That ’80s Show (série complète)

Par , le 31 mars 2015

Une grande majorité des sériephiles des années 2000 connaît probablement That ’70s Show, mais ce n’est pas dit que tous aient eu vent de sa petite sœur, That ’80s Show. Et pour cause, elle n’a clairement pas eu un parcours similaire ! Cette fiction américaine créée par la même équipe est composée d’une unique saison de treize épisodes de vingt-deux minutes. Elle fut diffusée sur Fox entre janvier et mai 2002 et a rapidement été annulée, notamment en raison de ses audiences catastrophiques. Aucun spoiler.

1984, San Diego. Corey vient d’être embauché chez une disquaire, dans l’attente de devenir un de ces jours un musicien. Il partage ses journées entre ses amis, sa famille et son travail. Sa rencontre avec une punk l’oriente vers un chemin moins paisible.

Fort du succès de That ’70s Show, des producteurs visiblement attirés par l’appât du gain ont pensé que ce ne serait pas un mal que d’essayer d’en profiter davantage en lançant une série dérivée. C’est ainsi qu’est née précipitamment That ’80s Show. Dans les faits, elle n’a aucun point commun avec la fiction susnommée puisqu’il n’existe pas de réelle connexion entre les deux et que les personnages changent totalement. Les ressemblances se situent essentiellement au niveau de la structure à proprement parler, mais aussi par rapport à quelques caractérisations et autres ressorts supposément humoristiques. Pour autant, la série n’est pas drôle et oublie qu’elle est censée divertir et non pas provoquer maints soupirs consternés. Comme le titre l’indique, les années 1970 ont été rangées au placard pour mieux embrasser la décennie suivante. C’est la génération propice aux symboles forts du mouvement punk, à la mode new wave et au break dance, à l’arrivée en fanfare d’artistes comme Michael Jackson, à la sortie en salles d’E.T. the Extra-Terrestrial., aux débuts de Dynasty, au libéralisme, à la prise de conscience de la nécessité de protéger l’environnement, etc. En bref, les caractéristiques inhérentes à cette période sont multiples et les épisodes insèrent quelques références à la culture populaire, mais le tout demeure à l’état embryonnaire et sans finesse. Qui plus est, la bande-son est franchement mauvaise et a de quoi laisser plus que circonspect. Ce n’est pas du tout lié au fait que la mode musicale de l’époque était insupportable, mais la qualité des mélodies choisies est ici discutable. Quel est l’intérêt d’axer un récit sur un moment bien précis de l’Histoire si c’est pour le faire avec artificialité ? Bonne question. Au lieu d’insérer ses personnages dans ce cadre, la série opère à l’envers en employant ces derniers pour combler le vide et jouer uniquement la carte nostalgique. Avouons tout de même que les années 1980 ne sont peut-être pas suffisamment différentes de celles que nous vivons actuellement, ce qui atténue inéluctablement le contraste. Il n’empêche que That ’80s Show se contente d’appliquer avec de gros sabots les clichés de cette période, sans en profiter convenablement et approfondir avec subtilité ses thématiques. Les figures de cette production évoluent alors dans un univers kitsch et à la limite du grotesque. De toute manière, l’ensemble se révèle superficiel de bout en bout. La mise en scène peu inspirée et les rires enregistrés omniprésents n’accentuent que davantage les défauts de l’écriture laxiste cherchant à combler ses lacunes par un sarcasme ne faisant guère mouche.

La petite vingtaine, Corey Howard (Glenn Howerton – It’s Always Sunny in Philadelphia) déçoit régulièrement son père, R.T. (Geoff Pierson – Dexter), dirigeant d’une société de fitness au look à la Miami Vice. Peu diplômé, il rêve d’embrasser une carrière musicale, mais il constate que la réalité est parfois tout autre. Afin de subvenir à ses besoins et s’occuper, il décroche un emploi à Permanent Record, un magasin de disques. Là, il peut laisser libre cours à sa lutte contre le système, capitalisme que sa figure paternelle représente à merveille par son matérialisme outrancier. Sa rencontre avec une salariée de l’établissement, Tuesday, lui fait comprendre qu’il mène une vie privilégiée. Après tout, il réside encore dans la maison familiale en compagnie de sa sœur, Katie (Tinsley Grimes), une apprentie écologiste enjouée ayant mis de côté ses études. Son meilleur ami, Roger (Eddie Shin), est son antithèse puisqu’il court après la fortune tout en choyant son style et son apparence. À leurs côtés s’ajoutent Sophia (Brittany Daniel), la bisexuelle de service à l’évolution improbable, et la patronne acerbe de Corey (Margaret Smith) aux nombreuses conquêtes dans le milieu du rock. Effectivement, les personnalités se calquent grandement sur celles de That ’70s Show. À l’instar des journées routinières de Corey, les épisodes répètent inlassablement une même mécanique. En d’autres termes, le héros alterne entre son domicile, son travail et le club où il retrouve ses compères. Dans chacun de ces lieux, il suit un quotidien immuable et ne déroge jamais à la règle. Forcément, le résultat s’avère rapidement ennuyant d’autant plus que les répliques écrites à la truelle n’aident pas à faire passer la pilule. C’est simple, les personnages ne sont pas attachants pour un sou et n’évoluent pas d’un iota. Il faut dire qu’ils sont tous transparents et caricaturaux. Tuesday, la punk jouée par une pétillante Chyler Leigh (Grey’s Anatomy) alors inconnue, le prouve à merveille. Avec sa coupe de cheveux en pics, ses vêtements en cuir et un total look en conséquence, elle finit par progressivement perdre en acidité grâce à l’amour. Bien sûr, That ’80s Show ne néglige pas les états d’âme de ses protagonistes, mais tout comme pour les relations amicales, elle ne donne pas envie d’y croire en raison de situations préfabriquées et redondantes. Corey et Tuesday se tournent autour, sautent le pas, doutent – et ainsi de suite. Pour résumer, il ne se passe presque rien de consistant dans les épisodes. Il est seulement amusant d’y découvrir Tammy Lynn Michaels (Popular) et T.J. Thyne (Bones) dans des rôles secondaires.

Au final, l’unique saison de That ’80s Show est une vraie resucée de That ’70s Show ayant oublié tout ce qui faisait le sel de celle-ci. N’usant pas avec finesse de son cadre temporel et mettant en avant des personnages stéréotypés insipides, elle se révèle inepte et profondément ridicule. Entre l’écriture poussive de ses épisodes, l’absence totale d’originalité, les rires omniprésents, les dialogues moribonds et l’interprétation fluctuante, rien ne donne envie de s’y attarder. Pire, la série ne parvient guère à injecter de l’humour alors qu’il s’agit de sa mission principale. C’est bien la preuve que la réussite d’une fiction ne se limite pas uniquement à plagier une recette ayant démontré auparavant son efficacité.


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