Doctor Who (saison 7)

Par , le 2 juin 2015

Dernièrement, nous discutions de The Snowmen, le cadeau de Noël de 2012 de Doctor Who. Comme précisé au préalable, ce spécial s’inscrit à mi-chemin de la saison sept de l’illustre série britannique et convient donc d’être visionné au moment opportun. Il est maintenant l’heure de détailler ce qui s’est déroulé avant celui-ci, mais également après. La septième année des aventures du Docteur est constituée de treize épisodes diffusés sur BBC One en deux parties bien distinctes ; les cinq premiers sont passés dans le courant de l’automne 2012 et le reste entre mars et mai 2013. L’unitaire commémorant le cinquantième anniversaire de la production, The Day of the Doctor, sera traité séparément d’ici quelque temps. Aucun spoiler.

Le constat est clair comme de l’eau de roche, je ne suis plus du tout enthousiaste devant Doctor Who depuis l’arrivée de Steven Moffat aux commandes. Si l’esthétique soignée et le parti pris que d’injecter une touche différente ne me déplaisent aucunement, je demeure totalement hermétique face à cette surenchère de mystères artificiels, de pirouettes impactant l’empathie, de grandiloquence scénaristique et de personnages, en définitive, profondément creux et ne servant qu’à la trame narrative. Ce n’est pas la série que j’ai aimée par le passé, mais une copie incolore ne dégageant que quelques trop rares émotions. L’ennuyant épisode de Noël de 2011 lançant le début des festivités ne m’a pas du tout rassurée ou donné envie de précipiter le visionnage de cette septième année. Il n’empêche que, contre toute attente, la web-série Pond Life proposant cinq courtes vignettes sur les amoureux intrigue suffisamment pour se mettre à espérer, peut-être naïvement, que le résultat terminal ne s’avérera pas aussi décevant que ça. Tout bien considéré, en dehors de sa qualité intrinsèque, la saison laisse plutôt perplexe, car elle paraît être double et non pas constituer un même tout. Il existe effectivement une véritable rupture à la fin du cinquième épisode, une fois que le couple de compagnons romantique fait ses départs et laisse un bien triste Eleven, ce qui permet à l’ensemble de démarrer sur des bases inédites impulsées par Clara. Que Doctor Who cherche à se renouveler n’est pas une tare, loin de là, mais cette cassure nette est étrangement amenée et donne le sentiment d’être une volonté du showrunner que de se jouer des codes du canon, d’imposer brutalement sa marque de fabrique et de tout mélanger à sa guise, en ne respectant rien au passage. Le fanservice omniprésent ne suffit pas à faire passer la pilule et les ellipses ou autres ressorts factices favorisent cette curieuse impression que de se retrouver devant un univers inconstant.

Aux yeux de tous, le Docteur est mort et, suite à certaines circonstances liées à des ennemis ancestraux, se voit même occulter de la mémoire collective. Malgré des ficelles assez grossières, Asylum of the Daleks démarrant cette septième année se révèle agréable et bénéficie d’un sens de l’aventure assez jouissif. L’épisode permet de lancer en catimini l’arrivée plus tardive de la future nouvelle compagne, mais également d’amorcer les adieux d’Amy et de Rory. D’ailleurs, la première moitié de la saison est uniquement dédiée à la préparation de ce départ, le côté feuilletonnant étant volontairement écarté. Certaines pérégrinations comme l’amusant et enfantin Dinosaurs on a Spaceship avec Rupert Graves (Sherlock) étonnent pour leur aspect aussi distrayant et purement premier degré, mais offrent l’opportunité de souffler avant d’entamer une marche plus morose, car l’on pressent ce qui nous attend. Ce n’est pas dévoiler l’intrigue que de préciser que le couple d’amoureux quitte la série puisque cette information a déjà été relayée à maintes reprises, cela même avant le début de la diffusion. La question que l’on pouvait se poser tous était de savoir de quelle manière ils allaient disparaître. Avec pertes et fracas ? Dans la joie et la félicité éternelle ? Antithétiquement, si l’écriture cherche à induire un sentiment de deuil à venir, elle ne dote pas forcément les personnages d’un matériel franchement développé en dépit de quelques séquences fort plaisantes. Le 7×03 se plantant dans le Far West, A Town Called Mercy, en est un exemple concret et finit en plus par presque décevoir compte tenu du peu d’exploitation d’un invité de la trempe du génial Ben Browder. La série se perd alors dans plusieurs facilités et approximations, voire un manque d’ambition latent, ce qui frustre et nuit à une immersion vraiment totale. Heureusement, le mitigé The Power of Three, bénéficiant d’une apparition surprise du physicien Brian Cox (Wonders of the Solar System, Wonders of the Universe), et The Angels Take Manhattan cherchent à rattraper un minimum ce manque de densité au niveau des deux compagnons. Pour autant, la démarche est régulièrement déséquilibrée et l’évolution hasardeuse, comme si ces personnages cheminaient par à-coups.

