Cat Street | キャットストリート

Par , le 27 mars 2015

Le succès de Hana Yori Dango est tel qu’il éclipsera probablement toujours toutes les autres œuvres de son auteure, Kamio Yôko. Pourtant, plusieurs d’entre elles méritent sûrement le détour et certaines ont même également été adaptées sous diverses formes. C’est par exemple le cas de son shôjo manga Cat Street ; constitué de huit volumes sortis entre 2004 et 2007, il est disponible en France chez Kana. À peine fut-il terminé qu’il a été transposé dans le petit écran en tant que série télévisée comportant six épisodes de quarante-cinq minutes chacun. Celle-ci fut diffusée sur NHK entre août et octobre 2008 et a pour principale scénariste Asano Taeko (Last Friends, Innocent LoveTsuki no Koibito). Aucun spoiler.

Alors qu’elle n’était qu’une enfant, Aoyama Keito passait toutes ses journées sur les plateaux de tournage. Actrice populaire malgré son jeune âge, elle se devait de répondre aux quatre volontés de sa mère qui voulait en faire une reine. Mais, suite à la trahison d’une de ses comparses, elle voit son existence basculer du jour au lendemain. De là, elle vit les dix années suivantes enfermée dans sa bulle, refusant tout contact avec la société. Quand elle rencontre par hasard le directeur d’une école libre, elle réalise qu’elle n’est pas la seule à évoluer en marge du monde et, peut-être qu’avec du soutien amical, ses chaînes finiront par se briser.

Il se trouve que j’ai lu et grandement apprécié le manga Cat Street assez récemment. En plus de disposer d’une atmosphère chaleureuse employant à fort bon escient une tonalité douce-amère, il aborde des thématiques intéressantes comme l’abandon du cursus scolaire, l’instrumentalisation des enfants, la quête extrême de la performance, la confiance en soi, la poursuite de ses rêves et maintes autres tout aussi universelles. Grâce à la délicatesse de ses traits et la pudeur de ses sentiments, il fait mouche et implique émotionnellement son public attendri. Ce fut en tout cas une très jolie découverte et je la conseille aux amateurs d’histoires sachant prôner la simplicité pour mieux sublimer la psychologie humaine. Naturellement, je ne peux m’empêcher de comparer la version originale avec son adaptation et le constat n’est pas positif. Du tout. C’est un peu comme si les producteurs avaient mélangé un tas d’éléments et décidé de réorganiser tout ça n’importe comment, à leurs propres goûts et sans tenir compte une seule seconde de réalisme ou de logique. Entre les caractères panachant ceux de plusieurs personnages du manga, la disparition de quelques figures pourtant sympathiques et de multiples raccourcis éhontés, il y a de quoi s’inquiéter. Cependant, après tout, que la transposition à l’écran soit extrêmement ratée ne signifie pas pour autant que la série à proprement parler s’avère mauvaise. Il convient peut-être seulement de faire la part des choses et d’oublier ce que l’on connaît. Sauf que, sans aucune surprise, le résultat n’est pas probant une seule seconde, ne serait-ce qu’outre la vacuité du scénario, la finesse du manga laisse place à un manichéisme et une caricature.

Aoyama Keito passe toutes ses journées à ne rien faire depuis dix ans. Dans sa famille, presque personne ne lui parle et quand c’est le cas, ce n’est que pour échanger quelques banalités. Accablée par la société, elle vit comme une hikikomori et souffre en silence de cette situation qui lui paraît inextricable. Elle n’a pas toujours été comme ça puisqu’avant, elle était extrêmement populaire. Sa mère voulait qu’elle devienne une actrice de renom et la poussait vers toutes les portes pour la propulser sous le feu des projecteurs. Suite à un incident l’ayant tétanisée sur scène, Keito s’est refermée comme une huître. Pour une fois qu’elle décide de sortir de chez elle, elle fait la connaissance d’un curieux homme (Namase Katsuhisa – Gokusen) qui n’est autre que le dirigeant d’une école libre. Dans cet établissement particulier, les élèves s’y rendent quand ils le souhaitent, y apprennent ce qu’ils désirent et ne doivent pas entrer dans le moule requis si cher aux Japonais. Cat Street pouvait justement approfondir cette dangereuse pression mise sur ces étudiants, mais elle ne s’y adonne pas. Quoi qu’il en soit, Keito fait un pas vers le changement en acceptant d’intégrer ce lycée et y rencontre trois jeunes devenant rapidement ses amis. Le caractère extrêmement passif de l’adolescente n’aide pas à la comprendre et à l’apprécier tant elle demeure fade, amorphe et non combative. Pour cela, il ne faut pas blâmer l’interprétation de la sympathique Tanimura Mitsuki, mais plutôt l’écriture paresseuse se contentant du strict minimum, voire s’empêtrant dans les stéréotypes. Les dynamiques que Keito entretient avec autrui restent moyennement engageantes, même quand elles sont supposées instaurer un climat romantique. De toute manière, le peu d’effort ambiant parasite totalement cette fiction. Malgré une structure très courte susceptible d’éviter les temps morts, la forme n’arrange pas la situation avec un rythme bancal et parfois précipité, une mise en scène assez datée et une musique de Watanabe Yûichi rapidement oubliée.

