Alors qu’Awkward. s’apprête à entamer son ultime virage avec la cinquième saison, il est l’heure de discuter de l’avant-dernière. À l’instar de la troisième, elle comporte vingt épisodes qui furent diffusés sur MTV en deux parties, à savoir d’avril à juin 2014, puis de septembre à novembre 2014. Notons qu’exceptionnellement, le season premiere dure quarante minutes au lieu de la petite vingtaine habituelle. Aucun spoiler.

Cette saison d’Awkward. marque un bouleversement en coulisses puisque la créatrice, Lauren Iungerich, a quitté son poste de showrunner fin 2013 pour laisser sa place à Chris Alberghini et Mike Chessler. D’une certaine manière, cette absence peut être appréciable tant la qualité de la série a décliné au fil des années, débouchant même sur une troisième saison bien trop sérieuse et sombrant dans les écueils coutumiers des fictions à destination des adolescents. Après tout, injecter du sang frais n’a généralement jamais fait de mal. La bonne nouvelle, c’est que les deux hommes aux commandes choisissent de chambouler quelque peu la donne et de lancer la production sur de nouveaux rails, quitte à opérer une certaine cassure avec ce que l’on connaissait déjà. Certes, Awkward. ne change évidemment pas du tout au tout, mais plusieurs éléments démontrent que les dirigeants ne sont plus ceux d’origine. Parmi les modifications les plus notables figure le départ en catimini de la sympathique Ming. Le personnage se voulait spontané et agréable, mais toute l’intrigue avec la mafia chinoise était devenue pénible. Écarter la jeune fille qui, dans les faits, n’avait plus beaucoup à apporter, est un point pertinent, surtout que le scénario explique correctement sa disparition. En revanche, une dominante subsiste pour le pire comme pour le meilleur : l’histoire d’amour entre Jenna et Matty.

Jenna a heureusement oublié sa période de rébellion contre la société et ses proches et cherche donc à retrouver sa routine plus ou moins tranquille. Ses aventures de drogues et d’autres rebondissements ridicules de la saison passée sont ainsi rangés au placard. Alors qu’elle nous avait quittés en célibataire fière de l’être et bien décidée à demeurer comme tel un certain temps, afin de mieux se trouver et se comprendre, elle emprunte le chemin du lycée dans une optique différente. Effectivement, dès son retour de vacances d’été, elle s’aperçoit qu’elle en pince encore pour Matty. Après les déboires d’antan, les triangles amoureux et les jeux du je t’aime, moi non plus, il y a de quoi se montrer extrêmement circonspect. N’avions-nous pas fait une croix sur ces atermoiements redondants ? Visiblement, les nouveaux showrunners souhaitent poursuivre cette route et, tristement, ils se prennent les pieds dans le tapis dans la première partie. Pour cela, il importe de blâmer l’irruption d’Eva (Elizabeth Whitson). Grande, élancée, blonde, elle a tout vu et connaît un tas de monde. Avec son attitude nonchalante, elle séduit comme elle irrite son entourage. Ce personnage inédit devient rapidement profondément agaçant et l’arc lui étant dédié, avec Matty, est prévisible en plus de s’avérer ridiculement caricatural. Résultat, le public a de quoi lever les yeux au ciel devant tant de premier degré. Par miracle, la suite convainc davantage en dépit de développements pas toujours heureux amenant à se demander si les scénaristes savent réellement vers où diriger leurs héros. Les bonnes idées ne manquent pas, mais elles ne sont que trop rarement éprouvées comme il convient.

Arrivé en quatrième saison, le téléspectateur est dorénavant persuadé que Matty et Jenna sont faits pour être ensemble. Le récit ne le cache pas, mais avant de les regarder vivre en harmonie pour l’éternité, le but est de leur mettre encore des bâtons dans les roues. En attendant, des parasites insupportables comme la fade Eva s’immiscent dans le paysage et d’autres, tels que le tout aussi insipide Luke sorti tout droit de l’université, ne réussissent pas à entraver le futur de leur relation. Dans ces aventures inédites, Jenna se révèle bien moins égocentrique et beaucoup plus agréable, ce qui n’est pas dur vu ce qu’elle nous avait fait endurer jadis. Là où la saison plaît surtout, c’est à travers Matty, et pour cela, il faut également remercier le talent de son interprète, Beau Mirchoff. Les épisodes s’attardent en filigrane sur une découverte du jeune homme venant bouleverser toute son existence. Les retombées sont joliment mises en valeur et devraient d’ailleurs continuer de s’installer dans les parages. Quoi qu’il en soit, Jenna et Matty disposent d’une véritable alchimie permettant de combler les lacunes de l’écriture et, contre toute attente, l’aspect répétitif naguère agaçant se fait plus ténu. Afin de mieux asseoir ses intrigues et développer ses personnages, Awkward. se lance dans un fil rouge classique, mais fédérateur : l’arrivée dans le monde universitaire et, d’une certaine façon, les premiers pas dans l’univers des adultes.

