True Blood (saison 7)

Par , le 14 avril 2015

C’est un soupir de soulagement que des millions de téléspectateurs ont probablement poussé dans le courant 2014, car True Blood a définitivement quitté l’antenne après sept longues années de service. Avant de refermer ce chapitre, il convient justement de discuter de son ultime saison, composée de dix épisodes de cinquante à soixante minutes, et diffusée sur HBO entre juin et août 2014. Aucun spoiler.

Dès le départ, cette création télévisuelle d’Alan Ball m’a plu. Atypique, souvent grotesque, outrancière et plutôt absurde, elle répondait à maintes de mes attentes en terme de pur divertissement décomplexé. Qui plus est, sa galerie de personnages m’était profondément sympathique. Malheureusement, comme trop de productions s’enracinant dans le paysage, sa qualité n’a fait que décliner pour atteindre des sommets d’ennui et de lassitude. Contre toute attente, je ne peux m’empêcher de garder pour True Blood un franc sentiment d’attachement, peut-être parce que ses débuts furent un vrai coup de cœur. Après une médiocre sixième saison, la question était de savoir si la toute dernière rattraperait les écueils précédents en permettant à la série de s’en aller la tête haute. Personne n’exigeait de révolutionner le monde, seulement de remercier comme il se devait l’audience en délivrant du spectacle et une atmosphère digne de ce nom. C’était visiblement trop demander.

La fiction nous avait auparavant laissés devant l’attaque du Merlotte par des vampires infectés. L’hépatite V, déjà amorcée par le passé, semble à première vue représenter l’arc majeur de cette année. Effectivement, les créatures aux dents pointues meurent en masse dans d’atroces douleurs en raison de cette maladie se transmettant par voie sanguine et sexuelle. Si les humains peuvent porter le virus et ne souffrent d’aucun symptôme, ils sont à même de propager l’épidémie. La psychose est d’autant plus importante que les vampires contaminés doivent impérativement consommer régulièrement de l’hémoglobine s’ils veulent survivre quelques jours de plus. À Bon Temps, le nouveau maire, Sam, décide d’instaurer une certaine entente entre les habitants. Chaque humain est associé à un être de la nuit ; le premier est protégé par le second et, en retour, lui offre un peu de liquide rouge coulant dans ses veines. Contre toute attente, cette intrigue n’en est pas réellement une. Certes, elle amène son lot de rebondissements et autres développements, mais elle n’est que vaguement esquissée et diluée à l’extrême. De toute manière, toutes les histoires amorcées au cours de la saison sont totalement vides et insipides. C’est pourquoi il devient presque difficile de synthétiser les évènements s’y déroulant puisque les épisodes se suivent et n’apportent rien de consistant. Ah, si, l’ennui, lui, prédomine dans ce qui s’apparente à une sorte de longue nostalgie sentimentale hors propos.

True Blood l’avait déjà fait craindre, elle n’a plus rien à raconter. Ses figures jadis hautes en couleur ne rayonnent que rarement et, de toute façon, elles sont pour la plupart traitées avec un irrespect le plus total. C’est un comble quand on réalise que la saison cherche à revenir aux fondamentaux en brossant les autochtones de Bon Temps. Sûrement parce que c’est la fin, les scénaristes n’hésitent pas à tuer à tout va alors qu’ils n’avaient jamais osé le faire jusqu’à présent. Cette tactique supposément émotionnelle n’est pas inintéressante à condition d’être effectuée avec soin. En l’occurrence, des personnages pourtant principaux disparaissent de l’écran n’importe comment, telles de vulgaires chaussettes. Le public en vient dès lors à se demander s’il ne s’agit pas d’un stratagème pour les faire revenir plus tard, mais non, du tout. De même, contacter des protagonistes ayant eu l’occasion de tirer proprement leur révérence n’est pas une bonne idée, surtout lorsqu’ils réapparaissent uniquement dans le but de diriger l’histoire vers la conclusion désirée, sans une quelconque subtilité ou finesse. La fiction n’a jamais été la championne dans cette catégorie, mais elle parvenait malgré tout à atténuer ses lacunes grâce à une recette astucieusement maîtrisée. Des figures régulières sont laissées sur le bord de la route et d’autres comme Sookie ne bénéficient pas non plus d’un matériel convaincant ou émotionnellement chargé. Qu’ils soient seuls ou à plusieurs, les personnages s’apparentent en définitive à des coquilles vides. En prime, les multiples moments inutiles, dont plusieurs avec les souvenirs de Bill, ne font qu’étayer davantage cette impression de longue, longue agonie.

Dans le détail, la saison s’arrête sur les questionnements métaphysiques de Lettie Mae et du révérend, illustre Sam à travers la grossesse de sa compagne, prouve de nouveau qu’avec peu d’exploration, Lafayette est génial, s’attarde sur la folie dominatrice de Violet, dépeint les premiers émois amoureux d’Adilyn, transforme Sarah Newlin en Noomi, met en scène une Jessica psychologiquement perturbée et, oui, tout ceci est superficiel, peu enthousiasmant et totalement ubuesque quand on sait que la fin de la série est inéluctable. Ce n’est pas tant que la qualité de l’ensemble soit désastreuse ou que les protagonistes irritent. Non, tout respire seulement la platitude. Les épisodes oublient d’insérer un rythme enlevé, de l’humour et une sensation que l’on s’approche d’une conclusion définitive. Pam et Eric sortent quelque peu le téléspectateur de sa torpeur, même s’ils ne parviennent pas non plus à transcender ce scénario anémique. Leur relation est évidemment toujours aussi joliment retranscrite et leurs dialogues savamment écrits, mais cela ne suffit pas. Au moins, la scène du Viking dans la voiture customisée des yakuzas à l’accent japonais abominable est très amusante ; les petites vignettes avec Ginger valent également le déplacement. En fait, les deux vampires sont sûrement les seuls à ne pas trop sombrer dans les clichés parce qu’il faut l’avouer, la toute fin est mielleuse à souhait, conventionnelle et des à années-lumière de ce que l’on pouvait s’imaginer en débutant cette série autrefois excessive.

Pour résumer, la septième et dernière saison de True Blood s’enlise dans son absence totale de scénario. Entre des séquences ineptes, une nostalgie ambiante très mal amenée et des dynamiques redondantes, il ne reste plus grand-chose à se rattacher. Même les personnages finissent par ne plus intéresser alors qu’ils ont su jadis injecter beaucoup de sympathie. La conclusion symbolise trop parfaitement ce détachement tant elle ne provoque ni regret de quitter cet univers ni divertissement. C’est donc avec indifférence, voire une pointe de soulagement, que l’on referme ce chapitre vampirique ayant perdu de sa verve. Il n’empêche que malgré sa pertinence allant decrescendo, cette production dispose de solides atouts dans ses premières saisons et mérite l’investissement à partir de l’instant où l’on apprécie les récits bigarrés métaphoriques frôlant le grand-guignolesque, bien que réussissant à s’en sortir et induire une sorte de fascination surréaliste. Rien que pour ça, je pense garder pour l’irrévérencieuse True Blood une grande tendresse et tenter d’oubli cet épilogue douloureusement vertueux.


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