That ’70s Show (saisons 2 à 8)

Par , le 24 février 2015

Cela m’aura pris presque trois ans pour regarder l’intégralité de la sitcom That ’70s Show, commencée à la demande d’Ageha au cours de l’animation de Noël de Luminophore. En connaissant le temps que je mets généralement pour terminer les séries, on peut dire que je me suis dépêchée avec celle-ci, d’autant plus qu’elle se veut conséquente. Après avoir discuté des débuts de la fiction fin 2011, place à tout le reste, à savoir les saisons deux à huit. Celles-ci sont constituées de vingt-trois à vingt-sept épisodes de vingt minutes, et elles furent diffusées sur Fox entre 1999 et 2006. Aucun spoiler.

Malgré mon peu d’affinité avec les comédies étasuniennes et ma frilosité face aux rires enregistrés, je me suis surprise à aimer la première saison de That ’70s Show. Drôle, légère, décalée et se permettant en plus d’immerger son public dans le monde des années 1970, elle faisait mouche et illustrait un groupe d’amis attachant. Il me paraissait dès lors évident que je n’allais pas m’arrêter en si bon chemin et que le reste passerait sur mon écran de télévision à un moment donné. Malheureusement, comme je le craignais, mon appréciation s’est inexorablement étiolée et j’ai eu beaucoup de difficulté à trouver un quelconque intérêt aux dernières aventures de Point Place. Pire, certains éléments qui m’avaient auparavant charmée ont fini par m’irriter. That ’70s Show sombre dans les écueils inhérents à ces séries s’installant sans fin dans le paysage alors qu’elles n’ont plus rien à dire. Tout stagne, l’originalité a déguerpi depuis fort longtemps et le niveau ne fait que progressivement décliner, prouvant que oui, il est toujours possible de tomber encore plus bas que ce que l’on redoutait. Résultat, c’est dans l’indifférence que l’on termine une production de cette longueur bien que pendant plus de la moitié de son existence, elle a globalement convaincu. La qualité se dégrade déjà dans la cinquième saison et les choses s’enveniment davantage dans l’ultime qui ressemble à un massacre éhonté de ce que l’on a connu.

Avant tout, That ’70s Show représente un univers bigarré favorisant les années 1970. Bien que la série dure huit longues saisons, seulement un peu plus de trois années s’écoulent en leur sein et le tout s’arrête alors que l’on entre dans une autre décennie. Forcément, ce parti pris provoque maintes incohérences et il convient de ne pas trop en tenir compte afin de ne pas en finir agacé. Cela est par moments difficile, admettons-le, surtout qu’avec cet étirement de l’histoire, les personnages sont emprisonnés dans une sorte de spirale temporelle étrange. De manière plus amusante, même si le rythme des intrigues est fortement ralenti, cela n’empêche pas de multiplier les passages à Noël, Halloween et autres fêtes de cet acabit supposées n’arriver qu’une fois par an ! Quoi qu’il en soit, les pattes d’éph sortent de nouveau du placard, l’affreuse décoration psychédélique nous montre l’étendue de sa ringardise et les références à la culture de l’époque parsèment les répliques. Les thématiques associées comme l’émancipation de la femme, la modernisation, la guerre du Vietnam encore très proche, etc., sont traitées plus ou moins en filigrane selon les saisons. En dehors des années 1970, les discussions des personnages continuent de se focaliser sur leurs tourments liés à l’avancée en âge, la sexualité, la crainte du futur, la découverte des sentiments amoureux ou bien le chômage, dépeignant donc des soucis traversant les siècles. En résumé, cette identité propre à la série était déjà présente auparavant et, sans grande surprise, elle ne disparaît aucunement du reste des épisodes. Il n’empêche qu’à la longue, il devient difficile pour les scénaristes de se renouveler et ils préfèrent mettre de côté les références. Après tout, les années 1970 ont beau être un excellent moteur, arrive un moment où l’on en a fait le tour, et sachant que peu de mois défilent entre le début et la fin, les solutions sont limitées.

Sur une note plus formelle, les fameuses scènes en cercle, ces séquences où la caméra tournoie autour des personnages, sont utilisées à bon escient et continuent tout au long de faire mouche, d’autant plus que le ton quelque peu irrévérencieux titille systématiquement le public demandeur de ces jeux de mots sympathiques. L’humour est effectivement piquant, assez délirant et permet à un grand nombre d’épisodes de s’avérer rythmés et survitaminés. En revanche, au départ justes et fines, les blagues deviennent progressivement poussives, tombent à plat et les rires enregistrés jusqu’à présent tolérables parce que l’on s’esclaffait avec eux, agacent profondément. Quelques arcs comme celui de la ménopause de Kitty sont particulièrement moribonds. La série emploie sinon très régulièrement des parodies, sorties tout droit des rêves des protagonistes. Ce sont majoritairement les films comme Star Wars, Grease ou Rocky qui sont à l’honneur, mais d’autres médias ne sont pas oubliés : Happy Days, The Wizard of OzThat ’70s Musical, le 4×24, le centième épisode, est musical comme son titre l’indique et n’est pas des plus mémorables. Dans son ensemble, le résultat de ces séquences oniriques est satisfaisant, mais lorsque l’on ne connaît pas l’original croqué, il se veut parfois peu concluant, voire ennuyant. That ’70s Show ayant clairement marqué son époque, il n’est guère étonnant que de nombreuses personnalités se soient invitées. Les répertorier toutes serait fastidieux et ridicule, mais il est possible de citer Amy Adams, Luke Wilson, Sarah Lancaster, Jessica Simpson, Brooke Shields, Seth Green, Estella Warren, Alyson Hannigan, Rachel Bilson, Eliza Dushku, Bret Harrison ou encore Bruce Willis. Le frère de Danny Masterson, Christopher (Malcolm in the Middle), est également de la partie. Mine de rien, ça en fait du monde ! Certains s’installent plus ou moins longuement dans le paysage tandis que d’autres ne sont que de passage.