Dès leur arrivée à l’écran, Rory et Amy se sont installés à un niveau presque équivalent de celui d’Eleven. Les voir partir a donc de quoi laisser un grand vide, malgré le peu d’affection que certains – comme moi – ont pu ressentir pour la belle rousse. Le principal problème de cette partie de la saison, c’est qu’elle s’apparente à une sorte d’introduction presque décousue et souffrant d’une absence de réelle fluidité ou de concordance. Les mariés se disputent pour se rabibocher peu de temps après, sans que le téléspectateur n’assiste réellement à leurs retrouvailles. Tout est traité superficiellement et, résultat, les émotions ont encore une fois du mal à se frayer un chemin. Il n’empêche qu’en dépit de ces lacunes narratives, le tout dernier épisode d’Amy et Rory représente l’un des plus plaisants de l’année. Le rythme expédié, l’illogisme des règles du voyage temporel et les incohérences sont sûrement susceptibles d’incommoder, mais l’atmosphère délicate et, surtout, le désarroi du Docteur touchent plus qu’habituellement. Ce n’est pas la disparition des deux compagnons qui bouleverse, notamment parce qu’elle manque d’une franche intensité – un comble puisqu’elle se prépare depuis les débuts ! –, mais plutôt l’impact sur leur grand ami Seigneur du Temps et le talent de Matt Smith. Les anges pleureurs revenus pour l’occasion sont la cerise sur le gâteau et offrent à cette ambiance intimiste une dimension menaçante non désagréable. Il est alors dommage que la suite de la saison ne parvienne pas à gérer convenablement les retombées sur le Docteur, lui qui broie du noir avant de repartir rapidement – du moins, vu de l’extérieur – sur une énigme l’occupant plus que de raison. Les modifications apportées à l’univers de la série, avec les décors inédits du TARDIS, le rafraîchissement du costume ou le nouveau générique, ne font qu’amplifier ce sentiment que l’on doit passer à autre chose qu’on le veuille ou non. Il faut dire qu’au sein de cette même saison, Eleven vit un nombre incalculable d’années, voire de centenaires, ce qui rend son parcours chaotique et parfois difficile à appréhender.

