The Vampire Diaries (saison 5)

Par , le 17 mars 2015

Alors que la sixième saison de The Vampire Diaries a déjà bien entamé sa course, prenons le temps de revenir sur la cinquième. Composée de vingt-deux épisodes, elle fut diffusée sur The CW entre octobre 2013 et mai 2014. Aucun spoiler.

En raison d’un triangle amoureux redondant, d’une héroïne devenue désagréable et de moult défauts agaçants, la saison quatre se révélait peu inspirée et plus que décevante. Bien que ses derniers instants relevassent le niveau, ils ne suffisaient clairement pas à faire oublier les tourments passés. Pire, la crainte était de rigueur en commençant ces épisodes inédits comme une bonne partie de la distribution déménageait en Louisiane. Effectivement, rappelons l’existence de The Originals abordant les aventures des Mikaelson. The Vampire Diaries, en délocalisant des figures importantes telles que Klaus, ne se tirait-elle pas une balle dans le pied ? Que l’on se rassure immédiatement, ce n’est pas le cas. La petite sœur n’impacte enfin plus la grande. Bien sûr, les Originaux sont toujours présents dans les esprits et discussions des personnages – surtout qu’ils apparaissent dans quelques épisodes –, mais ils ne font plus partie intégrante des arcs majeurs. Contre toute attente, il s’agit là d’une excellente chose puisque la série peut se permettre de repartir sur de fraîches bases et injecter des dynamiques innovantes. Tout du moins, c’est ce qu’elle laisse croire dans sa première partie grâce à un fil rouge exaltant lié à Silas. Malheureusement, la suite retombe dans les travers habituels et peine à s’en sortir convenablement, empêchant dès lors la saison de convaincre de bout en bout. Dommage.

Les vacances d’été sont terminées, il est temps de retourner sur les bancs de l’école. Malgré leur condition de vampire, Elena et Caroline sont bien décidées à aller étudier à l’université et tandis qu’elles intègrent leur nouveau logement, elles espèrent être rapidement rejointes par Bonnie. À l’exception de Jeremy, personne ne sait encore qu’elle est décédée et le jeune homme tente de cacher le pot aux roses en inventant maintes excuses. Quoi qu’il en soit, c’est avec regret qu’Elena quitte Mystic Falls, car elle doit se séparer de Damon avec qui elle vient de passer plusieurs mois de farniente et de bonheur. Les deux roucoulent comme jamais même s’ils se sentent légèrement coupables vis-à-vis de Stefan. Ils n’ont d’ailleurs aucune idée de ce qu’il fabrique et où il se trouve. Normal, il est au fond d’un lac, piégé dans un coffre-fort et obligé de perpétuellement se noyer. La saison précédente se terminait sur une révélation ubuesque, avec Silas montrant enfin son vrai visage. Tout comme Elena, Stefan n’est qu’un énième doppelgänger et il partage ses traits avec le puissant sorcier immortel. Ce rebondissement ridicule n’inspirait pas grande confiance, avouons-le, et The Vampire Diaries utilise bien trop régulièrement le ressort des doubles maléfiques. Contre toute attente, cet arc s’avère solide, notamment grâce à un registre sarcastique où Paul Wesley s’amuse visiblement grandement dans le rôle du malfaiteur du moment. Silas n’était jusque-là qu’une vague menace peu enthousiasmante et il devient ici une bombe à retardement prête à tout pour atteindre son but qui est de retrouver sa chère et tendre afin de mourir. Sauf qu’il se voit confronté à une ennemie assez redoutable et quelque peu déséquilibrée : Qetsiyah (Janina Gavankar – The L Word, True Blood). Les deux passent ainsi la première partie de la saison à se mettre des bâtons dans les roues et le téléspectateur prend du plaisir face à ce duel imprévisible rondement mené où les répliques jouissives fusent. Cela faisait quelque temps que la série n’était pas parvenue à divertir de la sorte, ce qui plaît. Cette intrigue permet simultanément de densifier la mythologie et de développer l’origine des doubles et de ce qui s’y rapporte.

Le thème de cette année est clairement celui des doppelgängers. Elena, Stefan, Katherine et d’autres représentent deux visages pour plusieurs personnalités. Que cache cette anormalité de la nature ? L’irruption des Voyageurs apporte quelques réponses. Si ceux-ci sont visibles de manière assez ténue au tout début des épisodes, ils prennent assez rapidement de l’importance pour symboliser la grande menace du dernier tiers. Ses adeptes font partie d’un ancien groupe de sorciers qui, sans surprise, est nomade et ne reste donc jamais au même endroit pour des raisons progressivement dévoilées. Persévérants et disposant d’un atout implacable, ils s’avèrent en mesure de contrôler maintes personnes afin d’agir à leur guise. Ce fil rouge se révèle plutôt poussif et peu exaltant, probablement parce que les membres de cette faction sont insipides. D’autres nouveaux comme Liv (Penelope Mitchell) et Luke (Chris Brochu) leur gravitant autour sont également accessoires et ne servent à rien, si ce n’est favoriser des rebondissements. Encore une fois, The Vampire Diaries cherche à employer une figure supposément dangereuse et ne parvient nullement à injecter une quelconque tension. De toute manière, la série l’avait déjà fait craindre, elle ne sait plus se séparer définitivement de ses personnages. Si l’un d’entre eux meurt, il est clair qu’il reviendra à un moment donné. Comment peut-on ressentir quoi que ce soit dans ce cas ? L’impact émotionnel est quasi nul et empêche de prendre au sérieux les situations illustrées. D’ailleurs, le season finale est à la limite du grand-guignolesque tant les scénaristes prouvent leur incapacité à avancer convenablement en recyclant ad vitam æternam des ingrédients similaires. Pour étayer cette critique, le triangle amoureux est un autre argument indiscutable.

