Celeb to Binbô Tarô | セレブと貧乏太郎

Par , le 3 avril 2015

Serait-ce une comédie romantique sur Luminophore ? La précédente remonte à… à quand d’ailleurs ?! Tout du moins, Celeb to Binbô Tarô s’annonce comme telle sur le papier, mais cela ne signifie pas pour autant que cette série réponde réellement aux critères du genre. Constituée de onze épisodes, elle fut diffusée sur Fuji TV entre octobre et décembre 2008 ; le premier et le dernier disposent d’une dizaine de minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Depuis qu’il est veuf, Satô Tarô peine à joindre les deux bouts et vit avec ses trois enfants dans une misère assez désolante. Malgré tout, il ne se laisse jamais abattre et peut compter sur le soutien indéfectible de ses proches. Quand on lui propose un emploi en or, il saute sur l’occasion, même si cela signifie devoir côtoyer une jeune célébrité richissime n’ayant vraisemblablement jamais été confrontée aux soucis typiques du petit peuple.

Le choix de cette comédie romantique plutôt qu’une autre peut paraître très curieux tant elle s’avère assez méconnue et désormais presque ancienne. En fait, je l’ai récupérée il y a un moment, pour l’unique présence de Kashiwabara Takashi pour qui j’ai un faible. Puisque je suis en train d’essayer de vider mes stocks, j’ai enfin décidé de lui donner sa chance, même si elle ne me tentait pas particulièrement. Le scénario ne me disait rien qui vaille et je craignais les stéréotypes, la morale bon marché et l’interprétation moyennement heureuse. Sans surprise, mes doutes ne furent en aucun cas enrayés et, pire que ça, maints écueils se sont rajoutés à la liste. Pourtant, Celeb to Binbô Tarô commence d’une manière tout à fait correcte, mais en cours de route, la série change littéralement de visage et oublie sa romance classique pour plutôt se diriger vers une comédie outrancière où les rebondissements ridicules et les incohérences se multiplient. La réalisation et la musique composée par Yamashita Kôsuke (Hana Yori Dango) restent sobres, bien que non mémorables. Il n’empêche, qu’est-il arrivé pour un tel revirement ? À croire que toute l’équipe créative a été modifiée dans la conclusion tant on a l’impression d’être face à deux œuvres différentes.

C’est bien connu, les contraires s’attirent et de nombreuses fictions adorent s’amuser des contrastes pour mieux les mettre en valeur. Comme son titre l’indique, Celeb to Binbô Tarô oppose une célébrité au pauvre Tarô. Satô Tarô a la trentaine et vit de petits boulots en espérant récupérer un maigre pécule à la fin de la journée. Son lieu d’habitation ressemble à une sorte de taudis amélioré et, avec ses trois enfants, il se contente d’un œuf pondu par leur poule et de lamelles de tranches de mie de pain en guise de nourriture. Par chance, il arrive parfois à mettre un sou de côté pour pouvoir, par exemple, payer la facture d’électricité dans les temps avant de se retrouver dans le noir complet. Sa progéniture ne fait pas cas de cette situation et, de son côté, il ne baisse pas non plus les bras. Ce cadre moribond pourrait faire pleurer dans les chaumières, mais le j-drama ne favorise jamais le pathos. Ce serait même tout le contraire tant les adversités sont tournées en dérision. Il faut dire que l’interprétation survoltée de Kamiji Yûsuke (Tôbô Bengoshi) en Tarô donne immédiatement le ton. Le veuf en question s’avère assez irritant, car il paraît surtout idiot, naïvement altruiste et cumulant les maladresses. À la longue, il fatigue d’autant plus que son cheminement personnel se veut peu inspiré. Qui plus est, sa relation avec l’héroïne, la styliste Mitazono Alice, ne dégage aucune alchimie et il devient donc plus que difficile d’y adhérer.