Une fois l’épisode de Noël terminé et que le Docteur s’est définitivement séparé d’Amy et de Rory, l’arc de la fille impossible prend le relais. La pétillante Clara Oswald (Jenna-Louise Coleman) représente la nouvelle comparse du héros de Doctor Who et propose un énième mystère à résoudre. Ne nions pas que ses premiers pas effrayent un peu tant il est légitime de craindre des ressorts scénaristiques similaires à ceux employés dans le cas d’Amy. Heureusement, ce n’est pas le cas. La deuxième partie de la saison axe donc son principal fil rouge sur cette jeune femme rencontrant régulièrement le Docteur à divers moments de son existence, mourant généralement au passage et ne se souvenant jamais de ses différentes identités. Qui est-elle ? Quel est son rôle ? Eleven est fort intrigué et entend bien lever le voile sur cette énigme. La progression de cette affaire est peu exaltante, avouons-le. Toutefois, sa résolution dans le 7×13, The Name of the Doctor, s’avère grandiose à sa manière d’autant plus que l’épisode en lui-même est réussi malgré, encore une fois, un côté précipité, plusieurs invraisemblances et un grand antagoniste insipide. Dans tous les cas, tout est amené pour que l’on apprécie Clara. Mignonne, drôle, courageuse et intelligente, elle s’intègre aisément à ce microcosme et, de surcroît, marque par sa singularité. Le problème, c’est que l’écriture en fait trop et à forcer de la sorte le public à l’aimer, elle pourrait même agacer certains. Que Clara entretienne en plus une relation extrêmement solide en aussi peu de temps avec le Docteur n’est pas une idée lumineuse. Pourquoi ne pas les avoir fait évoluer progressivement et se découvrir mutuellement ? La force de leurs sentiments ne serait alors que davantage accrue. Quoi qu’il en soit, Clara est sympathique, bien qu’un peu vide de substance et ce n’est pas lui fournir une famille symbolisée par une jolie métaphore d’une feuille d’arbre qui change foncièrement la donne. Finalement, on en revient toujours au reproche que les protagonistes souffrent d’une absence d’exploration digne de ce nom. La noirceur initiale d’Eleven en début d’année est, par exemple, vite rangée au placard, ce qui est dommage. L’arc en lui-même n’est pas dénué d’intérêt, mais il s’intègre dans des épisodes indépendants à la qualité variable dont le synopsis se résume parfois à une seule ligne.

La seconde moitié de la saison a beau se focaliser sur la fille impossible, il n’en demeure pas moins que les aventures s’enchaînent et semblent autonomes les unes des autres. Les pièces du puzzle de Clara sont disséminées plutôt finement à leur intérieur. Le Docteur choisit de voguer dans le temps et dans l’espace, s’arrête chercher Clara et tous deux se retrouvent confrontés à diverses situations. Plusieurs idées sont agréables sauf qu’elles restent souvent à l’état embryonnaire, sous-exploitées et s’apparentent presque à des gimmicks ou, pire, à des éléments stupides comme dans Journey to the Centre of the TARDIS reposant sur un concept proprement idiot. Le rythme est trépidant, assez enlevé, mais l’humanité, l’enthousiasme et les émotions font défaut, car tout est sacrifié pour le scénario, de façon à ce qu’il soit sensationnel. Les épisodes se suivent et s’installe une sorte de climat répétitif, comme si l’on en revenait au bout du compte à la même chose. Les effets spéciaux par moments très moches n’arrangent rien du tout alors qu’autrefois, ils participaient au charme suranné de l’ensemble. Le 7×08, Cold War, avec son huis clos dans le sous-marin soviétique est un argument imparable tant dès l’apparition de l’extraterrestre, le ridicule annihile la crédibilité ; à noter la présence de Liam Cunningham (Game of Thrones) et de Tobias Menzies (Rome, Outlander). Bien sûr, tout n’est pas à jeter à la poubelle et le joli Hide en une indiscutable preuve avec son histoire à première vue surnaturelle, bien plus fine qu’elle en a l’air ; créatif et donnant la parole aux personnages secondaires tout en confrontant Clara à ce qui l’attend, il jouit en prime d’une atmosphère soigneusement choisie où la tension fait mouche. Le 7×13, Nightmare in Silver, scénarisé par Neil Gaiman, se prend les pieds dans maintes faiblesses et l’on ne retient que l’accueil de Warwick Davis. Sinon, à part le Docteur et l’avenante frimousse de Clara, existe-t-il d’autres figures méritant le détour ? Oui et non. Le gang composé de Mme Vastra, Jenny et Strax détient un peu plus de rayonnement que d’autres, mais eux aussi sont condamnés à une caractérisation simpliste, la place étant laissée à ceux se voulant extraordinairement cryptiques.