Tout au long des épisodes, Keito apprend à sortir de sa coquille et réalise qu’en une décennie, de nombreuses choses ont eu l’opportunité de se passer. Elle était jusque-là tellement déconnectée qu’elle ne connaît plus rien et peine à se remettre sur les rails. Heureusement, elle peut compter sur le soutien indéfectible de trois personnes. La première d’entre elles est la pétillante Noda Momiji (Kurokawa Tomoka –  Shôkôjo Seira) ; grande amatrice de couture, elle souffre d’être moquée pour ses choix vestimentaires quelque peu grandiloquents et garde sempiternellement le sourire. Suzuki Gôta (Kimura Ryô – Hanazakari no Kimitachi e), lui, est un passionné de hip-hop, mais il parle peu, car il bégaye et tente de cacher ce qu’il juge comme un handicap. Enfin, Mine Kôichi (le charmant Katsuji Ryô – Rebound) est le cerveau de la bande et ne se sépare jamais de son ordinateur avec lequel il semble pouvoir faire tout et n’importe quoi. Le trio se serre les coudes et chemine progressivement vers l’acceptation de leurs propres lacunes, tout en essayant d’aller de l’avant. En bref, Cat Street dispose techniquement de solides atouts pour instaurer un registre amical mettant du baume au cœur et induisant une certaine réflexion sur la société et l’adolescence. Ce n’est pas le cas. Au lieu de ça, les intrigues se révèlent anémiques et se content d’artifices pour créer du mélodrame factice. Évoquer le suicide, l’ijime ou des sujets difficiles ne rend pas une série réaliste ; non, le contexte doit être travaillé et traité avec subtilité pour convaincre convenablement. Plutôt que d’explorer les tourments ou la personnalité de ses héros, la fiction joue la carte de la jalousie, de romances à deux francs six sous, de grossières ficelles et de clichés. Arrivés en fin de parcours, les protagonistes restent vides de toute substance et les relations les unissant ne sont guère plus exploitées. Bien sûr, les figures plus tertiaires sont encore plus transparentes que les autres et ne servent que de faire-valoir. Il est tout de même possible d’y noter la présence de Tanaka Kei (No Con Kid) en artiste maquilleur et de Ishiguro Hideo (Gokusen 3) comme un ancien camarade de classe de Keito.

Pour conclure, en plus d’adapter à la truelle le manga du même nom, la série Cat Street ne satisfait et ne réussit jamais à impliquer émotionnellement ses téléspectateurs. Pourtant, derrière cette chronique d’adolescents quelque peu à la dérive devenant amis, elle s’avérait en mesure de marquer et de fédérer. À la place, les épisodes enchaînent les rebondissements les uns à la suite des autres et souffrent d’une superficialité presque irritante. Entre les personnages peu attachants et moyennement interprétés, un rythme monotone, une absence d’exploration des principales figures et une écriture poussive, il ne reste plus grand-chose à quoi se raccrocher. L’impression laissée par cette production très vide est d’autant plus amère lorsque l’on sait qu’à l’origine, il existe un véritable potentiel. Les fans de la mangaka tâcheront de se contenter pour l’instant de Hana Yori Dango.


2 Commentaires

  1. makichan• 12 avril 2015 à 3:41

    Tu confirmes ce que j’avais pensé quand j’avais regardé l’épisode 1 il y a longtemps. Il m’avait tellement pas convaincu que je n’avais même pas essayé de continuer. Et ce n’est pas faute d’avoir un nombre peu important d’épisodes.
    Je pense que ce sont vraiment les deux personnages masculins qui m’ont le plus déplu: le changement de Rei par ce Suzuki est très mal passé (j’aime pas le hip-hop, donc ca m’a pas du tout aidé), et le peu de charisme de Mine a achevé mon choix d’arrêter le visionnage.
    Dommage! Il y avait de quoi faire quelques choses de bien, même avec un petit budget.

    (Ca a rien à voir, mais j’ai enfin ré-écrit des trucs sur mon blog. Si ca intéresse ^^, )

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    • Kerydwen• 12 avril 2015 à 10:12

      Si je n’étais pas aussi psychorigide dans ma méthode de visionnage, je pense que j’aurais également arrêté cette série. Elle ne dure que six petits épisodes, mais ils sont tellement lents et creux qu’ils donnent l’impression d’être multipliés par deux. Je ne comprends vraiment pas pourquoi les scénaristes/producteurs ont imaginé que ce serait une bonne idée de fusionner et de réécrire les personnages masculins. Ce n’est pas comme si dans le manga, ils étaient impossibles à adapter. À la rigueur, si cela avait été fait correctement, je ne dis pas, mais comme tu le notes, il manque du charisme pour Mine et l’amateur de hip-hop m’a paru surtout pas mal ridicule.

      (Chouette, tu es de retour sur la blogosphère. Bien sûr que ça m’intéresse ! ^^)

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