House | Dr House (série complète)

Par , le 3 mars 2015

Après avoir terminé Desperate Housewives courant 2014, j’ai mis un point final à un autre mastodonte américain né la même année, House, aussi connu en tant que House, M.D., ou Dr House en France. D’ailleurs, je l’avais également commencé lors de son premier passage à la télévision française et j’ai fini par le laisser traîner, n’ayant plus de magnétoscope pour l’enregistrer et le visionner dans le bon ordre – oui, ça date. Je suis dorénavant à jour concernant ces très longues séries entrées au panthéon du genre et je n’ai donc plus aucune d’entre elles sommeillant dans mes archives. À l’instar des aventures de Wisteria Lane, j’ai regardé ces affaires médicales en version française, ce qui est très rare pour être noté. Le travail de Féodor Atkine, le comédien derrière la voix du héros imbuvable, est remarquable. House est une production étasunienne de huit saisons diffusées sur Fox entre 2004 et 2012, totalisant ainsi 177 épisodes. Dans nos vertes contrées, elle est passée à moult reprises sur TF1 et ses chaînes associées. Cette série créée par David Shore a obtenu des audiences assez incroyables et s’est vue octroyer de nombreuses récompenses plus ou moins prestigieuses. Officiellement, elle a été annulée pour des contraintes budgétaires. Aucun spoiler.

Gregory House est un médecin brillant tentant d’éclaircir des mystères médicaux aussi improbables qu’insolubles avec son équipe de confrères. Profondément cynique, misanthrope et perpétuellement drogué au Vicodin, un puissant analgésique lui permettant de soulager temporairement la douleur de sa jambe impotente, il passe ses journées dans son service à mener ses diagnostics comme bon lui semble, tout en veillant à se moquer de sa supérieure et de son seul et unique ami, le doux et posé oncologue.

L’analogie du début avec Desperate Housewives n’est pas aussi anodine que ça, car House et elle partagent de nombreux points communs sur le papier. Le principal concerne sans conteste sa renommée et son rayonnement sur la culture populaire. Cette série médicale s’est inscrite dans la mémoire collective et il n’est pas nécessaire de l’avoir regardée pour en connaître plusieurs de ses caractéristiques. Le fameux médecin à la canne lançant des vannes sarcastiques à tour de bras a fait le tour du monde et, malgré l’arrêt des épisodes, cela ne l’empêche nullement de demeurer dans les souvenirs. De surcroît, outre leur originalité, toutes deux souffrent de défauts similaires, dont celui inhérent à la fiction s’étant trop installée à l’antenne. Les premières saisons de House sont excellentes en dépit de leur aspect mécanique. En revanche, plus les années s’écoulent et plus l’intérêt décline. Sans grande surprise, le dernier tiers est franchement moyen et très ronronnant. Les personnages sont enfermés dans leur carapace, les intrigues se répètent inlassablement et il en ressort comme une drôle d’impression de prévisibilité impossible à contrer. Ce ne sont pas les arcs supposés rompre la routine rigide peu cachée qui viennent changer la donne, le côté feuilletonnant étant très ténu. Je garde une profonde affection pour cet univers et bien que je répugne désormais au format d’une affaire/un cas par épisode, il ne m’a jamais profondément ennuyée ici. Pour cela, il convient peut-être de remercier l’antihéros, la galerie de personnages secondaires, la versatilité du ton, les dialogues enlevés, l’humour féroce de cet odieux docteur, ou encore le monde médical qui, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer, m’est assez familier et agréable. Si je ne me vois pas recommencer un de ces jours House du début à la fin, je demeure globalement satisfaite de son parcours général. Le savoir-faire de la production est indéniable et permet à la série de disposer d’une réalisation efficace où tous les éléments sont parfaitement calibrés pour plaire au public.

