Doctor Who – The Snowmen (Christmas Special 2012)

Par , le 12 mai 2015

Comme tous les ans ou presque, Doctor Who a marqué la période de Noël en proposant en 2012 une aventure particulière. Toutefois, la série a quelque peu changé la donne puisque traditionnellement, ces épisodes spéciaux s’inscrivent entre deux saisons et illustrent une histoire plutôt indépendante du reste. Avec The Snowmen, diffusé sur BBC One le 25 décembre 2012 durant une heure, ce n’est pas tout à fait le cas. Effectivement, cet unitaire revêt une importance capitale, car il dépeint les débuts de la nouvelle compagne du Docteur et s’installe à mi-chemin de la saison sept, lors d’une pause d’environ six mois. Avant de discuter de celle-ci que je n’ai donc pas encore terminée à l’heure où j’écris ces mots, nous allons nous attarder sur cet épisode dédié à Noël. Aucun spoiler.

La première partie de la septième saison se concluait avec le 7×05, The Angels Take Manhattan, là où Amy et Rory faisaient définitivement leurs adieux au Docteur. C’est par conséquent le cœur brisé que l’on retrouve le Seigneur du Temps, lui qui n’a plus goût à quoi que ce soit et qui n’a aucune envie de s’attacher à quelqu’un. Le TARDIS part en direction de l’Angleterre victorienne alors que des bonshommes de neige parlent, dévorent des êtres humains et semblent s’apprêter à mener une attaque de grande envergure le jour de Noël. Ils sont dirigés par un simple individu, le Dr Simeon, malheureux depuis son enfance et très peu affable. En rencontrant la jeune Clara, une servante d’auberge dégourdie, le Docteur réalise que ce qui se déroule sous ses yeux n’est pas tout à fait anodin et qu’il va devoir finir par se mêler aux Terriens. Même s’il cherche envers et contre tout à taire ses sentiments, il constate que la chaleur d’un compagnon lui manque et il se pourrait bien qu’il se fasse une fidèle amie…

L’épisode de Noël de 2011 figure sûrement parmi les plus ratés de la série et, celui-ci, s’avère supérieur, mais il oublie au passage de se doter d’une véritable atmosphère typique de l’époque. Où est la magie des fêtes de fin d’année ? Certes, la neige est omniprésente, mais rien ne donne l’impression que l’on s’apprête normalement à vivre de bons moments avec ses proches, le tout autour d’un sapin recouvert de jolies décorations. En ça, The Snowmen est assez décevant, car il n’injecte pas une dimension féérique propre à l’esprit de Noël. Ce serait tout de même mensonger que d’écrire que l’histoire est dénuée de fantaisie et de créativité poétique parce que le coup du TARDIS stationné sur un nuage se révèle fantasmagorique. Pour y accéder, il convient d’attraper une échelle et de la grimper, dans le brouillard. Le spécial s’amuse d’ailleurs sur certains points, multiplie quelques références à la culture populaire ou à la production en tant que telle, et pousse même jusqu’à insuffler un soupçon de Sherlock Holmes et, plus particulièrement des pérégrinations revisitées du détective dans Sherlock. La bande originale de Murray Gold réussit de toute manière toujours à satisfaire, bien qu’elle soit parfois sensiblement intrusive et tonitruante. Puisque l’on évoque la forme, il est bon d’ajouter que le générique réactualisé mérite le détour d’autant plus qu’il paraît annoncer les festivités à venir, à savoir les cinquante ans de la franchise. Le TARDIS prouve également que l’heure est aux changements avec de nouveaux décors plus futuristes. Bref, esthétiquement, The Snowmen aurait pu davantage profiter de son cadre et de son ambiance, mais il demeure relativement correct dans son ensemble. Le constat est quelque peu similaire en ce qui concerne le scénario où les incohérences s’entremêlent à de jolis moments ponctués de dialogues ciselés.

