Après avoir regardé maintes adaptations d’œuvres du romancier Higashino Keigo, il fallait bien que je me penche sur l’un de ses succès les plus notables, surtout que sa version télévisée dormait dans mes archives depuis plusieurs années. Outre Byakuyakô, Meitantei no Okite, Shukumei et beaucoup d’autres, l’écrivain est surtout connu pour les aventures de Yukawa Manabu narrées dans Galileo. À l’origine se trouve d’abord un livre, Tantei Galileo, publié au Japon en 1998, et il comporte de nombreuses suites et dérivés. D’ailleurs, la fiction dont nous allons discuter aujourd’hui se base justement sur Tantei Galileo, mais également sur Yochimu datant de 2000. Pour l’heure, ne sera traitée que la première saison du j-drama, car évidemment, fort de sa réussite, la chaîne en a profité pour poursuivre les transpositions à l’écran, le petit comme le grand. Le renzoku en question possède dix épisodes diffusés sur Fuji TV entre octobre et décembre 2007 ; le premier et le dernier disposent de quinze minutes additionnelles aux quarante habituelles. Aucun spoiler.

Une jeune inspectrice de police encore plutôt naïve et un brillant physicien excentrique s’associent pour résoudre des affaires criminelles régulièrement fort curieuses.

Pour peu que vous connaissiez Luminophore depuis un moment, vous savez à la découverte de ce synopsis que la série ne part pas vainqueur. Effectivement, je ne suis déjà pas la plus friande qui soit des fictions policières, mais en plus, j’abhorre le format schématique d’un cas par épisode. Or, Galileo c’est tout ça. Pourquoi l’avoir tentée, alors ? Tout d’abord, je tiens à préciser que comme écrit plus haut, je l’ai récupérée il y a longtemps, sûrement presque dès que je me suis penchée sur le monde des j-dramas. À l’époque, je ne faisais pas trop la fine bouche et je tâchais de suivre les recommandations lues de-ci de-là. Lors de son passage, Galileo a explosé les audiences et sur Internet, les critiques s’avèrent généralement très positives. Qui plus est, j’ai beau ne pas être une amatrice d’investigations en tous genres, j’aime beaucoup les thrillers, les mystères, la tension et la science, thématiques chères aux travaux de Higashino Keigo. Certes, je n’ai jamais parcouru une quelconque ligne de ses romans, mais à travers les adaptations déjà vues, je pense connaître un minimum son style et l’ambiance qu’il affectionne. Ceci pour placer le contexte et expliquer mon ressenti global concernant cette série qui, probablement, n’est pas taillée pour me satisfaire de bout en bout. Compte tenu de ce paragraphe de mise en garde, cela n’étonnera pas si je le termine en ajoutant qu’en effet, Galileo ne demeurera pas du tout gravée dans ma mémoire. Pourtant, la production en elle-même n’est pas dénuée d’intérêt, mais elle souffre d’une formule éprouvée rapidement redondante malgré une courte durée de vie. Sa réalisation se veut tout autant basique nonobstant une bande originale de Kanno Yûgo (Fumô Chitai, Innocent Love) relativement correcte et rythmée.

Utsumi Kaoru quitte enfin l’ombre de son mentor, Kusanagi Shunpei (Kitamura Kazuki – Tenchijin, Warui Yatsura), et s’apprête à mener presque seule ses enquêtes. Elle espère être au moins aussi efficace que celui qu’elle remplace, mais elle se doute que la tâche s’annonce ardue. Par chance, ce dernier ne la quitte pas sans lui laisser un cadeau au passage, car il lui divulgue qu’il disposait jusqu’alors d’une botte secrète : le professeur Yukawa Manabu. Grâce à ce génie des sciences, Kusanagi est parvenu à résoudre maintes investigations, sans avertir qui que ce soit qu’il était aidé par un banal quidam. En bref, libre à Kaoru de poursuivre ce chemin, tout du moins si le virtuose en question l’accepte parce qu’il n’est pas des plus commodes. Le concept de Galileo se révèle extrêmement simple et classique. À chaque fois, Kaoru est confrontée à une enquête au demeurant mystérieuse, voire supposément envahie par des éléments fantastiques ou ésotériques. L’inspectrice se sent dépassée par la situation, part toquer à la porte de Yukawa qui refuse d’emblée avant que des détails croustillants titillent furieusement sa curiosité. Il ne faut jamais lui dire que c’est impossible. De là, le professeur se lance avec pugnacité dans ce qui s’apparente à un crime surnaturel et, bien sûr, à l’aide de formules mathématiques, il finit par démontrer que tout n’est que poudre aux yeux et que se cache une explication rationnelle. Entre-temps, Kaoru remarque à quel point Yukawa entretient sa musculature et sa virilité à travers maints sports et loisirs, bave presque au passage, s’arrête chez sa collègue médecin légiste amatrice de nourriture (Maya Miki – Zenryoku Rikon Sôdan) et se dispute gentiment avec son binôme pas très futé (le réalisateur Shinagawa Hiroshi). Du côté de Yukawa, son assistant (Watanabe Ikkei) désormais âgé s’irrite de le voir si concerné par ses activités policières aux dépens de son travail universitaire, et les étudiants sous ses ordres lui obéissent au doigt et à l’œil. Le canevas narratif est répété à l’extrême et rien ne vient densifier les personnages ou le scénario à proprement parler.