Les saisons de House s’enchaînent et se ressemblent toutes sur le papier. Chaque épisode suit effectivement une structure apparentée et il est très rare que le scénario rompe la tradition. Ainsi, la partie prégénérique s’attarde sur des individus a priori ordinaires – incarnés par des invités plus ou moins illustres – menant leur vie, si ce n’est que le téléspectateur se doute que l’un d’entre eux va tomber subitement malade. Cette approche est majoritairement classique, mais elle se montre à d’autres moments plus surprenante puisque la personne que l’on suppose s’écrouler dans la seconde n’est pas toujours la bonne. De même, les symptômes initiaux sont parfois trompeurs. Une fois les bases du cas posées, le générique s’installe. D’ailleurs, à ce sujet, la version instrumentale de Teardrop par Massive Attack a été malheureusement remplacée en France et dans d’autres pays. Pourquoi ? Tout simplement pour des droits d’auteur. La caméra plonge par la suite dans le bureau de House, entouré de ses mignons cherchant à diagnostiquer ce qui se passe. Les médecins proposent un tas de pathologies, House les note sur un tableau blanc, prend soin d’en réfuter un grand nombre en bloc, demande des analyses, ne visite pas le malade et part vaquer à des occupations plus triviales dans l’attente. Les minutes défilent, les symptômes s’accumulent, l’état de l’hospitalisé s’aggrave généralement en raison des choix des professionnels, le lupus n’est visiblement jamais le coupable et la mort prochaine du malheureux semble proche. Soudain, au détour d’une conversation anodine, House a un éclair de génie et met le doigt sur la symptomatologie. Le traitement est administré et le patient peut rentrer chez lui. Tout est bien qui finit bien. Des fautes et des cas menés n’importe comment par l’équipe sont inévitables, mais ils sont assez peu fréquents et la série repose légèrement trop sur son aspect très schématique où son héros a toujours raison même quand il a tort. Les vignettes médicales sont parfaitement gérées, c’est certain ; or, à force, le diagnostic différentiel devient routinier et empêche d’être pleinement enthousiaste, les rebondissements et le suspense se révélant insuffisants. Quoi qu’il en soit, en dépit d’erreurs factuelles typiques des productions de ce genre – comme les médecins omnipotents : spécialistes de tous les domaines, analystes, radiologues, chirurgiens, etc. –, House traite avec sérieux et soin les maladies souvent rares que le service croise. Pour adhérer à ce que l’on voit, il est tout de même impératif d’accepter les approximations et l’idée qu’un petit hôpital accueille autant de pathologies aussi peu ordinaires en un temps tout autant limité. Dans tous les cas, si la partie médicale est prépondérante, ce sont surtout les personnages les véritables héros et catalyseurs des intrigues.

Comme son titre l’indique, cette série met en avant Gregory House, un médecin spécialiste du diagnostic différentiel représentant le parfait antihéros. Malgré les qualités que requiert supposément sa profession sacralisée, il est dénué de tact et d’empathie, préférant éviter les patients. Pour lui, la compassion est totalement inutile et s’avère plus un parasite qu’autre chose. Il choisit de se concentrer sur les symptômes en tant que tels et non sur la personne en souffrance. Anticonformiste, usant de méthodes et de traitements peu orthodoxes, profondément sarcastique, multipliant les mimiques moqueuses et incapable de faire des concessions, House n’est pas aussi méchant et cruel que ce qu’il laisse paraître. Bien au contraire. Complexe, brisé et drôle, il inspire de l’amusement parce qu’il s’avère définitivement cool, mais d’une certaine façon, il irrite par ses conflits incessants et cette propension à outrepasser les conventions sociales. En d’autres termes, il est superbement antipathique. Fuyant les changements envers et contre tout, il se refuse toute relation à l’exception de celle qu’il entretient avec son grand ami, le docteur Wilson. Sa personnalité est notamment liée à sa condition physique et à cette douleur constante qu’il ressent dans la cuisse depuis plusieurs années. Ce qui se cache derrière ce boitement, cette canne et cette ingestion maladive de Vicodin est révélé progressivement. La fiction s’attarde grandement sur la toxicomanie du médecin, car il est clairement dépendant de cet analgésique. Tout à fait lucide vis-à-vis de son accoutumance, il n’envisage pour autant pas de l’enrayer. Il est assez dommage qu’après une exploration des tourments de House, la série reparte à zéro en fin de parcours et finisse même par totalement occulter cette dominante opiacée dans la dernière saison. Quoi qu’il en soit, ce personnage continue de travailler nonchalamment, tout en avalant ces médicaments comme s’il s’agissait de simples bonbons. Malgré son caractère irascible, House détient un poste prestigieux au sein de l’hôpital et est presque libre de ses faits et gestes. La raison est évidente : il est talentueux. Génie du diagnostic, excellent observateur, fin psychologue et plus que perspicace, il détecte aisément les non-dits et autres motivations sous-jacentes des personnes qu’il côtoie, n’hésitant pas à leur asséner leurs quatre vérités de façon cynique. Les consultations qu’il doit effectuer à la demande de sa chef sont justement délicieuses puisqu’il découvre le pot aux roses que les patients tentent de cacher en vain. House est un vrai passionné et se veut cultivé dans maints domaines, ce qui permet à ses répliques colorées d’être riches en références aussi diverses que variées – et souvent horriblement sexistes ou racistes. Finalement, le médecin a appris à vivre avec son mal-être et bien qu’il donne l’impression de faire le vide autour de lui en critiquant à tout va, il est dépendant des autres et bien plus fragile qu’il le laisse paraître. Ça, Wilson l’a compris.

