C’est assez curieux de terminer la première saison d’une série en ayant grandement hâte de découvrir la suite, mais d’attendre malgré tout quatre ans avant de la lancer. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, d’ailleurs. Bref. Après avoir été enchantée par l’asadora Churasan en 2011, j’ai décidé de reprendre la route d’Okinawa avec Churasan 2. Le format change radicalement puisque la fiction n’est pas passée en matinée comme précédemment et détient un nombre d’épisodes bien plus restreint. Effectivement, ce qui s’apparente à une sorte de deuxième saison en comporte six de quarante-cinq minutes et elle fut diffusée sur NHK en mars et avril 2003. Les aventures d’Eri ne s’arrêtent pas là et je pense regarder la conclusion assez prochainement, histoire de mettre un point final à ce sympathique univers. Aucun spoiler.

Sans aucune surprise vu ma mémoire, je ne me souvenais plus très bien de quelle manière Churasan se terminait. Ce dont je me rappelais, en revanche, c’est que la chaleur humaine prédominait dans ce microcosme haut en couleur. J’admets, je craignais grandement de tester cette suite, probablement en raison de sa structure différente. Il est évident que l’écriture doit effectuer de sérieuses mises au point afin de réussir à passer d’une douzaine de minutes à plus de quarante. Le rythme tranquille de l’asadora ne gêne nullement dans un petit quart d’heure, mais si l’on multiplie ce temps d’antenne par quatre, il s’avère naturel d’être perplexe. Malheureusement, cette deuxième saison ne parvient pas à enrayer cet écueil presque attendu. Effectivement, les six épisodes manquent singulièrement d’entrain et souffrent d’un schéma redondant. Déjà, les intrigues reposent sur les mêmes thématiques qu’auparavant, ce qui n’arrange rien, mais surtout, c’est comme si tout demeurait profondément mécanique. Les personnages principaux sont mis en avant et, les uns à la suite des autres, ils doivent vaincre quelques adversités pour mieux avancer. Les histoires ne sont jamais parallèles, mais traitées séquentiellement. Le résultat en devient alors extrêmement bizarre et bancal, voire à la limite du poussif par moments. Bien sûr, cela n’annule en rien toute la sympathie que l’on ressent pour les Kohagura, ce qui n’empêche pas de se dire que, décidément, les Japonais devraient arrêter de vouloir à tout prix prolonger artificiellement des suites. L’humour latent, les blagues, la comédie de situation s’allient aux sentiments, à la douceur de vivre et aux affres d’une réalité parfois un peu cruelle. Le mélange fonctionne toujours aussi bien et, avouons-le, le cadre d’Okinawa offre en plus de fort jolis paysages.

Eri et Fumiya résident désormais sur l’île natale de la jeune femme, Kohamajima, avec leur fils, Kazuya. Leur quotidien s’écoule paisiblement tandis qu’ils veillent à mener à bien leur dispensaire monté avec les moyens du bord. Là-bas, les habitants sont assez âgés et bien que les deux amoureux soient pétris de bonnes intentions, ils réalisent de plein fouet leur jeunesse et manque d’expertise. C’est pourquoi ils choisissent de repartir momentanément à Tôkyô afin d’approfondir leurs connaissances respectives. Naturellement, ils décident de retourner du côté d’Ippukan où les attendent leurs compères de naguère. Ces derniers n’ont pas beaucoup changé et continuent également leur train-train du mieux qu’ils peuvent. Maria souffre du syndrome de la page blanche, Yôko s’amuse à embêter Shibata qui n’a de cesse de se remémorer des passages humiliants de sa jeunesse alors que personne ne l’écoute, Nanako mène sa carrière convenablement en supportant le fantasque Keishô, tout le monde cherche à éviter la zélée Eri, etc. Haruka opte pour un registre plus humoristique, ce qui est chouette. En somme, les protagonistes sont fidèles à eux-mêmes. Le constat se révèle tout aussi identique du côté des Kohagura demeurés à Naha. Autrement dit, Keibun ne fait rien à part manger, jouer du sanshin et dormir ; Katsuko le terrorise avec ses gros yeux et s’acoquine avec sa surprenante belle-mère. S’il paraît normal de croquer de nouveau les dynamiques de la série de la sorte, les sujets méritent d’être davantage originaux. Or, ce n’est pas toujours le cas nonobstant de jolis passages. Eri doute de ses compétences, elle fait l’aller-retour entre son île et Tôkyô, Keitatsu s’embourbe dans un marasme romantico-musical, les femmes se liguent contre les hommes et… c’est à peu près tout. Le prolongement sans relief sur la malade que soigne l’héroïne se veut bien trop ronronnant en plus de sombrer dans les travers du sentimentalisme facile. De même, la découverte difficile de Keishô n’est pas explorée convenablement et prouve que dans cette saison, tout reste à l’état embryonnaire. Il aurait été préférable de se limiter à quelques éléments et de les appuyer davantage plutôt que de lancer maintes idées et de les oublier en deux minutes. Les rebondissements sont multiples et précipités, ce qui dessert la série.

Pour conclure, les six épisodes de Churasan 2 reprennent la formule ayant fonctionné précédemment avec une grande louchée d’humour, de fraîcheur, d’émotions fédératrices, de bonne humeur et le charme pittoresque de ces figures adorables. Cependant, bien que la banalité des intrigues ne soit pas foncièrement préjudiciable, c’est plus l’écriture approximative et très scolaire ainsi que le rythme brutal qui nuisent à l’ensemble. Au bout du compte, l’ennui pointe le bout de son nez à plusieurs reprises et empêche l’enthousiasme de se frayer un franc chemin jusqu’au public. Demeure forcément toute la tendresse que l’on porte à cet univers bigarré où la culture okinawaïenne est palpable, ce qui est déjà pas mal du tout, nous en conviendrons. Avec un peu de chance, la suite s’avère mieux construite et moins répétitive.