Tandis que Defiance est de retour sur Syfy pour la troisième année consécutive, il est temps de discuter par ici de sa deuxième saison composée de treize épisodes diffusés sur la chaîne entre juin et août 2014. Aucun spoiler.

Sans être foncièrement mauvais, les débuts de cette fiction canado-américaine avaient surtout pour principale tare de se montrer incolores et superficiels. Malgré un cadre post-apocalyptique enthousiasmant et des races d’extraterrestres multiples, les personnages peu creusés évoluant dans des situations basiques ne parvenaient guère à intéresser. Pour autant, la fin de parcours était mieux menée et amenait à espérer que la suite sache réparer ses erreurs initiales. C’est donc dans d’assez bonnes dispositions que j’ai commencé cette salve d’aventures inédites, souhaitant tout bonnement y adhérer. Avouons tout de suite que la première partie ne se révèle pas du tout exaltante et souffre des écueils préalablement notés. Curieusement, l’impression globale reste pourtant assez positive parce que la série réussit enfin à asseoir plusieurs de ses figures clichées, mais aussi à créer une vraie connexion avec ses téléspectateurs qui tolèrent alors davantage les défauts, nonobstant des effets spéciaux peu engageants. Par chance, la patience finit en plus par payer, car la seconde moitié se montre plus habitée et feuilletonnante. Un vent de changement semble souffler en direction de Defiance étant donné que la République de la Terre s’installe au pouvoir et s’apprête à passer un coup de balai au sein des forces en place.

Neuf mois se sont écoulés depuis les évènements précédemment illustrés. Nolan sillonne les Badlands dans l’espoir de mettre la main sur Irisa qui a subitement disparu. La jeune femme n’est plus tout à fait la même à partir de l’instant où elle ressuscite mystérieusement son père adoptif. Outre des habiletés extraordinaires, son comportement diffère et elle paraît manipulée par une sorte d’hallucination visuelle portant les traits d’une petite fille l’exhortant à commettre des crimes plus ou moins crapuleux. Comme l’on était susceptible de s’en douter, l’Irathienne et ce qui se cache sous la ville représentent l’arc majeur de la saison. Toutefois, au lieu de le développer en dévoilant les cartes au fur et à mesure, l’écriture choisit d’attendre la fin de parcours pour s’y adonner. Le résultat en devient d’ailleurs plutôt étrange parce que les scénaristes semblent savoir où se diriger, mais, alors que les enjeux nécessitent d’être installés, ils ne réussissent pas à le faire convenablement en s’empêtrant dans des redondances et des situations classiques moyennement engageantes. Seuls les derniers épisodes enlèvent ce sentiment de confusion. Effectivement, il convient de patienter longuement pour commencer à comprendre toute la dimension liée à Irisa et, de surcroît, l’exploitation aurait mérité plus de tension. Il n’empêche que le dénouement offre d’agréables moments, qu’ils concernent la relation compliquée entre Nolan et sa fille, mais aussi les conséquences de cette thématique associant la religion et la science. Defiance démontre encore qu’elle dispose d’un univers à fort potentiel, sauf qu’elle manque d’unité pour pleinement satisfaire. Malheureusement, les autres arcs s’articulant autour de la mythologie à proprement parler ne font qu’étayer davantage cet argument.

Defiance a perdu son libre arbitre et doit désormais composer avec la République de la Terre. L’un des premiers changements se situe au niveau de son maire, Amanda ayant laissé son siège à Niles Pottinger (James Murray – Primeval). Contre toute attente, alors que la saison semble se lance sur la piste du renouveau du gouvernement, des secrets et malversations des hautes sphères du pouvoir, ou de cette surveillance extrême, il n’en est rien. Rapidement, la série retrouve son statut de base et que la ville soit envahie par un ennemi au visage fort humain ne modifie rien. Encore une fois, Defiance propose donc plusieurs idées en oubliant de les explorer par la suite, ce qui a de quoi frustrer. Une critique politique, des affrontements plus directs ou un approfondissement notable de ces dirigeants n’auraient pas été de refus, bien au contraire. À la place, les épisodes préfèrent dépeindre une sorte de triangle amoureux peu exaltant composé d’Amanda, de Ponttinger et de Nolan. La première n’a jamais été trépidante et la voir reprendre le bar de prostituées de sa sœur dont elle se languit ne lui offre pas davantage de consistance. Le constat est tout aussi similaire en ce qui concerne ses tendances addictives. Pottinger, lui, ne passionne pas non plus, même si l’écriture a au moins le mérite de brosser le portrait d’un homme difficile à cerner. Terriblement attiré par Amanda, il manigance tout ce qui est possible pour s’en approcher. Forcément, le retour de Nolan ne lui plaît aucunement. À propos de ce dernier, il amuse de réaliser que malgré sa condition de héros, il demeure quelque peu en retrait dans les intrigues. Au bout du compte, ceux tirant réellement leur épingle du jeu cette année sont les Tarr.

Chez les Castithans, l’ambiance est à la révolution. Le mégalomaniaque Datak se trouve en prison, ce qui ravit au plus haut point sa compagne, Stahma, qui saute sur l’occasion de prendre enfin ses aises. Il n’est pas tout seul puisque le docteur Yewll répond également à l’appel. La saison a la bonne idée de créer entre eux deux une relation particulièrement piquante. D’ailleurs, l’Indogène plaît toujours autant à naviguer en eaux troubles et à favoriser le cynisme. Le récit propose quelques pistes de réflexion sur la libération de la femme, la nécessité de faire évoluer une société patriarcale et ce désir impétueux que de disposer de droits inaliénables. L’ambition de l’épouse Tarr est incontestable et la voir embrasser ses envies fait grandement plaisir. L’époque où elle se taisait est révolue et elle mène ses affaires avec efficacité, au grand dam de son mari coincé entre quatre murs. Leur union est l’un des moteurs de cette année et si les ressorts scénaristiques usent parfois un peu trop régulièrement de répétitions, le constat demeure foncièrement divertissant. Datak et Stahma, en plus de posséder une réelle alchimie, fascinent à intriguer et manigancer de la sorte. Les enfants sous leur toit, à savoir Alak et Christie, sont beaucoup moins bien lotis avec cette histoire où Treasure Doll cherche à obtenir une place convoitée. Ces personnages manquent de relief en dépit d’une issue totalement inattendue et appréciable. À l’instar de la majorité des individus de Defiance, les McCawley sont souvent à la peine et l’irruption d’une femme jouée par Linda Hamilton ne change pas grand-chose à la donne.

Pour conclure, bien que l’homogénéité ne soit toujours pas son fort, la deuxième saison de Defiance propose un travail plus maîtrisé que précédemment en sortant légèrement de sa formule mécanique. Si plusieurs lacunes décriées l’année passée subsistent et qu’elle ne tire que trop sporadiquement profit de ses nombreuses idées lancées en cours de route, elle parvient miraculeusement à injecter un certain souffle en seconde partie à travers un arc maladroit mêlant la technologie au mysticisme. Ne nions pas que la série s’empêtre de nouveau dans des rebondissements et autres développements trop régulièrement artificiels, ou encore que plusieurs de ses protagonistes se veulent insipides, mais le couple toxique castithan ainsi que la mythologie dans sa globalité permettent de vivre des moments relativement sympathiques. À condition de ne pas se montrer trop regardant, ces épisodes demeurent par conséquent tout à fait corrects.