La série n’a jamais caché s’être fortement inspirée de l’œuvre majeure d’Arthur Conan Doyle, à savoir le fameux Sherlock Holmes. House est une version modernisée et adaptée du détective privé. Tout comme ce dernier, le médecin cherche la vérité envers et contre tout et mène avec minutie une enquête au demeurant mystérieuse. Les similitudes ne manquent pas tout au long des épisodes. Effectivement, outre les particularités propres au héros, moult clins d’œil sont disséminés, certains étant plus visibles que d’autres. Et qui dit Holmes, dit forcément un Watson ! En l’occurrence, c’est l’oncologue James Wilson qui joue partiellement ce rôle. Aussi incroyable que cela puisse sembler, Wilson entretient une amitié durable avec House. Les deux ne partagent pas de francs points communs au niveau du caractère, ce qui ne les empêche pas de former un duo fonctionnel en dépit de soubresauts naturels et logiques compte tenu de l’attitude du diagnosticien à canne. House décrit parfaitement son unique proche en expliquant qu’il est bien le seul individu que l’on remercie alors qu’il vient de nous annoncer une mort prochaine. Wilson est un professionnel humain et généreux, mais menant une vie personnelle assez mouvementée puisqu’il a divorcé plusieurs fois. S’il y a peut-être une chose à retenir de la série, c’est la superbe dynamique qu’elle illustre entre ces deux-là. L’écriture y est pour beaucoup tant elle allie parfaitement humour piquant et drames savamment dosés, mais il faut également saluer l’alchimie entre les deux acteurs. Hugh Laurie et Robert Sean Leonard les incarnant dressent des portraits vivants plus vrais que nature. Les docteurs passent leur temps à se faire des blagues enfantines et à amuser grandement le téléspectateur qui en redemande. Wilson se veut sensiblement trop sage, mais il permet de tempérer la folie ambiante injectée par son fidèle acolyte. Ce qui est quelque peu regrettable, en revanche, c’est que l’ultime arc les concernant sombre dans une surenchère d’évènements malheureux. Certes, le lien indéfectible entre House et Wilson est alors au cœur de tous les propos, mais il n’était pas du tout nécessaire de charger autant la mule, surtout que cette conclusion devient presque anecdotique en ne s’installant que tardivement et aussi artificiellement. Le series finale est ainsi moyennement satisfaisant et peu révélateur des multiples moments mémorables de l’ensemble. En dehors de son seul ami, House nourrit des rapports plutôt limités avec autrui et il faut dire qu’il ne fait guère d’effort pour y remédier, dans le domaine personnel comme professionnel.

À part Wilson, House a-t-il quelqu’un sur qui il peut compter ? Une compagne ? Marié par le passé à Stacy (Sela Ward – Once and Again), il a divorcé après que sa jambe lui soit devenue douloureuse. Cela ne l’empêche nullement d’entretenir avec son ex-femme des relations tout à fait cordiales et respectueuses. Celle-ci est d’ailleurs présente en début en série et se montre franchement sympathique. En fait, le diagnosticien cumule les rencontres féminines si ce n’est qu’il se contente de prostituées. Il ne s’en cache nullement et il n’hésite pas à les employer dès que le besoin s’en fait ressentir, cela même dans des situations incongrues. Qu’il s’attache leurs services n’est en somme guère étonnant étant donné ses difficultés à s’investir émotionnellement. Toutefois, il n’est clairement pas insensible au charme de sa supérieure et administratrice de l’hôpital fictif de Princeton Plainsboro, le médecin Lisa Cuddy. Avec Wilson, elle est bien la seule en mesure de calmer les ardeurs du diagnosticien. C’est bien simple, tous deux s’amusent au jeu du chat et de la souris. La tension sexuelle est palpable et ce ne sont pas les répliques très connotées ou le flirt honteux de House qui contrediront ce fait. Les voir se chamailler est truculent. Malheureusement, la fin de la série est encore une fois source de déception puisque l’évolution de cette dynamique non dénuée de piquant tourne au ridicule. Il n’empêche que Cuddy est une femme intéressante menant de front une carrière prestigieuse et une vie intime qu’elle cherche à faire cheminer selon ses souhaits. Son utilisation au fil des épisodes n’est pas toujours judicieuse ou pertinente, car son rôle se limite légèrement trop à contrer House, ce qui n’annule en rien ses bons moments et son caractère agréable. Les liens qu’elle noue avec les autres protagonistes ne sont pas des plus creusés, mais elle veille systématiquement sur l’équipe de son employé sardonique aux cannes parfois affriolantes.