Après tout, la première saison de Galileo peut souhaiter approfondir ses enquêtes mêlant mystères et science et proposer par la même occasion des récits enlevés riches en suspense. Malheureusement, ce n’est pas réellement le cas. Les intrigues se limitent à un sujet par épisode et se révèlent surtout convenues, parfois moralisatrices et peu enthousiasmantes. Il est compliqué de se sentir impliqué par ce qui s’y déroule et les explications de Yukawa, aussi sympathiques qu’elles puissent être, sont régulièrement tirées par les cheveux et amenées très artificiellement. Il se lance dans des tirades scientifiques, écrit des formules en l’air, sort ses lunettes, fait son petit gimmick avec les doigts et trouve la solution, car il est un génie, rappelons-le. La série ressemble dans une certaine mesure à la passable Numb3rs – que j’ai d’ailleurs très rapidement arrêtée à l’époque. Par chance, l’approche surnaturelle use d’une créativité plutôt appréciable et transpire sous diverses formes. Sans surprise compte tenu de son format et de sa case horaire, Galileo s’offre plusieurs invités de choix comme Karasawa Toshiaki, Hirosue Ryôko, Katori Shingo, Mizuno Miki, Arai Hirofumi, Horikita Maki, Fukada Kyôko… L’écueil inhérent à cette pratique est que l’on se doute systématiquement que ces acteurs plus ou moins réputés sont sûrement les supposés grands méchants devant être emprisonnés. Heureusement, découvrir qui est le coupable n’est pas toujours ce qui importe, mais plus la manière dont ce dernier a œuvré, Yukawa cherchant à prouver que tout peut être expliqué et se fichant royalement de l’être humain. Outre son approche quelque peu laxiste à cause d’une atmosphère peu riche en intensité, Galileo souffre en fait de son registre bancal. Il est très compliqué de prendre au sérieux ce que l’on regarde tant la tonalité alterne entre le drame des crimes et le côté blagueur, presque cocasse, ainsi qu’en raison du personnage de Yukawa et de la dynamique qu’il entretient avec autrui. Le voir débiter des solutions sorties tout droit de son chapeau ruine toute crédibilité et use sensiblement, lui qui semble infaillible. Au bout du compte, le décalage n’est pas assez saisissant pour délivrer un spectacle franchement amusant.

Comme le titre de la série l’indique, le héros hautain n’est autre que Yukawa Manabu, surnommé Galileo par ses anciens confrères de fac plusieurs années auparavant. Acariâtre, asocial, ne supportant pas les enfants, rationnel et condescendant, il ne fait preuve d’aucune fantaisie et prend presque tout au pied de la lettre. Sa rigidité le rend fort particulier et il ne se soucie guère d’être mis de côté. Génie des sciences, il brille par sa culture et son intelligence. Fukuyama Masaharu (Ryôma-den) offre ses traits à ce personnage croqué selon les préceptes du cahier des charges des figures principales des années 2000. Très peu de choses sont révélées sur lui et son caractère reste aussi lisse que possible. Avec sa froideur imperturbable et sa quête de la logique, il finit par agacer à répéter inlassablement le même comportement et ce n’est pas sa camarade de jeu qui permet d’outrepasser cette monotonie rébarbative. En effet, l’inspectrice Utsumi Kaoru est proprement insupportable, notamment parce que Shibasaki Kô (Orange Days, Andô Lloyd) l’incarnant surjoue régulièrement. La jeune femme est impulsive, fait preuve d’un fort sens de la justice et paraît incapable de s’en sortir seule. Au lieu de tenter de mener elle-même ses enquêtes, elle préfère supplier Yukawa afin qu’il lui donne la solution, car il sait tout. À elle de coller les pièces du puzzle. Finalement, elle représente une sorte de faire-valoir humoristique, la série cherchant à s’amuser du contraste entre ses deux protagonistes aux tempéraments radicalement opposés. Qui plus est, sans plonger à l’extrême dans la carte du romantisme, quelques notes apparentées s’immiscent dans les épisodes et accentuent davantage la maladresse de l’ensemble ne parvenant pas à se borner à un unique genre. Dans tous les cas, les rares personnages ne dépassent jamais leur rôle préétabli et déçoivent pour tant de classicisme, bien qu’il s’en dégage une alchimie suffisante.

En définitive, cette première saison de Galileo fait partie de ces fictions mêlant histoires policières basiques et thématiques scientifiques en se contentant d’utiliser une méthode certes didactique, mais profondément redondante. Son duo de héros se veut tout aussi peu original avec cette confrontation entre un individu cartésien et une femme intuitive. Malgré une certaine inventivité dans ses enquêtes criminelles, l’écriture se montre surtout paresseuse et ne cherche jamais à stimuler l’esprit du téléspectateur qui s’ennuie face à ces affaires invraisemblables où les velléités d’humour amplifient les lacunes. De surcroît, les protagonistes non évolutifs et binaires ne font qu’étayer l’idée que la série s’enfonce progressivement dans un carcan étriqué immuable. Ce serait mentir de dire que cette production s’avère mauvaise, mais elle sonne tellement générique et consensuelle qu’elle ne peut que décevoir ceux demandant plus qu’un banal divertissement routinier dès ses débuts.