Le fil conducteur de l’épisode est symbolisé par un gigantesque globe de neige parlant avec la voix de Ian McKellen et ayant pour but d’annihiler les humains, parce qu’il est mégalomaniaque comme ça. En attendant, il reste dans les locaux de la Grande Intelligence et manipule depuis son enfance le Dr Simeon (Richard E. Grant). L’antagoniste de The Snowmen se contente d’une approche linéaire et ne dispose pas d’une substance propre. Effectivement, peu d’informations transitent concernant Simeon si ce n’est que petit garçon, il se sentait exclu et qu’en avançant en âge, il n’a fait que se détacher des autres. Arrivé adulte, il est par conséquent en marge de la société, mais très riche et à même de bouleverser l’ordre préétabli. Cela s’avère profondément classique, presque caricatural, et peu concluant. Finalement, tout ce qui gravite autour de cette intrigue – avec la femme enfermée dans le bassin gelé, son modèle glacé et les bonshommes de neige carnivores – n’est qu’un prétexte pour s’attarder maladroitement sur l’irruption de la nouvelle compagne du Docteur. L’épisode laisse alors un irritant sentiment de remplissage malgré des personnages secondaires plus ou moins récurrents fort sympathiques comme le Sontarien Strax, la Silurienne Mme Vastra et sa partenaire humaine Jenny. Il n’empêche que ceux-ci doivent se contenter d’une place restreinte et ne jouissent pas d’un approfondissement digne de ce nom. Non, tout est construit pour Clara.

De prime abord, The Snowmen étonne et joue la carte de l’énigme, car il ramène un visage déjà vu dans le 7×01, Asylum of the Daleks, mais ayant vécu un sort funeste. En effet, ce n’est pas la première fois qu’Eleven rencontre Clara Oswald, mais la deuxième. Pourtant, cela paraît totalement improbable parce que les planètes et les époques sont diamétralement opposées. Comment cela est-il possible ? Et, surtout, qui est en réalité cette personne curieuse et intrépide ? Avant de juger de la teneur de ces mystères typiques de Steven Moffat, attendons de regarder la suite… Sur le papier, Clara est absolument délectable. Jolie, mutine, drôle, intelligente et vive d’esprit, elle détient moult caractéristiques susceptibles de plaire au Docteur. Elle passe toutes les épreuves et embûches pour réussir à piquer son intérêt et le faire sortir de son apathie. Jenna-Louise Coleman l’interprétant est adorable, mais à force de vouloir rendre cette femme autant assurée, le public a de quoi être perplexe, voire légèrement agacé. L’écriture n’est pas obligée de multiplier les qualités et autres originalités pour intriguer. Quoi qu’il en soit, découvrir Eleven aussi abîmé et vivant en reclus de la société attriste grandement et insuffle une atmosphère mélancolique fort à propos compte tenu des évènements précédents. Grâce à Clara, la machine s’emballe et le Docteur se ragaillardit pour proposer des séquences délicieusement jouissives, surtout que la dynamique entre eux deux est excellente. En bref, tout l’épisode se contente d’amorcer poussivement l’arc à venir, celui censé reposer sur les épaules de la nouvelle comparse. C’est tout.

Finalement, l’épisode spécial de Noël de 2012 de Doctor Who sert surtout de prétexte à son héros pour retrouver l’envie de se lancer dans des aventures inédites et de provoquer maints changements. Pour cela, l’étincelle réside en la personne de Clara, jeune femme insaisissable, trop parfaite pour être encore franchement enthousiasmante, qu’il compte bien ajouter à son tableau de compagnons de voyage. L’unitaire en lui-même se regarde aisément d’autant plus qu’à plusieurs moments, Eleven émeut profondément par sa détresse avant d’amuser par sa verve, mais il semble passer à côté de son format particulier. Une ambiance plus festive, un scénario moins superficiel et des approximations plus discrètes n’auraient pas été de refus, bien au contraire.


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