Tout le monde ment, ou la citation la plus célèbre du diagnosticien. Sans faire preuve de cynisme comme lui, il est clair que n’importe qui ne dit pas la vérité pour des motifs divers et multiples, ou dissimule des symptômes. C’est pourquoi House choisit de ne pas réellement écouter le patient et d’investiguer à sa guise. Par exemple, il charge ses sous-fifres de se rendre dans le domicile des malades pour fouiller et dénicher ce qui serait susceptible de l’aider à faire la lumière sur le cas en question. Le diagnostic ne lui vient pas d’emblée et, pour y parvenir, il tâtonne et fonctionne par expérience et déduction, selon les résultats manifestés suite aux différents traitements administrés. En cela, il est indispensable qu’il s’entoure de médecins compétents capables de lui proposer des hypothèses qu’il balaye sans tact, ce qui lui permet de raisonner. Tout au long de la fiction, son équipe se modifie même si quelques membres d’origine subsistent, à savoir Eric Foreman (Omar Epps) et Robert Chase (Jesse Spencer – Chicago Fire). Le premier, spécialiste en neurologie, possède de nombreux points communs avec son patron bien qu’il s’en défende et tente de s’en détacher. Assez rigide et prévisible, il demeure attachant à sa manière et le lien qu’il tisse avec House s’épanouit joliment. Il en va de même pour le chirurgien australien Chase dont la progression est fulgurante et la cote de sympathie évoluant tout aussi positivement. Au départ, il accepte n’importe quoi et cherche l’aval de ses supérieurs, avant de finir par prendre ses marques et s’imposer, ayant en plus parfaitement compris le mécanisme de House. La douce immunologiste Allison Cameron (Jennifer Morrison – Once Upon a Time) quitte la série au cours de la sixième saison, ce qui ne l’empêche pas de s’inscrire à l’encre indélébile dans cet univers. Un peu trop honnête et idéaliste pour convaincre, elle représente plutôt bien la conscience morale et l’importance de l’éthique. À ce propos, House aborde dans la majorité de ses épisodes des problématiques plus ou moins polémiques et sujettes à réflexion et à la déontologie. Euthanasie, avortement, automédication, traitements expérimentaux, etc., figurent parmi quelques-uns des thèmes choyés. Sinon, plus tard arrivent des visages mémorables comme la mystérieuse Numéro 13 (Olivia Wilde – The O.C.) et sa sexualité assumée, le fade chirurgien plastique Chris Taub (Peter Jacobson) aux histoires de cœur peu inspirées, le discret Lawrence Kutner (Kal Penn), l’abominable garce Amber (Anne Dudek) ou encore la bizarrement chouette Chi Park (Charlyne Yi). Il est évident que certains protagonistes ne sont pas aussi intéressants que d’autres, mais House les traite assez correctement et n’hésite pas à les montrer en dehors du travail afin de mieux les connaître et les développer. Ainsi, chacun se veut à sa manière plutôt attachant bien que l’on en revienne toujours aux mêmes situations.

Pour conclure, malgré une recette scénaristique très schématique finissant par progressivement exhiber ses lacunes, House demeure une série médicale méritant un investissement à plus ou moins long terme. En dépeignant avec soin des vignettes cliniques au demeurant insolubles, elle se focalise avant tout sur ses personnages et, plus particulièrement sur le magnifique portrait d’un homme complexe et abîmé. Tour à tour amusante, réfléchie, intrigante, piquante et parfaitement mise en scène, elle détient un sens du spectacle et du divertissement parfaitement calibré susceptible de satisfaire une large audience. Sa relation duelle phare s’inspirant du mythe qu’est devenu Sherlock Holmes, ses répliques ciselées constituées de jeux de mots et autres traits d’esprit atténuent un certain temps la rigidité de son format, son immobilisme et le recyclage de ses thématiques. Certes, la fiction a donc vieilli assez douloureusement, mais elle a tenu bon grâce à son antihéros égoïstement remarquable en mesure de transcender les décennies.


2 Comments

  1. Caroline
    tanukibzh• 3 mars 2015 at 19:31

    C’est ma série préférée du milieu médicale. :-) Dommage quelle s’est terminée dû à des coups budgétaires :-(

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    • Caroline
      Caroline• 6 mars 2015 at 22:22

      J’ai beau avoir une grande sympathie pour elle, je pense qu’il était sacrément temps qu’elle quitte l’antenne…

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