Outre ses dialogues cocasses, sa tonalité humoristique et son cadre atypique, That ’70s Show doit aussi son sel à sa galerie de personnages et à la profonde affection les unissant. L’alchimie entre les acteurs est palpable et le documentaire The Final Goodbye, diffusé avant le series finale, le démontre clairement si tant est que l’on ne l’eût pas ressenti auparavant. D’ailleurs, cet épisode très spécial permet de constater que plusieurs comédiens modulent grandement leur voix pour obtenir un effet plus drôle ou caractéristique de la figure qu’ils incarnent ; le changement est assez saisissant concernant Kitty (Debra Jo Rupp). Développer grandement ici les protagonistes se révélerait compliqué puisqu’ils n’évoluent guère au fur et à mesure des saisons. Ou, alors, ils subissent une mécanique redondante. Eric et Donna suivent une idylle tranquille, ils se disputent, se séparent, se rabibochent, se chamaillent encore et encore, etc. Eric est perpétuellement fâché avec son père et étouffé par sa mère. Jackie papillonne à droite et à gauche pour finir par s’acoquiner de manière extrêmement ridicule avec un des adolescents. Steve continue de se rebeller contre le système et passe par un rebondissement stupide en lien avec une stripteaseuse. Le benêt Michael a le droit à un changement inattendu, mais l’intrigue ne va pas jusqu’au bout des choses, frustrant au passage le public qui souffre de voir les héros aussi peu explorés. Disons qu’ils vivent forcément un grand nombre d’évènements, mais l’écriture se veut trop régulièrement approximative et paresseuse, surtout en fin de parcours. De toute manière, la dernière saison est une insulte. Michael et Eric ne sont plus là ; Leo, le hippie, prend du galon et ne fait pas rire ; et arrive l’insipide Randy (Josh Meyers) ne servant strictement à rien si ce n’est à provoquer des soupirs. La sœur d’Eric, Laurie, subit un honteux changement de visage et disparaît ensuite comme par magie ; l’interprète originale, Lisa Robin Kelly, est d’ailleurs décédée assez récemment. Chez les jeunes, Fez devient le pire de tous. Autrefois rigolo, il tape à la longue sur le système avec ses propos graveleux et son accent accroît cet agacement. Heureusement, le constat est davantage positif du côté des adultes grâce à l’imperturbable Red, certainement sauvé par le jeu sans failles de Kurtwood Smith. Toujours borné, cynique et acariâtre, le père d’Eric est une vraie crème diabolique. Sa relation avec la pétillante hystérique Kitty est tout aussi agréable et crédible, les deux formant un couple adorable.

Au final, That ’70s Show mérite probablement des louanges concernant ses cinq premières saisons. Divertissantes et favorisant un humour léger et plus subtil qu’à première vue, des séquences cultissimes et des amis attachants, elles amusent tout en croquant avec une grande finesse des situations somme toute intemporelles. Qui plus est, l’ambiance des seventies apporte une plus-value intéressante, quand bien même on n’a pas connu cette époque ou que l’on s’en fiche royalement. En revanche, les trois dernières années de diffusion vont decrescendo et la huitième laisse une amertume difficilement effaçable. Ce n’est pas que celles-ci soient profondément médiocres, mais elles n’ont tellement plus grand-chose à voir avec le reste qu’elles finissent par décevoir. Au lieu de sublimer les protagonistes, elles les transforment en caricatures rigides et souffrent de gags éculés, répétitifs et poussifs. Cela ne renie en rien les qualités d’antan, heureusement, mais il s’agit d’une énième preuve indiscutable qu’il convient toujours de s’arrêter au bon moment, au risque de briser définitivement quelque chose chez le téléspectateur.


2 Comments

  1. Caroline
    sweetpasta• 1 mai 2015 at 18:31

    J’avais adoré cette série quand je l’ai regardée à la télé, il y a longtemps et en VOSTF, mais uniquement car je tombais dessus presque par hasard. Si j’avais vu l’intégralité, je me serais sans doute lassée (comme ça m’arrive à chaque fois que je regarde une série de plus de 2 saisons :p)
    En plus, l’actrice qui joue Donna était scientologue, ça m’avait dégoûtée de la série (je sais, ,il ne m’en faut pas beaucoup).

    Tu t’es astreinte à la regarder régulièrement pendant 3 ans, par exemple tous les week-ends, ou bien de façon plus irrégulière, tu faisais des séances de binge watching (ce qui m’arrive si je tombe sur une série dans son intégralité… ) ?

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    • Caroline
      Caroline• 2 mai 2015 at 0:20

      Découvrir que Laura Prepon est scientologue ne m’a pas fait plaisir, c’est certain, mais ça ne m’a heureusement pas dégoûtée de la série – la qualité du scénario a fini par s’en charger toute seule :P. J’ai été beaucoup plus choquée en apprenant la même nouvelle concernant Ethan Suplee, sûrement en raison de la grande sympathie que j’ai pour son personnage simplet dans My Name is Earl.

      J’ai regardé la série de manière assez régulière tout au long de ces trois ans, sans forcément le faire exprès. Je n’ai rien planifié du tout, ça s’est fait comme ça. Je ne suis pas du tout une adepte du binge watching et je ne pourrais d’ailleurs clairement pas le faire avec une série comme That ’70s Show, le format est à mon goût bien trop redondant.

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