Pour résumer, la saison sept de Doctor Who a la bonne idée de se montrer plus linéaire et de ne pas s’engouffrer dans un récit imbuvable aux multiples ramifications ayant pour unique but de tenter d’en mettre plein la vue aux téléspectateurs. Malheureusement, si cet écueil profondément irritant est donc atténué, cela ne signifie pas que l’ensemble devient pour autant entièrement satisfaisant. Dans la première partie, les incohérences s’accumulent tandis que se prépare maladroitement et artificiellement le départ de deux compagnons, sans qu’une atmosphère profondément touchante s’injecte simultanément. Quant à la seconde moitié, elle s’avère encore moins convaincante puisqu’elle se noie dans des intrigues souvent peu inspirées et reposant sur la nouvelle acolyte qui, dans les faits, n’est qu’un mystère de plus et non pas une personne à part entière. Que l’on ne se trompe pas, le visionnage n’est pas dénué d’intérêt et délivre de beaux moments, mais les ressorts répétitifs et le peu d’homogénéité de cette salve d’épisodes empêchent d’en tirer une conclusion positive.


2 Comments

  1. Caroline
    Delphine• 2 juin 2015 at 16:44

    Comme tu me l’avais annoncé, j’attendais ce post sur la saison 7 de Doctor Who. ;)
    Merci pour ce bilan et d’avoir mis le doigt sur ce qui me dérange autant avec Clara, c’est vrai qu’elle est trop « parfaite » et manque tellement de profondeur ! :-/
    De plus, j’ai aussi du mal avec la nouvelle compagne à cause du flirt qui s’est installé entre elle et Eleven. Où est passé River Song ? Elle est à peine évoquée dans cette saison 7 (si mes souvenirs sont bons) et alors que les saisons précédentes nous présentaient une relation forte, voire inconditionnelle, avec un season finale se terminant sur le mariage, on découvre un Eleven plutôt volage et qui est déjà passé à autre chose. Ok, mais comment et pourquoi ? Le départ d’Amy et Rory signifiait que River Song sortait aussi du décor ?
    Malgré leurs défauts, j’avais beaucoup apprécié les saisons avec Amy et Rory, j’étais investie dans leur histoire et j’adorais le personnage de River Song (merci Alex Kingston !). J’ai complètement décrochée avec cette saison 7, la première partie m’a semblé sans queue, ni tête, fade, non engageante.
    Et pour la suite, Clara… Ce n’est pas faute d’y mettre de la bonne volonté mais ce personnage m’irrite au plus au point. >__<

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    • Caroline
      Caroline• 2 juin 2015 at 18:28

      J’avais vraiment envie d’adorer Clara, mais la magie n’a pas fonctionné ici. J’ose espérer que la huitième saison lui apporte une caractérisation digne de ce nom. J’essaye d’être optimiste en me disant que comme sa nature a été résolue, il n’y a plus d’excuse pour ne pas développer le personnage en tant que tel convenablement. Elle a du potentiel, c’est certain, et la fraîcheur de son interprète se révèle sûrement à même d’atténuer les possibles lacunes de l’écriture, mais il faut pour cela donner un minimum au public pour qu’il se laisse convaincre… Et, d’ailleurs, je te rejoins totalement concernant son côté enamouré envers le Docteur. Je n’en vois absolument pas l’intérêt d’autant plus que cela devient franchement redondant à la longue. Avec un peu de chance, comme la nouvelle régénération est campée par Peter Capaldi, soit un acteur plus vieux, cela se tassera ? Je pense regarder assez prochainement la suite de Doctor Who, donc je ne manquerai pas de râler ici à ce moment-là si j’en éprouve besoin :P.

      Quant à River Song que, moi aussi, j’aime beaucoup, je crois que si on ne l’a que peu vue, c’est parce que la ligne temporelle du Docteur finit par dépasser la sienne – si tant est que cela signifie quelque chose. J’avoue ne plus trop chercher à comprendre le méli-mélo des lignes temporelles qui s’entrecroisent au risque de perdre mes quelques neurones subsistants. Si je ne me trompe pas, si l’on suit la chronologie du Docteur, River décède entre l’ultime épisode d’Amy et Rory et The Name of the Doctor, là où elle fait ses derniers adieux. Bien sûr, on ne voit pas ici sa fin à proprement parler puisque l’on y a déjà assisté en saison quatre. Après, comme je viens de l’écrire, je ne suis pas certaine de ce que j’avance parce j’ai un peu perdu le fil, haha ^^;;;.

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