Pour tenir la route, une des conditions des comédies romantiques est de créer un pont émotionnel avec ses téléspectateurs. En d’autres termes, il importe de crédibiliser la dynamique maîtresse. Ici, ce n’est jamais le cas et l’on vient même à espérer que les deux protagonistes ne finissent pas ensemble parce qu’ils n’ont absolument rien en commun. Outre le stupide surexcité Tarô, la série s’attarde sur Alice. Cette héritière d’une famille cossue navigue dans le luxe et la volupté depuis son plus jeune âge. Passionnée par la mode, elle a lancé sa propre compagnie, Love Alice, et est admirée dans tout l’archipel. En apparence superficielle et méprisante, elle se révèle plus fine qu’elle n’en a l’air, bien que sa caractérisation change vers la fin du tout au tout pour redevenir fort caricaturale. Quoi qu’il en soit, Alice cherche un jour un chauffeur et, suite à certaines circonstances, décide d’employer Tarô. Entre eux deux, les étincelles fusent, mais ils ne peuvent s’empêcher de se retrouver envers et contre tout. Que voulez-vous, l’amour ne se commande pas. C’est la jolie Ueto Aya (Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite, Nagareboshi) qui offre ses traits à l’héroïne et elle en profite pour arborer plusieurs perruques différentes par épisode. Derrière ce visage angélique se cachent en réalité des meurtrissures, car la jeune femme souffre de l’attitude de sa belle-mère étouffante, l’horripilante Makiko (Wakamura Mayumi) à la postiche blonde. Celeb to Binbô Tarô ne s’embarrasse pas des clichés, c’est certain. Ah, ajoutons aussi qu’Alice a pour animal de compagnie un… lionceau. Oui.

Tout au long de la série, Alice et Tarô se tournent autour et il convient de ne pas attendre quoi que ce soit de cette romance étant donné qu’elle ne débouche pas sur grand-chose de consistant. Bien sûr, tous les ressorts scénaristiques habituels sont de la partie, dont les rivaux. Contre toute attente, ils se révèlent nettement plus pertinents. La grande amie de l’épouse décédée de Tarô, Yasuda Sachiko, est très rafraîchissante, peut-être parce que Kuninaka Ryôko (Churasan, Madonna Verde) prouve de nouveau sa capacité à délivrer un jeu naturellement attachant. Toute son intrigue est douloureusement prévisible, mais cela ne gêne pas de trop compte tenu des défauts environnants. Effectivement, comme par hasard, elle s’est entichée de ce benêt de Tarô, mais il ne voit rien de rien. L’autre rival est représenté par l’ancien amour d’Alice, Gotôda Tsukasa, revenu au pays après plusieurs années d’absence. Le charmant Kashiwabara Takashi (Hakusen Nagashi, Hachimitsu to Clover) insuffle à son personnage une certaine classe malgré la psychologie ridicule et le développement ubuesque de fin de série. Dans tous les cas, les épisodes se multiplient et le scénario ne bouge guère, d’autant plus qu’en milieu de parcours, la production décide de changer totalement d’atmosphère en injectant une tonalité loufoque et rocambolesque sortie de nulle part.

Que l’ensemble soit conventionnel pourrait être tolérable à condition que le divertissement soit présent. Après tout, personne ne demande une comédie romantique se détachant de l’ordinaire, mais plutôt un spectacle mettant du baume au cœur et des étoiles dans les yeux. Le début des aventures de Tarô et d’Alice demeure classique et se regarde assez aisément malgré un canevas mécanique et des ressorts éculés. Jusque-là, les personnages tertiaires ne prennent pas trop de place et savent donc rester en retrait. Pour on ne sait quel motif, l’histoire décide de leur donner la parole et c’est en partie là que tout part dans un bric-à-brac grand-guignolesque. Tarô réside dans un petit quartier, avec ses figures locales hautes en couleur se réunissant dans le restaurant du père de Sachiko. Coiffeur, poissonnier, gérant de bains publics, tous s’y retrouvent pour boire, manger et discuter plus ou moins gaiement. Du côté d’Alice, ses employés n’hésitent pas non plus à s’imposer plus qu’il n’en faut. Dans la seconde partie de la série, ces deux groupes se rejoignent et se lancent dans des délires ineptes où il est question de chasse au trésor, de lutte pour un ticket d’entrée à un mariage, etc. Tout est bon pour illustrer la morale bon marché. Ce n’est ni drôle ni agréable à regarder, mais plutôt déplaisant. Les multiréférences à Barack Obama et à des fictions américaines ne font que jeter de l’huile sur le feu de cette espèce de parodie poussive.

Au final, Celeb to Binbô Tarô symbolise à juste titre les défauts excessifs souvent pointés du doigt par les détracteurs des travaux nippons. Au lieu de proposer une comédie romantique digne de ce nom comme elle semblait le faire de prime abord, elle se lance vers la fin dans un parcours improbable où tous les ingrédients sont permis pour accentuer au maximum la blague vaseuse, quitte à accumuler les incohérences. En plus d’être surjouée à l’extrême et de s’engouffrer dans le sentimentalisme gratuit, la série ne parvient même pas à amuser ou crédibiliser son duo de supposés amoureux qui ne dégagent rien ensemble comme séparément. Résultat, cette production clichée s’apparente alors à une parodie ratée où le bon sens et la finesse manquent à l’appel.


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