The Vampire Diaries a pour principal défaut d’étirer grandement cette histoire romantique entre les frères Salvatore et Elena. Ajoutons-y la vénéneuse Katherine et des éléments factices et la coupe a de quoi être pleine. La saison semble toutefois opérer de subtils changements et donne la sensation que le choix est définitivement entériné. En tout cas, de nombreux signes laissent penser qu’Elena est dorénavant sûre d’elle en dépit de coups du destin et évènements au demeurant inéluctables. Enfin ! Que l’on soit un partisan du volcanique et sanguin Damon ou du sobre et pondéré Stefan, il est plus que vital d’enrayer ces atermoiements. Si de ce côté, la saison satisfait étonnamment nonobstant un sentiment que les dés sont pipés, cela ne l’empêche pas non plus de s’empêtrer dans les craintes de l’aîné des Salvatore. En effet, Damon répète inlassablement sa litanie comme quoi il est mauvais, qu’il corrompt sa dulcinée, qu’il ne faut pas qu’il l’approche, etc. Ian Somerhalder multiplie de nouveau les écarquillements d’yeux, et l’entrain ou les traits d’esprit de son personnage ne réussissent pas systématiquement à effacer cette désagréable impression de revenir à chaque fois à la même chose où attraction et répulsion se succèdent. Elena doit être sauvée, tout le monde pense à elle parce qu’elle est visiblement le centre de l’Univers, un ancien démon de Damon ressurgit et l’amène à tout ficher en l’air, et ainsi de suite. The Vampire Diaries se focalise généralement de trop sur sa dimension amoureuse aux dépens de la surnaturelle. Un autre arc de cette année, celui lié à une organisation secrète, Augustine, permet d’explorer davantage le vampire et ses souvenirs, tout en apportant un nouvel éclairage sur la famille de l’héroïne. De bonnes idées sont notables, les expériences scientifiques et l’arrivée du sympathique Enzo (Michael Malarkey) en sont des preuves, mais l’écriture ne se montre pas toujours suffisamment aboutie en raison d’une certaine superficialité. Ne parlons pas du docteur Maxfield (Rick Cosnett) ou d’Aaron (Shaun Sipos – Complete Savages) servant surtout de faire-valoir aux principaux personnages. Il n’y en a de toute façon que pour Damon et Elena, même si certains comme Katherine essayent vainement de tirer leur épingle du jeu.

C’est atterrée et horrifiée que la narquoise Katherine terminait la saison quatre. Obligée par Elena d’avaler l’élixir magique, elle perdait notamment son immortalité en redevenant humaine. Ce coup du sort est délicieux et la voir souffrir psychologiquement et physiquement, après des siècles passés avec des habiletés hors normes, a de quoi injecter une atmosphère piquante à plusieurs scènes. Les premiers épisodes lui délivrent l’opportunité d’arborer un visage plus agréable où ses fêlures sont joliment dépeintes. Sa dynamique avec la mystérieuse Nadia (Olga Fonda) semblant n’être au départ que l’affaire d’une nuit de Matt inspire confiance. Or, The Vampire Diaries ne saisit pas la balle au bond et ne profite pas du potentiel de cette intrigue finissant par traîner en longueur. Il n’empêche que Nina Dobrev démontre une fois de plus son talent. En dépit du retour appréciable de plusieurs figures, le centième épisode, le 5×11, 500 Years of Solitude, méritait peut-être davantage d’étincelles et de ne pas ressembler à une sorte d’exercice de remplissage du parfait petit cahier des charges du genre. Il divertit tout de même, ne serait-ce que parce que Katherine est l’un des protagonistes les plus sympathiques et capables d’apporter une bonne dose d’autodérision salvatrice. Finalement, la saison ne manque pas d’idées créatives pour alimenter son récit, mais quand elle paraît enfin évoluer, c’est toujours pour mieux retomber dans ses travers, ce sensationnalisme et cette absence de cohérence psychologique. Sinon, quid des autres personnages ? Caroline n’est que peu choyée bien qu’elle garde de sa fraîcheur et illumine l’intégralité des épisodes par son enthousiasme. Même le fade Tyler ne diminue en rien de sa superbe. Sa relation amicale avec un Stefan de plus en plus charmant se révèle tout aussi plaisante et agréable. Dommage que la fiction ne privilégie pas ces deux-là plutôt que son duo vampirisant. Matt et Jeremy poursuivent leurs activités supposément viriles pendant que Bonnie continue de n’intéresser strictement personne. The Vampire Diaries ne se sépare donc pas de sa routine connue.

Pour conclure, cette cinquième année remonte avec une certaine peine le niveau de la précédente qui n’était déjà pas satisfaisante. Cela ne signifie nullement qu’elle se montre réussie puisqu’elle se retrouve encore une fois systématiquement parasitée par les écueils habituels de la série. Malgré une première partie amusante grâce à la lutte toxique entre deux êtres psychologiquement instables et, plus tard, une exploration pertinente de l’origine des doppelgängers, le scénario devient rapidement artificiel et peu inspiré. La plupart des personnages semblent enfermés dans un carcan étriqué les empêchant d’évoluer convenablement. Certes, la saison a la bonne idée d’enterrer vraisemblablement définitivement le triangle amoureux, mais le recyclage perpétuel des histoires associé à la mort impossible des figures principales finit par transformer The Vampire Diaries en une véritable caricature. Ne nions pas que le visionnage ne s’avère pas foncièrement désagréable, car le rythme demeure trépidant et que quelques héros sont attachants, mais les épisodes suivent une triste prévisibilité. Avec beaucoup de chance, le choix opéré en fin de parcours permettra de rafraîchir grandement cet univers commençant à sentir le renfermé.


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