L’été touche à sa fin et l’heure est à la reprise des cours. Sortant de sa léthargie, Jenna découvre que maintenant qu’elle est en dernière année de lycée, il faudrait peut-être qu’elle prépare ses dossiers d’entrée à la fac. Sauf que, sans surprise, son parcours n’est pas des plus prometteurs d’autant plus qu’outre ses notes peu réjouissantes, elle ne participe à aucune activité extrascolaire susceptible de lui faire marquer des points. Elle passe dès lors la saison à chercher à améliorer sa candidature et c’est l’occasion pour elle de se remettre en question et, plus étonnamment, de regarder sa mère sous un nouveau jour. Lacey prend encore plus de place, ce qui est une bonne chose, et il en va de même pour la dynamique liant celle-ci à sa fille. Les adultes restent en retrait, sans pour autant être laissés sur le bord de la route. Par exemple, tout en se lançant encore une fois dans des délires sortis de nulle part, Valerie bénéficie d’un allié mérité. Awkward. n’a jamais été une série pour un public plus mature, donc qu’elle favorise les jeunes ne dérange pas, mais elle ne les oublie pas au passage et, sous couvert de blagues, elle réussit à plusieurs reprises à illustrer les doutes et moments forts des deux générations. Cela dit, les remarques fines et l’intelligence des propos de la première saison sont désormais rares, la fiction se contentant d’une démarche plus terre-à-terre et convenue. Dommage.

Dans tous les cas, Jenna n’est pas la seule à s’activer puisque ses comparses plongent aussi dans la course effrénée vers un futur encore balbutiant. Les personnages secondaires bénéficient d’un approfondissement digne de ce nom, même si les choix opérés dans l’écriture sont incohérents et peu inspirés. La prévoyante Tamara dispose de nombreux et solides atouts, mais peine côté cœur avec l’attachant Jake qui s’amuse beaucoup de son aspect de gentil garçon un peu incolore ; les deux jouent à l’amour vache et insufflent une ambiance cocasse non désagréable. Toujours chez les ados, Sadie figure parmi les grandes réussites en demeurant presque perpétuellement une magnifique peste, bien que quelques discrètes fêlures viennent parfois égratigner délicatement son apparence à première vue inébranlable. Son duo de choc avec le superbe Sergio (Niko Pepaj) est jouissif ; toutefois, l’écartement aussi brusque d’Austin est dommage. La saison pimente évidemment plusieurs scènes avec des répliques délicieuses ou encore avec la dynamique explosive entre Sadie et Jenna revêtant des facettes plus ambiguës et plaisantes. Accessoirement, Lissa possède davantage de matériel, mais si les actions de son père divertissent grandement, ce n’est pas trop le cas de l’intrigue en lien avec son supposé frère d’Angleterre. Il n’empêche que la jeune femme lunaire et déconnectée se veut fort charmante. L’association des deux geeks gays que forment Theo et Cole distrait au fur et à mesure, ce qui n’était pas gagné de prime abord.

Au final, la quatrième saison d’Awkward. se révèle supérieure à la précédente, mais, bien qu’elle favorise l’exploration de ses principales figures, elle ne satisfait pas de bout en bout. La fraîcheur piquante de la série a laissé sa place à une certaine tiédeur qu’il est compliqué d’effacer d’autant plus que le rythme bancal n’arrange pas la situation. La première moitié des épisodes souffre ici de poncifs éculés et, malgré quelques moments drôles ou divertissants, ne parvient que trop rarement à amuser pleinement. La seconde, elle, remonte le niveau, sans pour autant s’avérer non plus des plus constantes, probablement parce qu’elle demeure parfois quelconque et assez confuse, comme si les scénaristes ne savaient pas quel chemin emprunter. Cet ensemble ne se veut pas mauvais, mais il ne se détache pas de la masse de fictions apparentées où la prévisibilité côtoie la superficialité. Seule la tendresse que l’on peut ressentir pour quelques-uns des personnages permet de ne pas être trop critique.