Doctor Who ~ Autour de l’épisode du cinquantième anniversaire

Par , le 9 juin 2015

Peu de séries peuvent se targuer de souffler un jour leur cinquantième bougie. Doctor Who, elle, en est tout à fait capable et elle l’a prouvé courant 2013. La BBC n’a pas lésiné sur les moyens pour l’occasion et, en dehors de The Day of the Doctor – l’épisode spécial de sa fiction phare dont nous discuterons prochainement –, elle a élaboré plusieurs à-côtés qui seront traités simultanément dans ce billet. Il n’est pas du tout indispensable de les regarder pour suivre le fil de l’histoire du Docteur puisqu’il ne s’agit que de bonus. Cela étant, l’un d’entre eux mérite plus que le détour. Aucun spoiler.

 

The Night of the Doctor

Ce mini-épisode sorti sur Internet le 14 novembre 2013 dure un peu moins de sept minutes et fait le lien entre le dernier épisode de la septième saison et l’unitaire célébrant en bonne et due forme le cinquantième anniversaire de Doctor Who. En fait, bien que cette vignette fort brève donne de prime abord l’impression d’être anecdotique, ce n’est pas du tout le cas. Elle permet notamment de commencer à connecter la série d’origine avec la version que nous, les plus jeunes, connaissons davantage, à savoir celle de 2005.

Durant la Guerre du Temps, le huitième Docteur cherche à secourir une pilote, mais la situation tourne rapidement à la catastrophe. Alors que le voyageur spatiotemporel refuse jusque-là de participer à ce conflit, il réalise avec amertume qu’il est en définitive bien obligé de s’y impliquer. Qu’il le veuille ou non, il fait partie intégrante de ces combats et, pour tenter de sauver l’Univers, il accepte de laisser de côté l’identité du Docteur pour se transformer en guerrier. Et c’est ainsi qu’en quittant son enveloppe corporelle, il endosse une nouvelle totalement inédite, celle du Docteur Guerrier entraperçu en fin de saison sept et qui demeure, pour l’heure, fort énigmatique.

Pour l’occasion, Paul McGann reprend le rôle du Docteur et, plus précisément de la huitième version. Celle-ci fut jusqu’à présent très peu visible à l’écran puisqu’elle n’a évolué que dans le téléfilm de 1996 dont le succès ne fut clairement pas celui escompté. Ne l’ayant jamais regardé, je ne connais pas sa qualité intrinsèque. Dans tous les cas, la bonne idée de ce mini-épisode est par conséquent de commencer à expliciter ce qui s’est réellement déroulé lors du passage de flambeau entre Eight et Nine. Manifestement, contrairement à ce que l’on pensait tous, Nine ne serait même pas tout à fait Nine et un Docteur peu recommandable, le Doctor Guerrier, se serait intercalé au passage. Les réponses de cette régénération secrètement douloureuse seront sûrement fournies dans The Day of the Doctor. Avouons que cette aventure doit probablement avoir plus de valeur pour ceux maîtrisant l’univers de la série depuis ses débuts tant elle paraît multiplier les clins d’œil et références, mais pour les néophytes, elle demeure suffisamment intrigante pour convaincre. Malgré sa courte durée, elle parvient sans difficulté à instaurer une ambiance digne de ce nom.

 

 

The Last Day

Pour le coup, ce mini-épisode de trois minutes diffusé sur iTunes le 20 novembre 2013 est franchement anecdotique et n’apporte pas grand-chose d’intéressant. La caméra se focalise sur un soldat de Gallifrey au cours de la Guerre du Temps, alors que la cité d’Arcadia s’apprête à tomber sous le coup des Daleks. Tout va très vite dans cette vignette et elle permet surtout de faire monter la pression avant le visionnage de The Day of the Doctor. Qu’a donc commis ce Docteur Guerrier ? Pourquoi cette régénération a-t-elle été tue aussi longuement ? Changerons-nous d’opinion concernant le héros de Doctor Who ?

 

 

An Adventure In Space and Time

Le fidèle compère de Steven Moffat, Mark Gatiss, a également choisi de marquer cette cinquantième bougie en mettant au point une sorte de téléfilm biographique intitulé An Adventure In Space and Time. Composé d’une unique partie de presque une heure et demie, il fut diffusé le 21 novembre 2013 sur BBC Two et s’attarde sur la genèse de Doctor Who.

Direction 1963 où Sydney Newman, directeur des programmes à la BBC, décide de créer une série à destination des enfants. Pour s’aider, il charge Verity Lambert, une jeune productrice devant faire ses preuves, de s’occuper de ce projet nommé Doctor Who. Malgré les difficultés liées à sa condition de femme, aux multiples contraintes budgétaires et à maints autres obstacles, cette dernière ne baisse pas les bras et croit en l’histoire de ce mystérieux individu voyageant à travers le temps et l’espace dans une cabine téléphonique. Pourtant, le succès est loin d’être gagné d’avance et qu’elle choisisse pour le rôle principal un vieil acteur acariâtre n’est pas des plus rassurants.

Cet épisode assez particulier commence donc en 1963, tandis que Doctor Who n’est encore qu’une vague idée lancée sur une feuille de papier, pour se terminer trois années plus tard, lors du départ de William Hartnell, le premier comédien ayant interprété le Docteur. Pour peu que l’on soit un amateur de la fiction, il s’agit d’un bonus presque incontournable tant il offre une plongée plus qu’agréable au sein de ses débuts, dans une ambiance d’époque plutôt délicieuse. Outre l’intérêt de voir plusieurs éléments extrêmement familiers prendre corps (la musique du générique, le bruit du TARDIS, l’apparence des Daleks…), An Adventure In Space and Time s’apparente surtout à une jolie déclaration d’amour à la série dans son ensemble. Tour à tour instructive, drôle et exaltante, elle ne se départ jamais d’une grande tendresse envers cet univers constitué, à la base, de bouts de ficelle et de beaucoup d’ingéniosité et d’imagination. C’est là que l’on réalise de plein fouet les embûches qu’ont dû surmonter les créateurs avant de regarder les premières images à la télévision. En tout cas, les novices ont de quoi apprendre moult informations sur la source de la production et les plus éclairés apprécient probablement de découvrir dans le contexte ce qu’ils connaissent déjà.

Cependant, en dehors de son aspect purement biographique, l’épisode est aussi l’histoire de William Hartnell, un acteur au demeurant grincheux ne demandant finalement qu’à cultiver son art. Ici, l’homme attachant est campé par David Bradley (Game of Thrones) qui effectue un travail très honorable. Au bout du compte, en y réfléchissant, Doctor Who fut novatrice dès ses débuts et reposa au départ sur des personnes assez marginales que beaucoup souhaitaient laisser de côté pour des raisons hautement discutables. Verity Lambert avait effectivement le malheur d’être jeune et, de surcroît, être une femme. Quant au réalisateur du premier épisode, Waris Hussein, il est d’origine indienne. Ils ont dû batailler pour imposer leurs idées et ce plaisant bonus leur rend un hommage mérité, même si le traitement de ceux-ci demeure assez superficiel.

En définitive, An Adventure In Space and Time s’avère sans conteste digne d’un visionnage si l’on désire découvrir les prémices de cette institution culturelle qu’est devenue Doctor Who, à condition d’y avoir déjà goûté auparavant. Il donnerait presque envie de tester les vieux épisodes en noir et blanc. Enfin… presque !


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