, le tanpatsu s’y prend extrêmement mal. Le meurtrier n’est pas dévoilé dès le départ de but en blanc, mais il n’est pas nécessaire d’être extrêmement perspicace pour comprendre qu’il s’agit de Waga Eiryô, un musicien talentueux. La caméra se focalise étrangement sur une affiche le représentant, les personnages l’évoquent plus ou moins subtilement, et il paraît évident qu’il est dans tous les cas lié à cette affaire. La tension est totalement anéantie et, comme le criminel n’est réellement mis en avant qu’à la toute fin, ressentir quoi que ce soit pour lui s’annonce ardu. Dans les faits, connaître son identité pourrait ne pas être dérangeant, car ce qui importe, c’est le pourquoi de son geste. Or, là aussi, la fiction se fourvoie puisqu’à la place d’illustrer les motivations, elle tente d’entretenir un certain climat énigmatique en brouillant certaines cartes, avec notamment le critique porté par un convaincant Hasegawa Hiroki (Suzuki Sensei). La structure narrative de la production devient extrêmement poussive d’autant plus qu’une voix off bavarde assène des banalités à tour de bras. Quel en est l’intérêt ? Il est nul, sauf si l’on souhaite irriter le téléspectateur qui a l’impression d’être pris pour un idiot fini. De surcroît, Yoshimura parvient à éclaircir la situation à coups de découvertes non crédibles et ne reposant que sur du vent. Par exemple, en grossissant volontairement le trait, il se persuade que Waga Eiryô est l’assassin pour la simple et bonne raison qu’il a un regard de tueur. Certes, nous sommes dans les années 1960, mais les forces de l’ordre se devaient à l’époque de suivre une certaine logique, pas de sortir des révélations d’un chapeau magique. Finalement, l’écriture se veut surtout paresseuse et ne prend pas le temps de creuser la psychologie de son antihéros. Bien sûr, le récit se regarde sans trop de difficultés si ce n’est qu’il ne passionne jamais. À côté de ça, l’ambiance enfumée, les teintes sombres et la musique participent convenablement à l’atmosphère, et la reconstitution de cette lointaine décennie est satisfaisante en dépit d’incrustations factices ; il est surtout amusant de voir les différents costumes et le fait qu’à cette période, les scientifiques ne connaissaient pas encore l’ADN et usaient de méthodes artisanales.

En définitive, le tanpatsu Suna no Utsuwa propose une enquête criminelle très conventionnelle et moyennement convaincante. Bien trop verbeuse et prenant par la main le public tout au long de ses deux épisodes, elle empêche tout suspense de s’installer, réduisant la tension à peau de chagrin. Qui plus est, bien que la police effectue un travail méticuleux, les facilités scénaristiques et déductions sorties de nulle part s’avèrent bien trop grossières pour ne pas embarrasser. Dès lors, malgré une distribution de qualité et une reconstitution des années 1960 plutôt correcte, cette fiction se révèle assez fastidieuse. Sans être foncièrement mauvaise, elle n’enthousiasme tout simplement pas et ne parvient pas à contrebalancer ses nombreux écueils. La déception se fait plus vive lorsque l’on sait déjà ce que les fondements de cette histoire tragique peuvent générer…


4 Commentaires

  1. Kerydwen
    Katzina• 30 janvier 2015 à 10:38

    Comme souvent, tu te montres plus sévère que moi, et je ne dis pas ça du tout de manière négative :) Je crois que je ne me souvenais déjà plus assez du drama quand j’avais écrit mon article, et je m’en souviens encore moins bien maintenant, mais je me rends compte en fait que s’il n’y avait pas eu le côté époque et des acteurs que j’apprécie, le drama m’aurait laissé une beaucoup moins bonne impression !
    Mais je me rends compte en fait que les reproches que tu fais en conclusion comme quoi on est trop pris par la main et qu’il y a des déductions trop grosses, cela vient directement du roman original (ouh là là quelle phrase magnifiquement construite ! :p). Je l’ai lu récemment en français, et vu la construction du récit et le style de l’auteur je me suis demandé comment on avait pu en tirer quelque chose d’aussi prenant que le renzoku de 2004 !

    Répondre

    • Kerydwen
      Kerydwen• 30 janvier 2015 à 18:25

      C’est très intéressant ce que tu écris concernant le roman ; merci d’avoir pris le temps d’apporter cet éclairage. Je compte vraiment le tester un jour ou l’autre, mais du coup, maintenant, j’ai peur de la douche froide. Je ne pensais pas qu’il aiguillait de la sorte les lecteurs donc j’imagine que ce tanpatsu est à ce niveau plutôt fidèle au médium original, à l’inverse du renzoku. Preuve qu’une bonne adaptation ne doit pas forcément se calquer sur le récit qu’elle transpose :P. En tout cas, cette version de 2011 ne me laissera pas un souvenir impérissable.

      Répondre

      • Kerydwen
        Katzina• 13 février 2015 à 13:50

        L’avantage du roman, c’est qu’il est court donc au moins tu ne perdras pas trop de temps :D Je vais me le dégoter en version originale à Book Off un de ces quatre pour vérifier quelques trucs parce que j’ai l’impression qu’en plus, la traductrice française avait fumé, ce qui n’aide pas :D
        Entièrement d’accord pour la question de la fidélité/qualité d’une adaptation !

        Répondre

        • Kerydwen
          Kerydwen• 13 février 2015 à 18:40

          Dans ce cas, une fois que tu l’auras lu en version originale, il faudra nous éclairer. Cela dit, si jamais la traduction française est ratée, je doute avoir les capacités de tester le livre en japonais, haha xD.

          Répondre

Laisser un commentaire